La belle mais triste histoire des petits cygnes du Breuil

 

 

LE CLUB DES CYGNES

 

On ne sait exactement qui, le premier, a repéré qu’il se passait quelque chose d’anormal sur la pièce d’eau, que le couple de cygnes qui y vivait depuis quelques années ne s’y promenaient plus ensemble et que la femelle trônait au milieu d’un magnifique nid de deux mètres de diamètre.

 

Si le but était de se donner en spectacle on ne pouvait rêver meilleur emplacement pour le construire : pas très loin du chemin, avec une vue imprenable sur le paysage. Un vrai régal pour les photographes amateurs. Mais, c’est sans doute plutôt la proximité immédiate des sources de matériaux de construction et les facilités d’accès à la pièce d’eau qui avaient déterminé le choix de l’endroit par les cygnes du Breuil.

 

 

Il n’en est pas moins vrai qu’à cause de tout cela, très vite un premier promeneur a repéré le nid, s’est arrêté et est resté un bon moment à regarder, qu’un jour un autre est arrivé alors que le premier était toujours là, que les deux se sont parlé et que petit à petit il s’est créé autour du nid une sorte de club, composé au départ surtout de retraités, mais qui s’est rapidement élargi aux enfants le mercredi, aux familles le dimanche, aux sportifs du dimanche le samedi, et même à quelques uns qui se sont arrêtés de tourner en rond autour du lac en négligeant un instant de ne penser qu’à leurs artères, cœurs, poumons et autres organes vitaux défaillants ou en prévision de l’être. Sont arrivés aussi quelques amateurs photographes éclairés et fort sympathiques qui sont venus éclairer nos conversations de leurs connaissances ornithologiques. En même temps que d’apporter au site web qui allait naître d’excellentes images.

 

combien ?

 

Dans un premier temps, après l’échange des bonjour la question posée par le nouvel arrivant aux présents autour du nid ne variait guère. C’était :« Vous savez combien ? » Pendant longtemps les réponses ont été fort diverses. Une dame a même vu un seul oeuf, mais énorme et tout blanc. Il est vrai que pour avoir une idée un peu sérieuse il fallait être là au bon moment pour voir Madame Cygne se lever, comme sur la photo qui suit. Mais, on le remarque bien sur l’image, même dans ce cas-là, si on essaye de compter le nombre d’œufs ce n’est pas si facile. Combien y en a t’il : trois, quatre, au moins quatre ? Et ça faisait causer et on a entendu tout cela.

 

                                                                                                                           11 mai 2006

 

Mais, pour se détendre, se nourrir et satisfaire bien d’autres obligations naturelles, Madame Cygne a dû se lever plus d’une fois au cours de la couvaison tout en permettant aux membres du club d’obtenir la réponse indiscutable à la question.

 

                                                                                                                      © Pierre Esteffe

 

                                             

                                                                                                                 © Pierre Esteffe

 

Et c’est ainsi qu’on a pu décompter sept oeufs. Exactement. Et impeccablement ordonnés.

 

c’est pour quand ?

 

Une fois le nombre admis, on a commencé autour du nid à se dire que ça faisait quand même un bout de temps que ça durait et qu’il fallait s’attendre à ce qu’il se passe quelque chose avant longtemps. Et l’on s’est mis à calculer.

 

Sur le point de départ de la couvaison on a vite admis la date du premier avril 2006 –ou à la rigueur du lendemain - à partir de témoignages concordants, émanant de membres du club jugés dignes de sérieux. Quant à la durée probable de couvaison, l’accord ne s’est jamais fait. Il ne règne pas non plus sur Internet où les sites consultés pour vérification indiquent des fourchettes de temps assez variables : 36/38, 35/42, 34/36 jours. A qui se fier ? Pourquoi pas au jardinier du Roy, Buffon (1707-1788) qui, dans son Histoire des Oiseaux (neuvième volume), écrit :

 

La femelle du cygne couve pendant six semaines au moins ; elle commence à pondre au mois de février : elle met, comme l’oie, un jour d’intervalle entre la ponte de chaque œuf ; elle en produit de cinq à huit, et communément six ou sept ; ces œufs sont blancs et oblongs, ils ont la coque épaisse et sont d’une grosseur très-considérable ; le nid est placé, tantôt sur un lit d’herbes sèches au rivage, tantôt sur un tas de roseaux abattus, entassés et même flottans sur l’eau.

 

Pas plus présent sur les lieux au moment de la ponte qu’aux préalables, nous ne pouvons en témoigner. Buffon, lui, a tout vu et c’est un grand plaisir que de le lire :

 

Le couple amoureux se prodigue les plus douces caresses, et semble chercher dans le plaisir les nuances de la volupté ; ils y préludent en entrelassant leurs cous ; ils respirent ainsi l’ivresse d’un long embrassement ; ils se communiquent le feu qui les embrase, et lorsqu’enfin le mâle s’est pleinement satisfait ; la femelle brûle encore, elle le suit, l’excite, l’enflamme de nouveau, et finit par le quitter à regret pour aller éteindre le reste de ses feux en se lavant dans l’eau *.

 

Notre grand naturaliste national en profite pour donner dans un renvoi en fin de page un conseil fort utile à beaucoup. Et pas seulement aux docteurs.

 

* D’où vient l’opinion de sa prétendue pudeur, qui, selon Albert, est telle qu’elle ne voudroit pas manger après ces momens avant que de s’être lavée. Le docteur Bartholin, enchérissant encore sur cette idée de la pudicité du cygne, assure que cherchant à éteindre ses feux il mange des orties, recette qui seroit apparemment aussi bonne pour un docteur que pour un cygne.

 

                                                                  

                                                                                        Georges-Louis Leclerc

                                                                                 Comte de Buffon 1707-1788

 

dans l’attente

 

Si la plupart du temps c’était la femelle qui couvait, parfois le mâle venait la remplacer ou veiller sur les oeufs en son absence. Il assurait aussi la sécurité de la famille et faisait, comme on le verra, la police sur le plan d’eau.

 

Sur la photo qui suit on voit le couple s’employer à recouvrir délicatement les oeufs d’herbes sèches.

 

                                                                                                                                 11 mai 2006

 

La polyvalence des membres du couple a vite entraîné chez les membres du club la recherche des signes capables de distinguer vraiment le mâle de la femelle. Un moment on a cru que le mâle avait le cou plus gros que la femelle. Puis, on nous a dit, et après vérification on l’a cru, qu’il y a en fait très peu de différences entre les deux sexes, sauf qu’au printemps, et c’est le cas ici, le tubercule (éminence qui apparaît à la base du bec) est plus gros chez le mâle que chez la femelle.

 

     

 

C’est ici tout à fait apparent.

 

 

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