La belle mais triste histoire des petits cygnes du Breuil

 

lundi 15 janvier 2007

 

Il va falloir s’y faire : une page est tournée - et sans doute définitivement - dans l’histoire de la couvée 2006 des cygnes du Breuil. Tous les jours, la première chose que je faisais comme un réflexe en arrivant sur les lieux était de les compter, d’en faire l’appel en quelque sorte. Je suis certain d’ailleurs que tous les habitués en faisaient autant. Depuis vendredi la question que nous posons d’abord entre nous est « Combien en reste-t-il ? » Puis, en parlant des absents : « Où sont-ils ? »

 

A 11 heures 30 ce matin les réponses sont les suivantes : il en reste quatre sur le plan d’eau et les deux autres naviguent sur l’Orge en aval du pont routier, jamais très loin : la plupart du temps on les aperçoit de la route.

 

 

Mais les choses ne sont pas si simples. Ce matin, vers 10 heures, deux cygnes seulement se promenaient sur la pièce d’eau. J’ai supposé que c’en était fini de la belle histoire, que les parents s’étaient séparés des deux derniers, mais que ceux-ci ne devaient pas être très loin. Je suis parti donc à leur recherche. Pour effectivement les apercevoir qui se promenaient sur le bras de l’Orge tout proche.

 

 

Quand ils se sont approchés j’ai vu - chose impossible de loin car seulement la couleur du bec et l’importance du tubercule chez le mâle permettent de les reconnaître – qu’il s’agissant des parents et pas des enfants, assez étonné de constater cet abandon d’un territoire que je les avais vu défendre avec tellement de vigueur.

 

Etonnement passager, car bientôt nos deux cygnes sont remontés sur la berge, ont traversé la route, et sont revenus sur la plage reprendre possession de leur domaine et retrouver le reste de la famille.

 

 

 

Mais, peu après ; un autre incident est venu nous confirmer qu’il fallait se défier d’une approche trop simpliste de la psychologie animale.

 

A force de les fréquenter, je sais que lorsque ces grands oiseaux prennent certaines attitudes c’est qu’il se passe quelque chose d’anormal. C’est le cas lorsqu’ils tendent le cou, qu’ils regardent tous dans la même direction et surtout lorsqu’ils mettent leurs ailes en arceau. C’est là un signe de grande colère. Et c’est ce qui s’est produit subitement alors que le calme régnait et qu’ils étaient tous occupés à leur toilette. Avec un temps de retard sur eux j’ai compris la cause du trouble lorsque j’ai vu arriver sur la plage un gros chien. Les cygnes se sont alors réfugiés dans l’eau par précaution.

 

                                    

 

L’un des jeunes cygnes n’était pas avec les autres mais à l’opposé du bassin et subitement le père accompagné de l’autre jeune sont partis à tire d’aile le rejoindre puis l’ont ramené tranquillement à la nage vers la plage.

 

                                    

 

Où, là, à nouveau, ils ont reformé deux couples bien séparés les enfants d’un côté les parents de l’autre. Mais solidaires dans l’adversité. Auparavant le père avait néanmoins rabroué du bec le jeune indiscipliné. Sans doute pour lui faire comprendre que les choses étaient changées et que s’il voulait rester encore un moment à la maison il n’avait qu’à bien se tenir. Mais ce ne sont là qu’hypothèses hasardeuses.

 

 

 

mardi 16 janvier 2007

 

C’est vers 17 heures seulement que j’arrive au Breuil. Deux jeunes cygnes sont le plan d’eau. J’entreprends de faire le tour. Arrivé à l’autre bout, je vois de loin les parents qui traversent à pied le chemin en provenance de la rivière. Les deux jeunes effectuent un vol de traversée du bassin puis reviennent à la nage. Pendant ce temps les parents sont revenus sur l’eau et c’est au tout du père de s’élancer pour une démonstration aérienne. Tout le monde se dirige alors vers la plage où tous se livrent à une de leurs interminables séances de toilette. Je n’en attends pas la fin. 

 

lundi 17 janvier 2007

 

J’arrive au Breuil vers 10 heures 30. Sur l’eau un seul cygne, un jeune. Malgré le grand remue ménage que font les mouettes, le bassin paraît vide et triste. Un porteur de pain arrive et commence la distribution. Je vais faire un tour le long de la rivière en amont du pont à la recherche du reste de la famille. A l’aller je ne vois personne. Au retour je vois le père et la mère qui remontent tranquillement l’Orge. Ils devaient s’être abrités dans une déviation de la rivière. De retour au plan d’eau j’y retrouve l’esseulé occupé à grappiller dans le tas de croûtons abandonné par un dealer.

 

 

Quand je pars, à midi, rien n’a changé : les parents sont sur la rivière, l’enfant sur le bassin. Je ne comprends pas. Je m’attendais à la séparation de la famille, mais pas du tout à l’abandon dans le même temps par les parents d’un territoire que je les ai vu défendre avec acharnement depuis la fin de l’hiver dernier. Dans les écrits, même chez Buffon, je ne trouve pas d’explication ni même de description de cette période de l’année. Il reste à continuer à chercher et à observer. Mais ce ne sera plus comme avant.

 

 

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