villemoisson-sur-orge non-off

 

              

                                                                                            Villemoisson et Savigny     L’Orge et l’Yvette, le soir vers 1900

                                                                                                                                                         Carte postale A.T. Savigny

 

 

                                      histoires d’eau

                                      histoires d’Orge

                                      d’hier

                                                 et d’aujourd’hui

 

                   

                                                                                     Anne Ferrer Truie/Nénuphar 2001    Collection du FDAC Essonne

                                                                                                                                       photo mss 2005    Parc de Chamarande

 

 

on n’a pas tous les mêmes histoires d’eau

 

Selon qu’on habitera à Saint-Malo ou à Villemoisson-sur-Orge on n’aura pas les mêmes histoires d’eau à raconter. A Saint-Malo, au coucher du soleil, en se promenant sur les remparts de la ville corsaire et en jetant un regard lointain sur la mer on évoquera sans doute le Pêcheur d’Islande de Pierre Loti ou les Travailleurs de la mer de Victor Hugo. Ceux qui sont restés jeunes rêveront du Capitaine Crochet. A la télé, après dîner, on regardera Thalassa, et à la fin des repas de communion au moment du champagne et de la pièce montée on chantera Ho, hisse et ho, Valparaiso.

 

A Villemoisson rien de tout cela. En matière d’aventures aquatiques on pensera plutôt à celles des Trois hommes dans un bateau de Jérôme K. Jérôme, et à la télé, le dimanche, on écoutera Pascal Sevran évoquer Aimable et son accordéon. Avec lui on chantera Les beaux dimanches au bord de l’eau ou Le bon petit vin blanc qu’on boit sous les tonnelles. Aux repas de communion aussi.

 

Mais tout cela est du folklore et on aura tort d’en plaisanter, car si nous n’avons pour alimenter les rêves et l’histoire que la toute petite rivière qu’est l’Orge, il s’y est passé bien plus de choses qu’on le dit.

 

Dans le passé on n’a pas fait que de se promener au long de ses rives, on y a aussi beaucoup travaillé, comme d’ailleurs partout le long de tous les cours d’eau. Au moulin, par exemple, où au XVIIIè siècle on martelait le cuivre et où il y a cent ans on fabriquait du tapioca. On y a évidemment moulu les grains de blé, et à un moment il a même été question d’y fabriquer du papier.

 

Sommaire de la page

 

Cette page est essentiellement consacrée à la demande de suppression du moulin de Villemoisson formulée en 1893 par la Préfecture de Paris, propriétaire de l’asile de Vaucluse.

 

On la lira dans l’ordre ou on ira :

 - lire la pétition des ouvriers de l’usine à tapioca                                             ici >>>

- voir la couverture de la brochure éditée par la commune de Villemoisson   ici >>>

- lire le compte rendu de la réunion du conseil municipal d’Epinay                  ici >>>

 

On pourra aussi aller lire une page consacrée à un sujet d’actualité :

                                                             la résurrection du Vieux Logis.              ici >>>

 

 

Les tapiocas du moulin de Villemoisson

 

Le document qui suit est une des nombreuses pétitions qui ont fait suite aux demandes de suppression du barrage du moulin de Villemoisson par la Préfecture de la Seine, propriétaire de l’asile de Vaucluse. La réclamation est intéressante parce qu’elle nous révèle qu’à la fin du XIXè siècle le moulin de Villemoisson était devenu usine à tapiocas. On compte une vingtaine de signatures sur la lettre, et quand on sait que la commune avait à cette époque environ 400 habitants, on imagine l’importance économique relative de l’entreprise. En nous réservant toutefois la possibilité de vérifier à partir d’autres documents si les vingt signataires en question étaient  bien  employés à temps complet par l’usine.

 

 

           

                                                                                                                    archives départementales de l’Essonne

 

Le plan reproduit ci-dessous, daté de 1854, nous indique où se trouvait jadis le moulin aujourd’hui disparu. La rue qui figure tout à gauche est l’actuelle rue Saint-Laurent qui conduit à l’église. L’ancienne route départementale n° 47 est aujourd’hui toujours départementale et se nomme Route de Corbeil. On voit sur le plan les emplacements des deux roues du moulin.

 

         

                                                                                                             document Archives départementales de l’Essonne

 

 

                                                    

                                                                                         Roues du moulin représentées de profil  (annexe au plan de 1854)

 

 

 

Le Nil de la vallée

 

 

Les travailleurs de l’usine à tapiocas étaient contre la suppression du barrage du moulin. Le personnel de l’asile de Vaucluse était pour. Tout le long de la rivière d’Orge on a pétitionné. Aux Archives départementales de l’Essonne il y en a un carton entier : quatre ou cinq kilos de revendications. Le conseil municipal de Villemoisson en a fait une brochure éditée en 1894 dans laquelle à propos du bienfait des inondations sur les cultures on lit à propos de l’Orge et en majuscules :

 

                    C’EST LE NIL DE LA VALLEE

 

Comme tous les documents d’époque, ce texte est surtout intéressant par les renseignements qu’il nous donne sur ce qu’était la vie il y a 100 ans dans la région.

 

 

                     Archives départementales de l’Essonne

 

On en reparlera donc et pas seulement parce qu’il y est dit que le Docteur Tison s’est prononcé nettement contre la suppression du barrage alors que sa femme en son absence a signé la pétition favorable à sa disparition. Sacrée Madame Tison !

 

 

A Epinay-sur-Orge, aussi

 

A Epinay-sur-Orge aussi on a protesté, revendiqué, pétitionné. Le Conseil municipal a délibéré et on trouvera ci-dessous le texte intégral du compte rendu de sa séance du 20 septembre 1893. Il est livré brut au visiteur de ce site simplement agrémenté d’images qui datent à peu près de la même époque.

 

                  

                                                                                                                                document Archives départementales de l’Essonne

 

   M. le Président donne connaissance au Conseil Munal  de la lettre de M. le Préfet de la Seine à M. le Préfet de Seine-et-Oise en date du 11 Août 1893, par laquelle le premier de ces magistrats demande qu’il soit ouvert une enquête dans la commune de Villemoisson sur les points suivants :

 

 1° Suppression complète du barrage du moulin de Villemoisson qui commande la rivière morte et le bief d’amont de la rivière vive

 

 2° le curage à vif de la grande boèle dans toute la traversée du domaine et de la rivière dans le bief compris entre les moulins de Villemoisson et du Breuil et son grand canal d’assèchement.

 

 Afin, dit M. le Préfet de la Seine d’amener un abaissement général du plan d’eau suffisant pour assainir la prairie et permettre de cultiver, et il ajoute : cette suppression du barrage de Villemoisson  ne porterait aucun préjudice aux propriétés riveraines ; l’écoulement de l’eau n’en serait au contraire que plus rapide ce qui aurait pour résultat de limiter la hauteur et la durée des inondations.

 

   Et invite le Conseil Mal à en délibérer

 

 

   Le Conseil Mal

 

   Considérant que pareil projet a déjà été présenté une première fois par M. Maréchal architecte agissant au nom du Dépt de la Seine en 1882 et qu’il est tombé sous les protestations unanimes de tous les habitants des communes de Villemoisson.s.Orge  et d’Epinay.s.Orge.

 

   Considérant que si la demande du Départt de la Seine était admise, les eaux des vidanges, des cuisines, de la buanderie, des bains et enfin toutes les eaux vannes sortant par milliers de mètres cubes tous les jours de l’Asile de Vaucluse, couleraient dans notre rivière qui deviendrait un véritable cloaque en son petit volume d’eau et porteraient dans notre commune dans celle de Villemoisson et dans les communes situées en aval : Morsang, Savigny, Juvisy, Athis-Mons, les fièvres paludéennes, typhoïdes et autres maladies.

 

                        

 

    Considérant que la réduction du volume d’eau aurait pour conséquence l’écroulement des berges par l’action de l’air, l’accroissement des plantes aquatiques qui en pourrissant compromettraient la santé publique et en obstruant le lit de la rivière feraient déborder l’Orge à la moindre crue.

 

    Considérant que le Départt de la Seine est tout à fait à côté de la question en prétendant que c’est la rivière d’Epinay qui est la cause de l’humidité de ses prairies de Vaucluse tandis que la véritable cause est la rivière d’Orge venant de Villiers au moulin du Breuil, laquelle est élevée au moins 1m 50 cm au dessus du niveau des dites prairies et y porte l’humidité par infiltration, voire même par des renards.

 

    Le département de la Seine étant propriétaire des moulins du Breuil et de Villemoisson assainira ses prairies en supprimant le bief du moulin du Breuil et en évitant de jeter tous les jours dans les dites prairies ses eaux vannes par milliers de mètre cubes.

 

   Considérant que dans cette grave question le Conseil Mal d’Epinay.s.orge prend à cœur son rôle de représentant des intérêts de la commune propriétaire d’une pâture, d’un chemin rural, de deux lavoirs, de deux abreuvoirs sur la rivière d’Orge et son rôle de gardien vigilant de la santé publique qui serait gravement compromise par la consommation du dit projet.

 

  Considérant que l’Orge est le seul réservoir où les habitants puisent de l’eau à peu près potable pour leurs besoins journaliers, précieuse ressource pour notre commune située sur un plateau élevé, n’ayant de l’eau qu’au moyen de puits profonds dont beaucoup tarissent, et ne pouvant recourir aux eaux de la rivière d’Yvette empoisonnées par les tanneries de Longjumeau.

 

  Que la rivière d’Orge est la seule rivière où nos populations agricoles prennent dans la belle saison les bains si nécessaires à leur santé.

 

                      

 

   Considérant que la poissonneuse rivière d’Orge serpentant dans une vallée pittoresque est l’ornement de notre commune en même temps qu’une source de richesse pour les nombreux pêcheurs, peintres, naturalistes, promeneurs qu’elle attire tous les dimanches sous les charmants quinconces de ses promenades.

 

                  

 

   Considérant que l’épidémie d’ophtalmie mise en avant par M. le Préfet de la Seine ne peut être prise au sérieux, cette épidémie n’ayant jamais eu pour cause l’humidité plus ou moins grande des prairies de Vaucluse.

 

   L’ophtalmie ayant pour cause l’introduction entre le globe de l’œil et la paupière de très petits corps étrangers témoin l’épidémie d’ophtalmie qui sévit sur l’armée d’Egypte en 1798.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Savants français en train de mesurer la tête du Sphinx au cours de l’expédition de 1798

                                                                  Assiette dorée de Sèvres

                                             Victoria and Albert Museum Londres

 

 

 

 

   Que souvent l’ophtalmie n’est que la conséquence d’une autre maladie ; témoin l’ophtalmie scrofuleuse qui sévit il y a dix ans à la colonie et à laquelle M. le Préfet de la Seine a fait allusion et dont été victimes les enfants arriérés de la Colonie de Vaucluse.

 

   M. le Préfet avoue que quelques cas seulement se reproduisent encore aujourd’hui. Nous ajouterons tout simplement que tant qu’il y aura à la Colonie des enfants à la santé débile, rachitiques, malingres, scrofuleux, il y aura aussi des cas d’ophtalmie scrofuleuse.

 

   Jamais cette maladie n’ atteint la population enfantine de nos communes vivant dans un milieu en tout semblable que celui de la Colonie de Vaucluse.

 

                 

 

   Pour toutes les raisons qui précédent

 

   Le Conseil municipal

 

   Proteste énergiquement contre le projet du Déptt de la Seine tendant à la suppression complète du barrage du moulin de Villemoisson, et prie l’administration supérieure de prendre en main et de défendre nos intérêts communaux, et surtout l’intérêt de la santé d’une population intéressante par le nombre de ses habitants et qui s’est émue du projet ci-dessus.

 

   Demande que ledit projet soit rejeté purement et simplement et que MM. Les ingénieurs soient invités de nouvelles études pour l’assainissement des prairies de Vaucluse.

 

  Réserve dès aujourd’hui le droit des tiers tant pour la commune que pour tous ses habitants ou propriétaires d’en appeler devant les tribunaux compétents au cas où le dit projet aurait un commencement d’exécution.

 

   Et appelle tout spécialement l’attention de M. le Préfet de Seine et Oise et de la Commission de la salubrité publique sur la façon dont sont épurées les eaux vannes provenant de l’Asile de Vaucluse et sur leur écoulement actuel.

 

        Fait en séance publique les jour mois en an que dessus.

 

       Ont signé au registre MM. Appay, Trompeaux, Grosselin, Collet, Paupe, Demollière, Brossier,

       Delbart et Barlier, Maire

 

Quand le Vieux Logis n’était pas encore le Vieux Logis

 

               

 

C’est vers 1900 que la photographie qui figure ci-dessus a été prise. On n’avait pas encore baptisé la propriété du nom de « manoir » et l’éditeur de la carte postale présente les lieux en tant que « Fief de la Chapelle (XVIIè siècle) » Mais déjà le XVIIè siècle était loin et de multiples modifications avait été apportées aux constructions par les propriétaires successifs, de riches bourgeois dont plusieurs avaient été maires de la commune. Ensuite, après l’établissement du lotissement en 1926 ce qui restait du domaine est passé entre différentes mains qui ont fait disparaître complètement les traces du passé en transformant l’ensemble en un monstre architectural. Il paraît qu’on va lui redonner un coup de vieux en même temps qu’un coup de jeune. On s’attend au pire : un cocktail vieux murs, sanatorium. discothèque, Ligne Maginot. Mais attendons le résultat. C’est pour très bientôt. On nous assure que ce sera HQE, c’est à dire qu’on y recueillera les eaux de pluie pour arroser les plantations et alimenter le réseau des sanitaires.

 

Alors qu’à la Belle Epoque, les petits enfants de Monsieur le Maire y chantaient sans doute comme tous les autres gosses :

 

Je fais pipi sur le gazon

Pour embêter les coccinelles

Je fais pipi sur le gazon

Pour embêter les papillons

Pipi, gazon, papillons, coccinelles

Pipi, gazon, coccinelles, pipaillons

 

demain, dans ce Manoir qui n’a jamais été un manoir, déconstruit, restructuré, réhabilité et sans doute bientôt redéconstruit, les nôtres de petits enfants chanteront (peut-être) :

 

J’ fais pipi à Villemoisson

Pour sauvegarder les hirondelles

J’ fais pipi à Villemoisson

Pour sauvegarder les limaçons

Pipi, moisson, limaçons, hirondelles

Dansons, chantons, buvons, pissons

 

Mais l’image de la carte postale n’est pas là seulement pour méditer et médire, mais pour nous aider à imaginer ce qu’étaient cette propriété et son cadre au temps de Louis XIV. Située à l’extrémité ouest de la partie centrale du village elle devait avoir une vue superbe sur les environs. La photographie de 1900 nous montre qu’alors on avait de la terrasse de la maison une vue sans obstacle aucun sur les cinq arches du pont de chemin de fer. Et bien au-delà.

 

 

 

 

Sur la photo qui suit, prise vers 1930 à peu près sous le même angle que celle de 1900, on voit que le paysage avait déjà commencé à se meubler.

 

                         

 

A la fin du XVIIè siècle, au temps du Sieur Christophe Joquet, présumé constructeur de la maison, rien n’arrêtait la vue sur Epinay, la vallée de l’Orge, la plaine de Ballainvilliers, les hauteurs de Saulx. Ce qu’on voyait : bois, prés, champs et vignes, quelques hameaux isolés, l’église d’Epinay, le tout dominé par  la tour de Montlhéry, devait au coucher du soleil créer un spectacle grandiose et toujours changeant.

De la façade orientée à l’est on devait avoir une vue tout aussi étendue sur Savigny, Viry, Grigny et même beaucoup plus loin. Au pied de la maison s’étendait le parc.

 

Une maison et un parc où dominaient  les lignes droites, horizontales et verticales, telle était la propriété de M. de la Chapelle, comme celle de bien des bourgeois du temps de Louis XIV. Un schéma clair et rationnel inspiré sans doute par le climat de stabilité et d’immuabilité né de la politique du pourvoir versaillais d’alors (l’Etat c’est moi, la centralisation, l’unification, etc. )

 

Clair, rationnel, stable, immuable, hier. H.Q.E. aujourd’hui. C’est toute l’histoire d’un Vieux Logis, qui n’a d’ailleurs jamais été (ou si peu) Vieux Logis. 

 

sources et ressources

 

Ceux qui voudront en savoir plus sur les combats menés autour des nombreux barrages « sur la rivière d’Orge » se rendront aux Archives départementales de Chamarande. Les dossiers sont volumineux car chaque demande de changement entraîne réunions , comptes rendus, pétitions, contre-pétitions, études techniques, et cela non seulement dans la commune directement concernée mais aussi dans toutes les communes situées en amont comme en aval. De plus, quand un projet n’aboutit pas une première fois, le demandeur remet ça quelques années après et c’est à nouveau réunions, pétitions etc.

 

Sur l’expédition d’Egypte et les souffrances des soldats et des savants engagés dans l’affaire, les textes (livres, sites internet) sont nombreux, d’autant plus que l’Empereur a eu droit a une année-mémoire en 2004.

 

On trouvera de nombreuses et intéressantes images sur le Villemoisson du début du XXè siècle dans le livre de MM. Audigié et Bertron « Villemoisson-sur-Orge » (Editions Amatteis 1986), comme dans celui de Claude Audigié « Villemoisson-sur-Orge au XXè siècle » paru en 2003 aux Editions Le Livre d’histoire et qui est toujours en vente dans les bonnes librairies.

 

Un autre livre d’images de la même époque est celui de Jacques Peyrafitte intitulé « La vallée de l’Orge » qui est paru aux Editions Alan Sutton en 2004. Il nous fait voyager des sources de la rivière jusqu’à sa disparition dans les eaux de la Seine.

 

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édition du 17 juin 2005