Villemoisson-sur-Orge,

 Toshima-Ku,

 même combat ?

 

 

Toshima-Ku est de l’autre côté de la terre, tout à fait à l’opposé de Villemoisson-sur-Orge. C’est une ville de la banlieue de Tokyo où il y a une gare de la J.R. (Japan Railways, l’équivalent de notre S.N.C.F.) deux gares de lignes privées, une station de métro.

 

Si l’éloignement géographique entre les deux villes est considérable et les contacts entre les populations inexistants, il existe pourtant entre elles un point commun. C’est que Toshima-City est une des 23 villes japonaises qui se sont portées volontaires pour participer au programme Eco-cycle-city et que Villemoisson-sur-Orge est une des 8 cités de l’Agglomération du Val d’Orge qui ont décidé d’encourager l’usage du vélo comme moyen de transport non polluant.

 

Et c’est ce qui fait qu’à l’heure où l’homme politique (homo politicus) japonais prend son petit déjeuner, pensant à ce qu’il va faire dans la journée en faveur d’une pratique raisonnée du vélo, l’homme politique valdorgien, qui boit sa tasse de tilleul avant d’aller se coucher, sait qu’il va s’endormir en se rêvant pédalant à la tête d’une foule joyeuse sur les routes verdoyantes de l’Essonne.

 

C’est là le sujet de réflexion, moins anodin qu’il y paraît, auquel est invité de participer le visiteur de ce site. En même temps qu’à un voyage virtuel entièrement gratuit de l’autre côté de la planète.

 

 

Qui dira encore
qu’il ne se passe
jamais rien
à Villemoisson ?

 

 

 

 

 

 

Il y en a qui disent qu’il ne se passe jamais rien à Villemoisson. C’est pure méchanceté, grande médisance, cancan absurde, commérage ridicule, racontar tendancieux, bavardage inconsidéré, ragot pernicieux, potin incontrôlé, gros mensonge. La preuve du contraire est dans la photo qui suit :

 

                  

 

Ceux qui suivent de près l’actualité communale savent par le Bulletin municipal d’octobre 2003 que la Communauté d’agglomération du Val d’Orge a décidé d’installer sur son territoire des abris pour vélos, dont six à Villemoisson. Cette publication informative et illustrée nous montrait l’image suivante du premier d’entre eux situé devant la salle communale :

 

               

 

L’édicule venait d’être mis en place et n’était pas encore tout à fait sec. Des barrières en interdisaient l’accès. Des mal-intentionnés, des pervers, des médisants, des radoteurs, etc. ont alors dit que c’était là une dépense tout à fait inutile alors qu’ils ne voyaient passer dans le quartier et en semaine que peu de vélocipèdistes. Les dimanches de beau temps, ils en remarquaient bien quelques uns, déguisés moitié en placards publicitaires, moitié en clowns, casqués, bottés, qui partaient joyeux pour des courses de cinquante, soixante, voire cent  kilomètres, risquer leurs vies sur les routes départementales en respirant à pleins poumons les vapeurs exhalées par les véhicules automobiles à essence et gas-oil lors de l’accélération qui suivait leur dépassement. Mais ils voyaient mal ceux-là, au retour de leur course folle, accrocher au retour leur engin au clou de l’Agglo, les imaginant pressés d’aller se reposer un peu chez eux en prenant l’apéritif correspondant à leur origine ethnique ou à leur appartenance socio-culturelle : jus de carottes et d’endives à la cardamome, kir, pastis, martini-gin, whisky on the rock, vodka-orange, thé à la menthe, etc.

 

Les pessimistes et médisants se trompaient lourdement. Et la photo le prouve. Dans la quinzaine qui a suivi l’ouverture, un vélo est venu s’accrocher au support. Et pas n’importe lequel, pas celui d’un de ceux qui veillent à ne jamais être en retard d’une mode, mais celui d’un enfant de cinq ou six ans peut-être. Il est vrai que depuis on en a guère aperçu d’autres. Des personnes généralement bien informées, dignes de foi, et dotées d’un sens aigu de l’observation nous ont affirmé que la situation évolue et que le mercredi matin deux bicyclettes viennent maintenant régulièrement s’y garer entre onze heures et midi. Comme il s’agit d’un vélo d’adulte et d’un vélo d’enfant, elles en ont conclu que les engins appartenaient à une mère venue accompagner sa fille au cours de danse. Une photographie que l’on trouvera plus loin est venue depuis le confirmer.

 

                                                                                         La Grande Julie - Fernand Léger 1945

 

Ce qui est réconfortant, et qui constitue l’événement, est que l’exemple du rouler propre nous est donné par la jeunesse.

 

au pays du vélo polluant

 

 

 

A gauche deux vélos soigneusement rangés sous un abri : un vélo d’enfant et un vélo d’adulte. On est à Villemoisson-sur-Orge, le mercredi entre 11 heures et midi. C’est l’heure hebdomadaire de pointe du parking et il en est ainsi, comme il vient d’être dit, tous les mercredis, sauf pendant les vacances scolaires.

 

A droite des centaines de vélos en vrac et en désordre. On est au Japon, en banlieue et la photo représente un parking sauvage devenu maintenant illégal (hochi jitensha) non loin d’une gare.

 

Le contraste est saisissant et l’on pourrait se croire dans deux mondes tout à fait différents. Point du tout. A Tokyo comme à Villemoisson, on est écolo et l’on croit au rouler propre et au manger sain, on est contre la pollution atmosphérique par les engins motorisés et donc tous décidés, les uns comme les autres, à encourager par tous les moyens la circulation à vélo. Et aujourd’hui, en 2004, à l’ombre du Fuji Yama comme aux bords de l’Orge, on ne pense qu’à une même chose : construire de beaux parkings faits tout exprès pour mettre à l’abri les engins de circulation non polluants. La différence entre les deux mondes est que, là-bas, c’est pour les cacher, parce du vélo en abuse (il y en 73 millions), tandis que chez nous c’est pour les montrer, car du vélo on n’use.

 

Les Japonais, paraît-il, utilisent très peu le vélo pour leurs promenades du dimanche, car les routes y sont mortelles. En revanche il s’en servent tous les jours pour faire les courses au supermarché, pour se rendre à la gare y prendre le train, pour aller à l’école. Pas disciplinés du tout, ils ne respectent pas les règles de circulation, grillent les feux rouges ; ne sont pas toujours équipés d'éclairage, montent à deux sur un vélo ; circulent à droite (il faut circuler à gauche comme en Angleterre) ; roulent même avec des parapluies ouverts. Beaucoup en meurent : 1363 en 1998.

 

Les cyclistes japonais roulent aussi sur les trottoirs, mais maintenant tout à fait légalement, car depuis 1978 ils ont été chassés par la loi de la chaussée, où ils étaient considérés comme une entrave à la circulation. Ils roulaient d’ailleurs sur le trottoir depuis longtemps sans se demander si c’était légal ou pas. Des piétons, de temps en temps, le payaient et le payent toujours de leurs vies.

 

A Tokyo le trafic automobile est tel que c’est risquer sa vie à chaque instant que d’y circuler à vélo. Alors, ceux qui habitent en banlieue et travaillent dans la capitale vont de chez eux à la gare en vélo, prennent le train, puis le métro. Et le soir en sens inverse : boulot, métro, vélo, dodo. C’est ainsi que sont nés à partir des années 1970 des parkings sauvages aux abords des gares où s’entassaient les vélos laissés n’importe comment en entravant la circulation des piétons. Les engins y étaient parfois abandonnés par milliers, transformant les rues en poubelles.

                                 

                                                           Vélos garés devant la gare de Takamatsu

                                                                                            sur l’île de Skikoku

                                                           Photo Olivier Magnani

 

Des lois en 1981 et en 1994 sont venus interdire ces pratiques et obliger les collectivités locales à réagir et à participer à la construction de parkings. Mais, et surtout à cause de la cherté des terrains, ça n’a pas bien marché.

 

C’est surtout à partir de 1998 et de la tenue de la conférence sur l’effet de serre à Tokyo que l'idée du vélo non polluant a été reconnue officiellement. Le gouvernement japonais a alors décidé, dans un spectaculaire virage à 180°, d'encourager l'usage du vélo comme moyen de transport alternatif et de financer des véloroutes et voies vertes pour le loisir. Après beaucoup d’hésitations, il vient de lancer un projet de villes pilotes pour y construire des réseaux cyclables. Initialement, 10 villes avaient été retenues mais rapidement d’autres se sont mises sur la ligne de départ pour participer au programme Eco-cycle-city. Le visiteur curieux pourra aller chercher sur internet, et la liste de ces cités pilotes, et le détail de leurs réalisations. La littérature est abondante, l’effort semble considérable, les difficultés sont énormes. La contestation existe.

 

C’est probablement cela qui fait écrire à Monsieur Keizo KOBAYASHI, le représentant en Europe de la Bicycling Popularization Association of Japan (BPAJ) et qui est l’ auteur de deux livres: Pour une bibliographie du cyclisme, Paris, 1984, et Histoire du vélocipède de Drais à Michaux, Paris, 1993 :

 

« Le vélo, après avoir été considéré pendant des années comme un paria par les pouvoirs politiques, semble avoir un bel avenir au pays du Soleil Levant. Il n'est probablement pas si loin, le temps où le vélo acquerra droit de cité. »

 

même combat ici et là-bas ?

 

Soyons sérieux et réalistes. Il n’y a que peu de chances pour que l’exemple japonais nous soit d’une quelconque utilité. D’ailleurs avec leurs petits paniers à l’avant et leurs béquilles à l’arrière, leurs vélos ne ressemblent pas aux nôtres. Il y en a beaucoup plus, ils sont utilisés autrement. Et mal.

 

Il ne faut pas se faire d’illusions, à l’heure où bien des valeurs se perdent, il faut s’attendre à ce que l’indiscipline japonaise arrive à contaminer un jour les esprits d’ici et qu’on verra sans doute aussi nos bicyclistes rouler sur les trottoirs, prendre les sens interdits, ne pas respecter les feux rouges, repousser sur les bas-côtés des sentiers de promenade les piétons, occuper en groupe toute la largeur de la route, zigzaguer avec un verre dans le nez. On verra sans doute aussi les gamins faire des acrobaties au milieu du flot des voitures. Mais il faut espérer qu’on ne les verra jamais comme à Tokyo prendre pour cible les obaachans (grand-mères).

 

Espérons aussi que pour obliger les gens à garer leurs engins sous les abris officiels on n’en vienne pas à considérer le stationnement illégal comme un crime et à le comptabiliser comme tel dans les statistiques.

 

        A Nakano on en est à la persuasion :

 

Illegally-Parked Bicycles Are a Public Nuisance

 

Countermeasures Against Illegal Bicycle Parking Mainly in Nakano Station Area Have Been Reinforced
The Nakano City Office has designated no-parking areas around stations with bicycle parking lots and immediately removes any illegally-parked bicycles. As of May, the city further reinforced its countermeasures against illegal parking by such means as removing illegally-parked bicycles on consecutive days. Since the area around Nakano Station is considered a region in the metropolitan area where the number of illegally-parked bicycles is particularly high, part of the Nakano Station North Exit Plaza has been opened to be used as a bicycle parking lot before the consecutive day removal of illegally-parked bicycles is done. Park your bicycle in a bicycle parking lot. We look forward to everyone’s cooperation.

 

* Bicycles that are removed are stored for one month. To reclaim a bicycle that has been taken to the storage office, you must bring the bicycle key, some form of personal identification such as a health insurance card, driver’s license or student ID, and a ¥5,000 handling fee.

 

 

              

 

A Villemoisson on affiche : « Rouler agglo, rouler vélo » Sans doute, c’est bon pour la santé et la qualité de l’air. Mais quand même avec modération. Quand l’abus de vélo fait écrire à un professeur d’université, comme M. Katsuhito Iwai de Tokyo, en commentant le nombre de piétons heurtés par les cyclistes sur les trottoirs (dont sa mère âgée de 81 ans) que les gens ont transformé les bicyclettes en armes mortelles : « People are turning bicycles into deadly weapons », cela donne à réfléchir.

 

 

    sources et ressources 

 

L’article de Monsieur Keizo KOBAYASHI, à qui nous devons beaucoup, se trouve sur le site de la revue Vélocité à l’adresse :

  http://fubicy.org/velocite/61/japon.html

 

A M. Olivier Magnani, nous devons une des illustrations de cette page et la musique qui l’accompagne : La danse des chapeaux fleuris. Elles proviennent de son site perso qui est à l’adresse :

   http://olivier.magnani.free.fr/

qu’il faut aller visiter car il est sympathique, joliment présenté, plein d’informations sur le Japon, ainsi que de photographies et de musiques. De plus,  il est en langue française.

 

En français aussi est une page du site : Computer-Obaachan-No-Kai qui est celui des mémés japonaises passionnées d’informatique. Mémés qui acceptent d’ailleurs volontiers parmi elles les ojiichan (grand-pères). Et qui accepteront sans doute pas l’amical salut d’un de ces derniers. L’adresse du site est :

   http://www.jijibaba.com/welcome/index_f.html    

 

En revanche, les sites dont il va être question ci-après sont tous en langue anglaise.

 

La visite fort détaillée des villes japonaises qui ont adhéré au programme de réhabilitation du vélo se fera sur le site :

   http://www.geocities.co.jp/natureland/4515/greeting_e.html 

 

Les informations sur Nakano proviennent de :

   http://www.merit5.co.jp/gyosei/nakano/0206/news06a.html 

 

Pour se tenir, au jour le jour, au courant de ce qui se passe au Japon et de ce qui y intéresse l’opinion, on peut aller rendre visite a :

   http://www.japantoday.com 

 

C’est là, par exemple, qu’on lira ces réflexions d’un de leurs correspondants qui croit à un complot contre les cyclistes et qui propose d’habiller, pour leur sécurité, les obaachans de couleurs vives et fluorescentes :

 

Ding Ding Pho I have to agree, as will anyone who has ever tried to ride a bicycle in this city. I think that an underhanded war has been declared against cyclists. We try to do something good for the environment by pedalling around instead of driving and what do we get? Abuse and discrimination. Ride on the road, the taxis try & wipe you out. Ride to the eki, the bastards take your bike to the lockup. Ride on the footpath, dodging geriatrics pushing their chairs & pedestrians ignore you and your polite little ding dings of the bell until you do a big brake screech practically on top of them. Then they will turn around, rooted to the spot, and usually will stand right there staring at you, instead of GETTING OUT OF THE WAY! Honestly, the obaachans are the ones that should be wearing flashing lights and bright colours, so that we can avoid them, not the other way round.

 

The irony is that Tokyo is perfectly navigable by bike & probably superior to most forms of transport in the city(quicker than taxi & better than subway in rush hour) - look at all those bike-bin guys that are used for delivering urgent documents. It's good exercise, no exhaust, no worry about last train and I've been riding to work all winter and for the first time ever I haven't caught a cold! the whole winter! Entirely due to avoiding trains full of snuffling germ peddling commuters. Tokyo needs to build some nice bicycle paths like other enlightened cities (Canberra?) and we can make peace with the Obaachans.

 

Ce n’est sans doute pas pour se protéger des cyclistes que certaines jeunes Japonaises ont revêtu, semble-t-il un certain temps l’année dernière, ces minijupes imprimées en trompe-l’œil que l’on voit ci-dessous, mais il en est certainement qui, sur leurs bikes, devaient freiner vivement à leur vue et bien plus qu’à l’approche des vieilles personnes. Sacrés Japonais !

 

                                 

 

 

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édition 11 mars 2004