Le cardinal

oublié

 

 

 

 

 

 

 

 

Marie-Jean Hérault de Séchelles qui n’a vraisemblablement jamais mis les pieds à Villemoisson-sur-Orge y a pourtant sa rue. Rue fort courte en vérité qui ne comporte du côté impair qu’un seul numéro, le numéro un évidemment, où se trouve actuellement une maison de retraite dénommée Château de Villemoisson.  Jadis, sous Louis XVI, la grand-mère de Marie-Jean eut là une maison pendant une vingtaine d’années.

 

Plus tard, à la fin du XVIIIè siècle et au début du suivant, Louis-François de Bausset a résidé en ces mêmes lieux pendant une vingtaine d’années chez ses cousins Bassompierre, nouveaux propriétaires. Il y a beaucoup travaillé, beaucoup écrit. Pourtant à Villemoisson il est inconnu. Aucune rue, pas la moindre impasse ni la plus petite allée ne porte son nom. Il semblerait qu’il y ait là comme une injustice à réparer, une erreur à rectifier, une revendication à formuler. Mais encore fait-il se méfier et ne pas demander un passeport pour la postérité au profit de quelqu’un qui ne le mérite pas. On l’a bien vu avec Hérault de Séchelles. Hier c’était un pur héros. Aujourd’hui on le conteste et, en le présentant comme un aristocrate libertin égaré dans la Révolution, certains assurent qu’on doit l’oublier. Drôle de conception de l’histoire qui exige de ses acteurs d’exhiber des certificats de bonne vie et mœurs pour figurer dans les livres ! Qu’on le veuille ou non, qu’on l’aime ou qu’on le déteste, Hérault de Séchelles a sa place, et d’une façon pas du tout négligeable, dans l’histoire de son époque.

 

Tout comme le cardinal de Bausset. Mais vérifions d’abord s’il y a au sujet de ce dernier autre chose à dire que le simple fait qu’il a séjourné à Villemoisson un certain temps.

 

 

Chateaubriand

 

 

ou

 

 

de l’art du

lèche-bottes,

théorie et pratique

 

 

Notre premier témoin ne sera pas n’importe qui. Il s’agit du plus romantique de nos romantiques : François-René de Chateaubriand lui même. C’est dans les Mémoires d’Outre-tombe qu’il parle du cardinal de Bausset à propos de la lettre que de ce dernier lui a adressée de Villemoisson à l’occasion de la publication de L’Itinéraire de Paris à Jérusalem. Il fait remarquer que les louanges que contient la missive sont infiniment outrées, mais que c’est l’usage et qu’il n’en est pas dupe. Ce qui ne l’empêche pas de les reproduire en entier sans rien en omettre, d’approuver ce qu’écrit son correspondant et de lui rendre la pareille à coups appuyés de brosse à reluire : « un homme de vertu et de mérite » ;  « l'élocution d'une société choisie, ce style rendu grave et doux par la politesse, la religion et les mœurs ; excellence de ton dont nous sommes si loin aujourd'hui ».

 

On trouvera ci-après la page des Mémoires d’Outre-Tombe qui contient la lettre en question.

 

Paris, 1839.

L'année 1811 fut une des plus remarquables de ma carrière littéraire.

Je publiai l'Itinéraire de Paris à Jérusalem, je remplaçai M. de Chénier à l'Institut, et je commençai d'écrire les Mémoires que j'achève aujourd'hui.

Le succès de l'Itinéraire fut aussi complet que celui des Martyrs avait été disputé. Il n'est si mince barbouilleur de papier qui, à l'apparition de son farrago, ne reçoive des lettres de félicitations. Parmi les nouveaux compliments qui me furent adressés, il ne m'est pas permis de faire disparaître la lettre d'un homme de vertu et de mérite qui a donné deux ouvrages dont l'autorité est reconnue, et qui ne laissent presque plus rien à dire sur Bossuet et Fénelon. L'évêque d'Alais, cardinal de Beausset, est l'historien de ces grands prélats. Il outre infiniment la louange à mon égard, c'est l'usage reçu quand on écrit à un auteur et cela ne compte pas ; mais le cardinal fait sentir du moins l'opinion générale du moment sur l'Itinéraire ; il entrevoit, relativement à Carthage, les objections dont mon sentiment géographique serait l'objet ; toutefois, ce sentiment a prévalu, et j'ai remis à leur place les ports de Didon. On aimera à retrouver dans cette lettre l'élocution d'une société choisie, ce style rendu grave et doux par la politesse, la religion et les mœurs ; excellence de ton dont nous sommes si loin aujourd'hui.

" A Villemoisson, par Lonjumeau (Seine-et-Oise).

" Ce 25 mars 1811.

" Vous avez dû recevoir, monsieur, et vous avez reçu le juste tribut de la reconnaissance et de la satisfaction publique ; mais je puis vous assurer qu'il n'est aucun de vos lecteurs qui ait joui avec un sentiment plus vrai de votre intéressant ouvrage. Vous êtes le premier et le seul voyageur qui n'ait pas eu besoin du secours de la gravure et du dessin pour mettre sous les yeux de ses lecteurs les lieux et les monuments qui rappellent de beaux souvenirs et de grandes images. Votre âme a tout senti, votre imagination a tout peint, et le lecteur sent avec votre âme et voit avec vos yeux.

" Je ne pourrais vous rendre que bien faiblement l'impression que j'ai éprouvée dès les premières pages en longeant avec vous les côtes de l'île de Corcyre, et en voyant aborder tous ces hommes éternels, que des destins contraires y ont successivement conduits. Quelques lignes vous ont suffi pour graver à jamais les traces de leurs pas ; on les retrouvera toujours dans votre Itinéraire, qui les conservera plus fidèlement que tant de marbres qui n'ont pas su garder les grands noms qui leur ont été confiés.

" Je connais actuellement les monuments d'Athènes comme on aime à les connaître. Je les avais déjà vus dans de belles gravures, je les avais admirés, mais je ne les avais pas sentis. On oublie trop souvent que si les architectes ont besoin de la description exacte des mesures et des proportions, les hommes ont besoin de retrouver l'âme et le génie qui ont conçu les pensées de ces grands monuments.

" Vous avez rendu aux Pyramides cette noble et profonde intention, que de frivoles déclamateurs n'avaient pas même aperçue.

" Que je vous sais gré, monsieur, d'avoir voué à la juste exécration de tous les siècles ce peuple stupide et féroce, qui fait, depuis douze cents ans, la désolation des plus belles contrées de la terre ! on sourit avec vous à l'espérance de le voir rentrer dans le désert d'où il est sorti.

" Vous m'avez inspiré un sentiment passager d'indulgence pour les Arabes, en faveur du beau rapprochement que vous en avez fait avec les sauvages de l'Amérique septentrionale.

" La Providence semble vous avoir conduit à Jérusalem pour assister à la dernière représentation de la première scène du Christianisme. S'il n'est plus donné aux yeux des hommes de revoir ce tombeau, le seul qui n'aura rien à rendre au dernier jour, les chrétiens le retrouveront toujours dans l'Evangile, et les âmes méditatives et sensibles dans vos tableaux.

" Les critiques ne manqueront pas de vous reprocher les hommes et les faits dont vous avez couvert les ruines de Carthage, que vous ne pouviez pas peindre puisqu'elles n'existent plus. Mais, je vous en conjure, monsieur, bornez-vous seulement à leur demander s'ils ne seraient pas eux-mêmes bien fâchés de ne pas les retrouver dans ces peintures si attachantes.

" Vous avez le droit de jouir, monsieur, d'un genre de gloire qui vous appartient exclusivement par une sorte de création ; mais il est une jouissance encore plus satisfaisante pour un caractère tel que le vôtre, c'est celle d'avoir donné aux créations de votre génie la noblesse de votre âme et l'élévation de vos sentiments. C'est ce qui assurera, dans tous les temps, à votre nom et à votre mémoire, l'estime, l'admiration et le respect de tous les amis de la religion, de la vertu et de l'honneur.

" C'est à ce titre que je vous supplie, monsieur, d'agréer l'hommage de tous mes sentiments.

" L.-F. de Beausset, anc. év. d'Alais. "

 

Tout à fait digne d’être honoré nous apparaît le cardinal à partir de ce premier témoignage : ancien évêque d’Alais (aujourd’hui Alès) , historien de Bossuet et de Fénelon, excellence de style, etc. Et Villemoissonnais de surcroît.

 

        

                                                Illustration de l’Itinéraire de Paris à Jérusalem de Chateaubriand

                                                Centre d’études du 19è siècle Joseph Sablé –Université de Toronto

 

Mais, tentons pour nous assurer de sa moralité de compléter le curriculum vitae de notre postulant à la postérité à partir des biographies de lui comme celle de M. Tyrtée Tastet, intitulée : Histoire des quarante fauteuils de l'Académie française depuis la fondation jusqu'à nos jours, 1635-1855. Le visiteur curieux en trouvera le texte entier sur le site des documents numérisés de la BNF. On en donnera ici un court résumé des vingt pages qui le composent.

 

Monsieur Tyrtée Tastet nous apprend d’abord que Louis-François de Bausset est né le 15 décembre 1748 à Pondichéry où son père remplissait de hautes fonctions civiles. De retour de bonne heure en France, il fait ses études à la Flèche puis à Paris pour les terminer au séminaire de Saint-Sulpice. Bien jeune encore, on lui confie un canonicat à la cathédrale de Béziers et un bénéfice simple dans le diocèse de Fréjus. A vingt-quatre ans déjà, il devient grand vicaire de M. de Boisgelin, archevêque d’Aix. Une dissidence entre M. de Caylus, évêque de Digne et le chapitre de son diocèse le fait maintenir pendant quelques années en qualité d’administrateur de l’évêché de Digne. En 1784, il passe à l’évêché d’Alais, diocèse difficile mais en définitive : « Alais, peuplé de protestants, l’accueillit comme un pasteur, le conserva comme un ami et le regretta comme un père ». Toujours en 1784, il est un des députés qui apportent au roi les cahiers des Etats du Languedoc. Il adresse aussi aux membres de la famille royale diverses harangues dont la plus connue est un compliment à Mme Elisabeth, sœur de Louis XVI dont on trouvera le début ci-après et la suite sur le site de la BNF :

 

   Si la vertu descendait sur la terre, si elle se montrait jalouse d’assurer son empire sur tous les cœurs, elle emprunterait les traits qui pourraient lui concilier le respect et l’amour des mortels ; son nom annoncerait l’éclat de son origine et de ses augustes destinées ; elle se placerait sur les degrés du trône ; elle porterait sur son front l’innocence et la candeur de son âme ;….  

 

En 1788, de Beausset refuse l’évêché de Grenoble et quand Louis XVI convoque les notables par deux fois, il est du voyage.

 

Pendant l’orage révolutionnaire, Bausset sort de France en 1791 pour se réfugier en Suisse. Quand il y revient, l’année d’après, il est incarcéré et reste plusieurs mois dans le couvent de Port Royal, rue de la Bourbe où on l’oublie. La chute de Robespierre le rend à la liberté et c’est là qu’il se retire dans une maison de campagne aux environs de Paris où il occupe dignement ses loisirs à composer l’histoire de Fénelon. Le livre paraît en 1808 et l’Institut lui attribue un de ses prix décennaux :

 

… L’ouvrage est écrit partout avec le ton de la noblesse et de dignité qui est propre à l’historien. On y désirerait seulement un peu plus de cette onction douce et pénétrante qui convenait à l’histoire de Fénelon. Le style en est généralement pur, correct et élégant. La narration manque de rapidité, mais jamais de clarté, et rarement d’intérêt. Attachante par le ton de sincérité qui y règne ……

 

 

Monsieur Louis-Victorien Ernest Guérin, instituteur de Villemoisson, dans sa Monographie de Villemoisson réalisée à l’occasion de l’Exposition universelle de 1900, nous dit que c’est de Villemoisson que le 16 janvier 1808 le cardinal adressa une lettre à M. Boissy d’Anglas où il lui disait :

 

« L’intérêt et la bonté que Mr Boissy d’Anglas a bien voulu me marquer dans tous les temps me fait espérer qu’il voudra bien accepter avec plaisir un exemplaire de mon histoire de Fénelon .

C’est un hommage que je me plais d’autant plus à lui rendre qu’il m’est inspiré par l’attachement le plus sincère et le plus respectueux »

 

D’après M. Guérin une polémique littéraire a suivi cet envoi.

 

En 1814 Bausset publiait l’Histoire de Bossuet :

 

Cette seconde histoire ne sembla point inférieure à la première, et toutes deux elles sont considérées comme deux beaux monuments pour l’Eglise et la littérature de France ….

 

A la création de l’Université, Bausset en devient conseiller titulaire. Les cent jours arrivent alors qu’il vient d’être nommé directeur général de l’instruction publique. A la seconde restauration il est fait pair de France puis cardinal, membre de l’Académie française, duc, ministre d’Etat, commandeur de l’ordre du Saint-Esprit. Il envisage d’écrire l’histoire du cardinal de Fleury mais la goutte l’assaille en le privant de l’usage de ses jambes et parfois de ses mains.

 

De la goutte, il en souffrait déjà depuis quelques années déjà. Dans une lettre conservée aux Archives départementale de l’Essonne et adressée de Villemoisson le 9 janvier 1805 à son neveu Louis François Joseph de Bausset, il écrivait :

 

Il m’a été impossible de répondre plus tôt à votre lettre, mon cher François. Depuis le 1er janvier je suis presque entièrement perclus par la goutte, qui s’est établie à mes deux pieds et à mes deux genoux ,et qui me fait cruellement souffrir, la fièvre s’en est mêlée, et il m’a été impossible pendant huit jours de tenir seulement un moment un livre ou une plume ; je profite d’un court intervalle de calme, pour vous faire tous mes remerciements de votre intérêt et de vos vœux. J’en ai été sensiblement touché ; croyez mon cher François, que les miens pour vous sont très sincères. Je vous crois très certainement plus heureux que vous n’êtes ; mais croyez-moi, il dépend de nous beaucoup plus qu’on ne le pense communément, d’être heureux ; c’est toujours par son caractère qu’on fait son bonheur et son malheur, avec de l’attention et de la raison on peut beaucoup sur son caractère.

 

                                                             

 

Quant à lui, Monsieur Tyrtée Tastet conclut ainsi le chapitre consacré au cardinal Bausset :

 

Le cardinal mourut le 21 juin 1824. L’ordonnance de 1816 qui lui donnait un fauteuil à l’Académie, ne fit sans doute que prévenir les votes qui n’auraient pu manquer d’aller au devant d’un talent si élevé.

 

 

Coup d’Etat

à l’Académie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                            Louis XVIII

 

La biographie du cardinal de M. Tastet apparaît comme un autre exemple de l’emploi de la brosse à reluire et du chiffon doux. Il y a bien quelques taches mais on n’y insiste pas. Par exemple, quand avec élégance, on signale que M. de Bausset n’a pas été élu, mais nommé à l’Académie. Pour d’autres, comme M. Rémy de Gourmont (1858-1915), l’ordonnance du 21 mars 1816 tient du coup d’Etat. Il en parle dans un article intitulé « Une épuration à l’Académie Française » après en avoir signalé la relative importance.

 

L'ordonnance du 21 mars 1816 tient une bien petite place dans l'histoire générale. Mais elle est une date mémorable dans l'histoire particulière de l'Académie française, et à défaut d'un intérêt politique bien marqué, il v a certainement dans le récit, si peu connu, de cette réorganisation étrange, un certain intérêt de curiosité littéraire et anecdotique.

 

Le lecteur curieux et amateur de beau langage en trouvera le texte complet sur le web à l’adresse signalée en bas de page. Il y apprendra comment l’ordonnance, selon son ambition, a associé les Académies « à la restauration de la monarchie en en mettant leur composition et leurs statuts en accord avec l'ordre actuel du gouvernement. » et en radiant :

Arnault, Etienne, Garat, Cambacérès, Merlin, Sieyès, Rœderer, Maury, Maret, Lucien Bonaparte, Regnault (de Saint-Jean-d'Angély),

pour les remplacer, dans l’ordre, par :

le duc de Richelieu, le comte de Choiseul-Gouffier, de Bausset, évêque d'Alais, vicomte de Bonald, le comte Ferrand, le comte de Lally-Tollendal, le duc de Lévis, l'abbé de Montesquiou-Fezenzac, Lainé

 

On lira ci-après l’extrait du texte de Rémy de Gourmont où il parle du cardinal et de son prédécesseur à l’Institut, Garat :

 

Garat que Mme Roland appelait un eunuque politique, et à qui la peur dictait ses convictions du moment, fut éliminé de gré à gré. Suard, qui décidément joua le premier rôle dans cette mauvaise tragi-comédie, vint un jour le trouver et lui, dit avec bonhomie : « Mon ami, je sais que vous ne tenez pas beaucoup à l'Académie et je vous ai effacé de la nouvelle liste de l'Institut, pour faciliter nos arrangements et l'élection de quelques hommes qui ont soif de s'asseoir parmi nous. » Garat, au contraire, tenait beaucoup à l'Académie, mais soit qu'il aimât réellement Suard, soit qu'il fût incapable d'un vrai ressentiment, il lui pardonna cette vilenie et n'en écrivit pas moins des mémoires où il personnifie le dix-huitième siècle en la personne même de Suard, qui n'en représente pourtant qu'un tout petit coin, le moins fertile d'idées et le moins digne d'une étude.

 

Le cardinal de Bausset, qui le remplaça, venait d'écrire l'Histoire de Fénelon et l'Histoire de Bossuet pour se consoler sans doute de n'être ni orateur ni écrivain.

 

 

A chacun son histoire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                     Joseph Vivien (1657 1734) Fénelon

                                   - Alte Pinakothek Munich

 

On pourrait dire mille autre choses sur le Cardinal et d’abord sur son œuvre, son Histoire de Fénelon, son Histoire de Bossuet, ses autres écrits, et particulièrement ceux consacrés à la Constitution civile du clergé. Mais, pour ne pas en dire que des platitudes il y faudrait un savoir que nous n’avons pas. On ne peut guère parler intelligemment de la doctrine quiétiste revisitée par l’évêque de Cambrai et de sa critique par l’Aigle de Meaux lorsqu’on vient de découvrir cette théorie à partir des quelques lignes que lui consacre le Petit Larousse illustré.

 

On pourrait aussi dire mille autres choses sur la vie privée du Cardinal à partir d’écrits émanant de lui, de ses proches ou de témoins pour tenter de dresser un portrait de l’homme et d’approcher sa véritable personnalité et pas seulement celle qu’on imagine à partir de ce qu’on sait de sa vie et de son œuvre. Mais, là encore, pour y arriver il faudrait se livrer à des recherches d’archives qui ne semblent pas jusqu’ici avoir été menées très loin.

 

Pour faire de lui un homme sympathique dont la compagnie était recherchée il ne suffira peut-être pas de citer cette lettre adressée de en 1808 par Madame de Chateaubriand à Clausel de Coussergues pour battre le rappel des convives pour le repas donné à l’occasion de la Saint-François à la Vallée aux Loups de Châtenay-Malabry :

 

"N'oubliez pas de faire des recrues pour mardi prochain, jour de la Saint-François. Il est essentiel que nous connaissions nos convives quelques jours d'avance pour n'en avoir ni trop ni trop peu. Il en manquera bien sûr deux, les Joubert. Je suis quelquefois tentée d'aller m'installer chez eux et d'y faire du feu pour avoir prise de possession, afin qu'ils ne puissent pas me mettre à la porte à leur retour. [...] C'est dans le clergé surtout qu'il faut chercher des convives : n'oubliez pas la visite à l'abbé de Boulogne et à l'évêque d’Alais."

 

On ne va pas non plus à partir de cet écrit et parce qu’il laisse supposer que le Cardinal ne vivait pas dans la solitude à Villemoisson et qu’il y recevait du beau monde, faire de ce qui n’était à l’époque qu’un tout petit village un des pôles de la France intellectuelle d’après la Révolution.

 

Pas plus qu’on ne va imaginer que la Révolution est née à Villemoisson même, parce que, s’il faut en croire un historien local, c’est là aussi dans le parc charmant de la même maison, plus de vingt ans avant cette même Révolution, sous Louis XVI, que Marie-Jean Hérault de Séchelles (1760-1794) grandit « où il fut élevé très bourgeoisement et pourtant, peut-être parce qu’il était parmi les plus pauvres de nos paysans, l’enfant puisa, malgré son éducation, une inclination vers les plus humbles et les plus déshérités qu’il défendit plus tard avec tant de mordant. »

 

Il n’y a rien plus dissemblables que ces deux hommes qui ont connu la même époque et qui étaient originaires du même milieu. L’un figure la fureur de vivre, le déchaînement des idées et des sentiments, toutes choses qui le mèneront, encore jeune, à la fin la plus violente qui soit. L’autre est tout le contraire : noblesse, dignité, pureté, élégance, politesse, sincérité, douceur, gravité, modération,  conservatisme, toutes choses qui le mèneront à mourir de vieillesse et de maladie.

 

L’un a tout pour faire un héros romantique comme on les aime, sauf qu’il n’est pas fréquentable. L’autre est on ne plus fréquentable, mais n’a rien du héros. Le premier a sa rue à Villemoisson alors qu’on ne l’y a probablement jamais vu, le deuxième qui y a vécu une vingtaine d’années y est complètement ignoré.

 

C’est souvent ainsi qu’on écrit et enseigne l’histoire. Et pas seulement à Villemoisson-sur-Orge.

 

Sources et ressources

 

Le visiteur qui voudra en savoir plus, trouvera les écrits du Cardinal, de Chateaubriand et de Tastet, sur le site des documents numérisés de la BNF :  www.gallica.bnf.fr

 

Les écrits de Rémy de Gourmont se trouvent sur le site consacré à cet écrivain et particulièrement celui consacré à l’ordonnance de 1816. Adresse :

http://www.remydegourmont.org/de_rg/autres_ecrits/divers/uneepurationalacademie.htm

 

Aux Archives départementales de l’Essonne on trouvera dans différents cartons des lettres écrites par le Cardinal.

 

On trouvera le texte intégral de la Monographie de Villemoisson de M. Guérin sur ce site.

 

A propos de Chateaubriand on peut aller rendre visite au site consacré à sa maison de la Vallée aux Loups :

http://www2.cg92.fr/chateaubriand/index.htm

 

Aller sur place à Châtenay-Malabry est également un beau but de promenade. Au mois de juin il faut en profiter pour aller admirer la roseraie de l’Hay-les-Roses. C’est superbe, et c’est tout à côté.

 

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édition du 4 septembre 2004