les trompettes de la renommée

 

les revendications des quatre trompettes de la chambre

ou « à chacun sa place ».

 

 

Les archives de la Maison du Roy, encore pour 1729, contiennent la copie de la lettre suivante datée du 14 septembre (dix jours après la naissance du Dauphin). On en a corrigé l’orthographe pour en rendre la lecture plus facile.

 

 

Monsieur le Grand Ecuyer,

 

  Jamais les quatre Trompettes de la Chambre n'ont eu d'autre poste que celui d'être devant les chevaux du carrosse du corps du Roi. Il est naturel de penser qu'il ne peuvent être ailleurs, n'étant dépendants d'aucune troupe ni compagnie. Si les chevau-légers, mousquetaires et gardes du corps marchent directement devant le carrosse du Roi et qu'il faille que les trompettes de la chambre marchent devant eux, ils sont sensés être de leur corps, attendu le rapport qu'il y a entre leurs équipages et celui des trompettes des compagnies ci-dessus nommées. Derrière le carrosse du Roi sont les quatre trompettes des plaisirs à la tête des gardes du corps, comme étant de ce corps. Si on nous ôte le poste que nous avons occupé de tous temps, nous ne savons pas où nous devons nous mettre pour le service à venir. Nous prions son altesse, Monseigneur le prince Charles, de s'expliquer avec le Roi, afin que le voyage de Fontainebleau qui approche, nous puissions exercer nos charges, et de ne pas souffrir que des officiers qui sont sous nos ordres soient chassés du poste auxquels ils ont été en possession sous le feu Roi et sous feu Monseigneur d'Armagnac.

 

 

 

Que de trompettes autour du Roi ! ! On s'y perd. Heureusement un autre document daté du 26 août 1729 à Paris, donne ordre à Monsieur de Braque, Intendant et Contrôleur général des Ecuries du Roi, de faire fournir incessamment et pour le printemps suivant, par les frères Brochant : les galons d'or et d'argent, les étoffes et autres marchandises qu'ils sont accoutumés de fournir pour faire les casaques, vestes, culottes, bas et manteaux, ainsi que les ceinturons de buffle couverts de galons d'or et d'argent. Les trompettes de la Chambre, ceux qui demandaient à retrouver leur vraie place au plus près du Roi, c'est à dire immédiatement devant, avaient droit aussi chacun à une housse, à une paire de bourses de pistolet garnies de galon d'or et d'argent et à un chapeau demi-castor bordé d'or.

 

Le document précise le nombre de musiciens à habiller. Ce qui nous permet d'établir qu'il y avait 28 trompettes et 5 timbaliers appartenant aux Gardes du Corps (y compris ceux des Plaisirs), 4 trompettes et 1 timbalier chez les Gens d'armes, 4 trompettes et 1 timbalier chez les chevau-légers de Sa Majesté, 4 trompettes ordinaires de la Chambre et Ecuries du Roi.

 

Du taffetas bleu était commandé pour faire des banderoles pour les trompettes ainsi que du gros de Naples bleu destiné à confectionner les tabliers de timbales, du taffetas cramoisi pour couvrir les timbales, des franges brodées d'or et d'argent pour mettre autour des cordons, houppes et aiguillettes.

 

Nous voila bien, cette fois, au temps du « joli » et on imagine que l'ensemble de l'équipage royal devait avoir belle allure et que tout le long de la route de Versailles, de Fontainebleau ou de Marly, à l'aller comme au retour, on devait se presser pour voir et applaudir dans ses déplacements le bien-aimé roi.

 

Un « joli » dont on connaît le prix aujourd’hui, puisque les comptes de la Maison du Roi pour 1730 précisent qu’il a été payé aux fournisseurs des Ecuries, pour « habillement des Trompettes et Timballiers des quatre compagnies des gardes du corps, Gendarmes et chevaux légers de la garde » la jolie somme de 61.547 livres et 12 sols.

 

                                                                    L’image représente l’entrée de Louis XIV à Arras (Musée de Versailles)

 

 

 

 

un chapeau

… et de la toile tous les ans pour cravates

 

Les quatre trompettes qui entouraient le carrosse du Roi devaient avoir une haute idée de leur mission en même temps qu’une grande susceptibilité, car c’est encore, signé par l’un d’entre eux, Rode, que l’on trouve dans les papiers du Grand Ecuyer, Charles de Lorraine, une lettre datée du 3 avril 1732 adressée à son secrétaire.

 

Monsieur de Villé, secrétaire de son altesse le prince Charles, à Paris.

 

Monsieur,

J’ai eu l’honneur de vous remettre un extrait de la Chambre des Comptes, par lequel il paraît qu’en 1656 et les années suivantes, le Roi donnait à 6 trompettes de la Chambre des chapeaux tous les ans ; vous aurez la bonté d’observer que les douze trompettes servaient six par année, auxquels on donnait à chacun un chapeau par an ; dans la suite le Roi Louis XIV choisit et fixa le nombre à quatre pour servir ordinairement auprès de lui ; nous ne savons pas pourquoi on a cessé de nous donner lesdits chapeaux ; nous sommes les seuls à qui on a discontinué de nous les donner, puisque tous les trompettes des gendarmes, chevau-légers et autres de la maison du Roi en ont tous les ans ; c’est pourquoi, Monsieur, je vous prie, tant en mon nom qu’en celui de mes camarades, de représenter nos raisons à son altesse monseigneur le prince Charles, que nous supplions de nous faire accorder lesdits chapeaux, qui font partie de l’habillement, où l’on nous donne habit, veste, culotte, bas, ceinturon, manteau, aiguillettes, et de la toile tous les ans pour cravates…

                                                                                       Rode

 

 

Le Rode (en réalité Roddes) qui a signé cette lettre fait partie d’une dynastie qui a régné sans discontinuer de 1590 à 1734 sur la trompette royale. Marcelle Benoit, à partir des textes contenus dans son  Recueil de documents sur les Musiques de cour, a compté treize Roddes de 1661 à 1728.  En 1661 parmi les douze trompettes de l’Ecurie il y avait huit Roddes : Charles, Guillaume, Yves, Jean dit l’aîné, Jean, Etienne, Jean dit Brodequin et Pierre dit Soudeille. Une affaire de famille !

 

Les quatre autres, qu’il n’y a aucune raison d’oublier, étaient : Thomas du Pré, Jean de Saint Romand, François Pélissier et Jean Rivet.

 

 

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édition 4 février 2003