jour de paye à l’opéra

 

 

 

 

le livre de paye de l’opéra de janvier 1754

avec les émargements des musiciens, du mieux au moins bien payé : du batteur de mesure, cheron, au violoniste piffet, à l’amende pour absences répétées.

 

 

 

 

             Chaplin dans Jour de paye

 

 

                                                                                                retour à la page d’ouverture

                                                                                                    retour aux autres à-côtés

le document

 

Le document qui sert de base à cette page est l’état des appointements des symphonistes de l’Opéra pour le mois de Janvier 1754, dont la deuxième page a déjà été donnée lorsqu’il a été question de la vie professionnelle de Joseph-Barnabé Saint-Sevin dit L’Abbé le fils.

 

En 1754 et depuis 1749, c’était la Ville de Paris qui administrait l’Opéra. Des gens sérieux qui nous ont laissé de nombreuses et magnifiques archives comme les livres de paye de l’Opéra et l’état des appointements du mois de janvier 1754 dont la photographie suit. Le document, qui est conservé aux Archives Nationales, mesure en réalité 24 centimètres sur 36, est joliment calligraphié et est en état parfait de conservation.

 

 

La paye de l’Opéra en janvier 1754 ( première page sur quatre)

Avec les émargements des musiciens

 

 

La paye de l’Opéra en janvier 1754 (deuxième page)

 

 

La paye de l’Opéra en janvier 1754 (troisième page)

 

 

La paye de l’Opéra en janvier 1754 (quatrième page)

 

points de vue

 

Il y peut y avoir différentes façons de regarder le document. Le musicologue y trouvera probablement beaucoup à dire sur la composition de l’orchestre, sur la hiérarchie, sur les termes employés : le batteur de mesure, le grand et le petit chœur. Il aura encore certainement plus à dire sur le fait que se trouvent là regroupés non seulement d’excellents instrumentistes, mais aussi de remarquables compositeurs. Notre incompétence en la matière nous recommande de ne pas nous aventurer plus loin dans ce domaine sauf à rapporter des témoignages comme celui de Casanova par exemple (voir la page : casanova à l’opéra).

 

Mais nous ne voyons aucun inconvénient à ce que ceux qui savent viennent ici apporter leurs lumières sur cet aspect des choses.

 

Pour notre part, à la vue du document, nous nous sommes d’abord demandés comment pouvait se passer un jour de paye à l’Opéra en 1754. Est-ce que les musiciens faisaient la queue devant le bureau du comptable avant la représentation pour toucher leur paye ou s’y présentaient individuellement  à leur volonté ?

 

Ce qu’on peut supposer, à voir les dates qui figurent sur l’état, est que la paye n’avait pas lieu le dernier jour du mois mais au cours du mois suivant on peut aussi penser qu’en y opposant sa signature chacun pouvait voir ce que gagnait le collègue. Mais peut-être qu’ils parlaient entre eux et ne se le cachaient pas. Ce sont là des questions auxquelles on aimerait trouver des réponses.

 

 

histoire parallèle

 

On peut aussi, car c’est tentant, mettre en parallèle ce en quoi consistaient les formalités de la paye de Pierre Saint-Sevin dit L’Abbé L’Aîné en janvier 1754 avec un bulletin de salaire d’aujourd’hui, deux cent cinquante huit ans après.

 

D’un côté un nom, un chiffre, une signature en marge, De l’autre, un document d’une quarantaine de lignes, plus de soixante nombres, qui n’est que le premier élément d’une longue chaîne d’autres papiers de toutes couleurs et de tous formats destinés aux différentes administrations nées de l’évolution de la législation et entretenues par les successives simplifications administratives, chaque nouvelle réforme entraînant l’addition d’au moins une nouvelle formalité supplémentaire

 

                 1754

 

 

 

                    2002

 

 

 

 

Mais, présenter les choses de façon aussi simpliste, serait un peu tricher. Dans les deux sens d’ailleurs.

 

D’un côté parce que chaque ligne nouvelle venue s’ajouter au bulletin de paye d’hier pour arriver à celui d’aujourd’hui ne correspond pas toujours à un progrès social nouveau, comme, par exemple, les douze lignes concernant la CSG, la CRDS et les charges sociales patronales.

 

De l’autre côté parce qu’au dix-huitième siècle les choses n’étaient pas aussi simples qu’il le paraît. Le livre de paye de l’Opéra de 1754 donne l’impression de la simplicité, de la clarté et de la transparence.

 

Mais il faut très vite se hâter d’en tirer des conclusions car un autre état que l’on trouvera ci- après nous apprend que certains des musiciens percevaient aussi des gratifications parfois très importantes, comme Blavet, le fameux flûtiste, qui touchait 700 livres d’appointements par an plus 500 livres de gratifications. Cheron le batteur de mesure, percevait 500 livres en sus de ses appointements de 1500 livres. Pierre Saint-Sevin dit L’Abbé l’aîné était parmi les mieux payés avec un total de 900 livres. L’aîné des Caraffe l’aîné, violon, se faisait un supplément  de 100 livres pour battre du «timballe». Tandis que son collègue, Chauvet, partie de violon, n’avait droit qu’à 50 livres de bonus pour jouer de la « muzette ». 

 

Et là, pas de transparence : il n’y avait pas lieu à émargement sur le livre, mais nous dit l’état délivrance de « quittances particulières ». .  

 

                                                  Etat des gratifications annuelles des symphonistes de l’Opéra pour le mois de janvier 1754

 

On a vu aussi par ailleurs que tous ces musiciens avaient souvent plusieurs employeurs et qu’à l’occasion ils ne négligeaient pas d’aller se produire chez quelque marquis, prince ou riche bourgeois.

 

A titre anecdotique notons au passage que Mademoiselle Fel la cantatrice dont il est souvent question ici, gagnait 3000 livres par an à l’Opéra avec un supplément de 1000 livres de gratifications et qu’accessoirement elle recevait aussi une indemnité de 300 livres pour « pain, vin et entretien de chaussures »

 

à suivre …

 

Il ne faut pas non plus se dire que le roi patron faisait ce qu’il voulait, qu’il n’y avait aucune réglementation du travail ni aucune protection sociale. En particulier, en ce qui concerne la retraite, un système de pensions existait. Même s’il ne fonctionnait toujours pas très bien, comme on l’a vu à propos de Joseph-Barnabé.

 

Mais ce sont là sujets sérieux que l’on ne peut traiter à la légère sans une certaine préparation si l’on veut sortir des généralités. Le problème est qu’aujourd’hui les recherches nécessaires ne sont que commencées et qu’il faudra …. « un certain temps » pour aboutir. Et être le sujet d’un nouvel « à-côté »

 

index

A l’attention des chercheurs professionnels et amateurs, musicologues distingués et historiens qui ne le sont pas moins (distingués), on va rappeler ici en mode texte les noms cités en mode image dans les documents reproduits dans cette page :

 

Batteurs de mesure

    Chéron, le premier

    Lagarde

 

Clavecin

    Noblet

 

Basses du petit chœur

    Labbé l’aîné (Saint-Sevin Pierre)

    Habram, aussi musette et tambourin

    Labbé cadet (Saint-Sevin Pierre-Philippe)

    Giannotty (ou Giannotti), contrebasse

 

Violons

    Langlade, le premier

    Caraffe l’aîné, aussi timbalier

    Aubert fils

    Vallée (ou Vallé)

    Dupont

    Travenol

    Labbé fils (Saint-Sevin Joseph-Barnabé)

    Caraffe 3e

    Dauvergne

    Exaudet

    Perrier

    Despreaux

    Lemière

    Tarade

    Piffet

    Geoffroy (surnuméraire)

 

Basses du grand choeur

    Capperan

    Antheaume

    Forcade

    Saublay

    Dun cadet

    Sallantin l’aîné

    Davesnes

    Giraud

 

Parties de violon

    Plessis cadet

    Paris

    Champion

    Dun fils

    Chauvet, aussi musette

    Simon

    Leroy (surnuméraire)

 

Hautbois et flûtes

    Despreaux,  premier hautbois

    Blavet, flûte

    Sallantin cadet, hautbois

    Vincent, flûte

    Bureau, hautbois

 

Bassons

    Brunel

    Garnier

    Capelle

    Bralle

 

Trompette

    Caraffe 2e

 

 

 

                                                                         retour en haut de la page