de la voiture des invalides

 à la voiture de l’invalide

 

 

 

 

de la voiture des invalides dans laquelle jeanne tronchet est arrivée à Paris en 1733 à la carte de stationnement

gig ou gic.

 

 

 

 

 

               Hôtel des Invalides Paris

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la voiture des invalides

 

Le visiteur attentif se souviendra sans doute que c’est « dans la voiture des invalides » que Jeanne Tronchet, future épouse de Joseph-Barnabé Saint-Sevin est partie pour Paris avec sa sœur en 1733. La mère des enfants était morte et on peut supposer que le régiment de Provence auquel appartenait leur père, en partant pour la guerre, s’est ainsi débarrassé de ceux qu’il ne pouvait laisser sur place.

 

On sait ce qu’a été la vie de Jeanne à partir de là avec ses hauts et ses bas, mais c’était aussi l’occasion de se demander ce qui avait pu advenir aux invalides qui faisaient partie du voyage.

 

                           Louvois présentant à Louis XIV le plan des Invalides. Documentation Ministère de la Défense

 

Il est bien possible que ceux-ci avaient pour destination l’Hôtel des Invalides de Paris qui existait déjà et dont la construction avait été décidée par Louis XIV par un édit d’avril 1674. L’idée était d’accueillir dans cet édifice bâti comme un véritable palais les soldats estropiés ou malades ou dont les services atteignaient une durée importante. Jean-Pierre Bois dans un article du Dictionnaire de l’Ancien Régime nous dit qu’il y étaient entretenus de corps et d’âme, soignés, nourris, instruits dans la religion, éventuellement convertis s’ils étaient protestants et occupés à des travaux manuels de cordonnerie, tapisserie, enluminure. Ceux qui le pouvaient montaient la garde, faisaient des rondes. Les infirmeries étaient tenues par les populaires sœurs grises, les Filles de la charité du Faubourg Saint-Lazare.

 

Mais très vite, car les guerres se succédaient, l’hôtel devait s’avérer insuffisant pour recevoir les nouveaux invalides. D’où travaux, création de compagnies en province ou dans des lieux peu exposés où étaient envoyés ceux capables d’assurer un service réduit.

 

Mais alors que le problème grandissait avec les suites de la guerre de succession d’Espagne et celle de sept ans Choiseul eut en 1764 l’idée géniale d’instituer en faveur des invalides « une retraite honorable due à leur ancienneté et à leurs blessures » leur permettant ainsi de se réinsérer dans la société civile en subvenant eux-mêmes à leurs besoins. Cette retraite est souvent considérée comme la première du système social français.

 

Plusieurs modifications sont intervenues ensuite pour améliorer le système et on estime qu’à la veille de la Révolution 20.000 hommes en bénéficiaient, l’hôtel des Invalides n’étant plus réservé qu’aux soldats blessés ou très âgés.

 

Jean-Pierre Bois termine l’article précité en écrivant :

« La fondation de Louis XIV a été un exemple. L’on peut ajouter qu’ayant largement précédé les administrations civiles dans ce domaine particulier de la législation sociale, l’armée a joué un rôle pionnier. Ce n’est pas négligeable. »

 

 

hôtel des invalides :

l’établissement le plus juste d’un siècle de grandeur

 

Louis Sébastien Mercier dans son Tableau de Paris manifestait déjà en 1780 une opinion assez semblable en présentant l’Hôtel des Invalides comme « l'établissement le plus juste d' un siècle de grandeur ».

 

Et il poursuivait ainsi :

 

On ne voit plus les soldats, comme le dit Young, étendant le bras qui leur reste, mendier leur pain le long des royaumes que leur valeur a sauvés.  ce qu' il y a de touchant, c' est de voir ceux qui ne peuvent plus porter des alimens à leur bouche, être servis par des mains officieuses et journalieres. Ces tristes restes de la fureur insensée des batailles ; ces corps, selon l' expression d' un poëte, dont le tombeau possede la moitié, ne peuvent plus accuser la patrie d' une criminelle indifférence. Un gouvernement doux a effacé les rigueurs d' une discipline trop austere ; car, puisque cet hôtel est un asyle de paix et de repos, puisqu' il est une récompense, il faut en éloigner les ordonnances tristes et séveres qui conviennent aux soldats guerroyans et campés sous la tente.

 

Ce vaste bâtiment est en pierres ; le vieux soldat est enfermé dans des murailles épaisses. Ces voûtes où le soleil ne pénetre pas même en été, paroissent rendre ce grand lieu, bien froid, bien sombre, bien ennuyeux pour la vieillesse. De longs corps de bâtimens, des escaliers noirs, des corridors glaçans, impriment à ce grand édifice quelque chose de triste.

 

Les soldats y sont logés pêle-mêle, et la propreté n' a pu s' établir dans ces salles spacieuses. Mais les officiers y sont bien en comparaison du soldat ; les officiers m' ont tous paru assez contens de leur sort, et cet aveu peut tenir lieu d' une louange complete. Il n' y regne pas la même fraternité que dans les camps. Chacun s' isole, et l' indifférence la plus absolue regne entre ces êtres jadis si unis. C' est qu' il n' y a plus le danger des batailles, ni la société d' armes, ni le poids des fatigues à soutenir ; les régimens mêlés, les soldats ne se reconnoissent plus. De là peu d' échanges de bienfaits ; l'esprit militaire ne s' y manifeste plus que par des rêveries sur la gloire ; cette retraite n' ouvrant plus de moyens à une sorte d' avancement, chacun ne vit plus que pour le présent, et ne se repaît plus que des fantômes du passé. Les vieillards ont des infirmités et de l' humeur : il faut donc adoucir leur état ; c' est ce qu' on a fait depuis quelques années. Une administration qui n' a rien de rigoureux, leur a laissé nombre de petites libertés innocentes, qui font que chacun s'arrange à sa guise et est content : avantage particulier que des loix générales et exigeantes ne pouvoient embrasser. Redisons-le ; puisqu' il s' agit de se reposer, il faut à ces soldats du repos dans toute son étendue ; et c' est là leur principale récompense.

 

Le dôme est superbe, et fait l' objet de la curiosité et de l' admiration des étrangers. La cuisine est remarquable par ses immenses chaudieres, par ses broches nombreuses, par la distribution prompte et égale des plats. Le service du vin dans des chopines de plomb a quelque chose de rapide et de particulier, qui étonne l' œil.

 

Les hommes sont si ennemis des regles assujettissantes, que ces invalides ne paroissent guere au réfectoire que pour emporter leur portion congrue. Ils la troquent ensuite, la partagent comme bon leur semble ; et cette liberté qui satisfait tous les goûts, prévient mille plaintes. L' expérience a prouvé que les petites jouissances sans gêne plaisoient à tous les hommes, et qu' ils les préféroient aux jouissances qu' on leur apprêtoit avec une sorte de régularité.

 

Louis XIV laissa par testament son coeur aux jésuites de la maison professe, qui l' ont placé dans leur église, comme un monument de son affection royale pour leur société. Aujourd' hui qu' ils ne sont plus, seroit-ce aller contre l'intention du feu roi, que de le transporter à l' hôtel des invalides ? Et où ce dépôt peut-il être plus dignement placé que dans ce temple superbe ?

 

Louvois avoit destiné les magnifiques souterreins placés sous l' église à la sépulture de nos rois, et comptoit y faire transférer les tombeaux de Saint-Denis.

 

Le cardinal de Bouillon, ambassadeur à Rome, fit faire par les plus habiles artistes un mausolée au maréchal de Turenne, son neveu. Ce monument, propre à perpétuer la gloire et les exploits de ce grand homme, devoit être élevé dans le sein de la France sa patrie : mais la disgrace du cardinal suspendit ce projet ; l' ouvrage fut déposé dans les granges de l' abbaye de Cluni, où il est encore dans les caisses qui l' ont apporté de Rome. Ne seroit-il pas convenable de l' en tirer, et de le placer à l' hôtel des invalides, où il seroit d' une maniere plus décente et plus conforme aux voeux des braves militaires qui l' habitent ? C' est là qu' est la postérité de ce grand général.

 

Il y a des bouches à feu contre les petits fossés des invalides. Ces canons se font entendre au passage de leurs majestés. à ce bruit, toutes les oreilles parisiennes sont aux écoutes ; le nouvelliste descend, et croit déjà apprendre la nouvelle d' un avantage pour lequel il a parié. On lui dit que c' est le roi qui passe pour aller à la chasse tuer des lievres ; alors il remonte tout honteux, pestant contre le canon qui ne publie pas la victoire qu' il avoit annoncée.

 

 

l’après Choiseul 

 

Le visiteur que la question intéresse trouvera sur le site officiel du ministère de la défense l’histoire complète des Invalides de l’origine à nos jours. Pour notre part nous irons simplement dans notre bibliothèque et dans les dictionnaires anciens qui s’y trouvent, rechercher sinon les faits, mais tout ou moins l’apparence de leur évolution en commençant par le Petit Larousse illustré hérité de l’ancêtre, ouvrage qui porte la date de 1918, mais où l’Alsace- Lorraine est encore « province, ou exactement, Terre d’Empire, (Reichsland) de l’empire allemand, qui l’a arrachée à la France en 1871 par le traité de Francfort. »

 

 

Invalide –Petit Larousse 1918

 

L’invalide y est présenté comme un soldat que l’âge ou les blessures ont rendu incapable de servir, et qui est nourri aux frais de l’Etat à l’hôtel des Invalides. L’image qui le représente est celle d’un brave bardé de médailles et qui perdu bras et jambe.

 

Le Nouveau Larousse universel dans son édition de 1948 donne exactement la même définition de l’invalide que celle du Larousse de 1918. Mais l’illustration beaucoup plus riche nous le montre aux différentes époques de l’histoire :

 

 

avec dans l’ordre 1, sous Louis XV ; 2, sous le Premier Empire ; 3, sous le Second Empire ; 4, sous la IIIè République.

 

Le Petit Robert de 1987, qui ne comporte pas d’illustrations, fait de l’invalide  un militaire que l’âge, les blessures rendent incapable de servir. Il mentionne aussi, par analogie, les invalides du travail : personnes atteintes d’invalidité.

 

Et c’est au mot « invalidité » que l’on retrouve la question d’argent quand elle est définie comme la « diminution de la capacité de travail (les deux tiers au moins) ». L’exemple d’emploi du mot est : « Pension d’invalidité ».

 

 

 la voiture de l’invalide

 

Le Petit Larousse illustré de l’an 2000 n’illustre pas le mot invalide et on n’y trouve guère d’images de prothèses. La paix règne, le ciel est bleu, la mer est verte, les fleurs sont jolies, elles ont des teintes pastel. Jusqu’au revolver qui présente son anatomie en de belles couleurs. De jeunes et beaux jeunes gens pratiquent tous les sports sur bien des pages.

        Carte de stationnement attribuée à certains invalides

 

La photographie qui illustre le mot  « handisport » est celle d’un champion de tennis en fauteuil roulant

 

La définition même du mot « invalide » que l’on trouvera ci-dessous reproduite exactement, nous transporte aussi dans un tout autre monde que celui qui transparaît au détour des écrits du passé.

 

INVALIDE adj.et n. (lat. invalidus, faible). Se dit

d’une personne qui n’est pas en état d’avoir une

vie professionnelle normale : infirme. <> Grand

invalide civil (GIC), grand invalide de guerre

(GIG) : personne titulaire d’une carte d’invalidité

qui lui donne priorité dans les transports en

commun et une plus grande tolérance en matière

de stationnement. <> n.m. Militaire que les bles-

sures ont rendu incapable de servir.

 

Dans le monde du dictionnaire, en l’an 2000, le soldat, devenu militaire, n’a plus la première place. C’est le civil qui lui a prise. Mais on veille sur eux - le GIC comme le GIG - et le contractuel de la police est appelé à manifester envers l’un et l’autre une certaine tolérance sur la façon dont ils garent leurs voitures.

 

A l’article « invalidité » on apprend que la Sécurité Sociale veille aussi sur les invalides en leur versant, « notamm »,. une pension :

 

INVALIDITE n.f. Etat d’une personne invalide.

<> Assurance invalidité : assurance du régime

général de la Sécurité sociale, en France, qui

permet notamm. l’octroi d’une pension aux

invalides

 

notamm.

 

« notamm. » précise le dictionnaire , à propos de la pension d’invalidité de la Sécu. Et il a raison, car en réalité l’invalidité, le handicap, la dépendance, l’inaptitude au travail font aujourd’hui l’objet de nombreux textes légaux et réglementaires et concernent tous les domaines de la législation, de l’emploi au social et au fiscal en passant par la voirie, les transports et la défense. Et même la culture, puisque la carte d’invalidité donne droit à entrer par priorité et gratuitement avec un accompagnateur dans certains musées. Mais pas dans tous. Il vaut mieux se renseigner avant.

 

Les indemnités versées sont de toutes sortes et se combinent avec des déductions, réductions, exonérations d’impôts, de charges sociales, de redevances et de cotisations. De plus chaque nouvelle législature ou parfois un simple changement de ministre ou de secrétaire d’état modifie ou bouleverse la législation en vigueur : l’A.P.A. remplace la P.S.D. qui elle-même fait suite au  F.N.S., etc.

 

pour mémoire

 

Ce qui précède pourrait faire croire qu’au Siècle des Lumières on ne portait attention, pension et honneurs qu’à l’invalidité militaire. Il n’en était rien et le visiteur - attentif par nature et définition - se souviendra certainement de la lettre adressée par le Directeur de l’Opéra en 1802 demandant au citoyen ministre de l’Intérieur d’accorder à Joseph-Barnabé Saint-Sevin le montant de pension qu’il demandait au motif que « le malheureux artiste est tellement âgé et incommodé qu’il n’y a pas lieu de croire qu’il en jouisse longtems »

 

 

Choiseul, toujours présent

 

 

Parce que personne n’avait prévu que le perfectionnement des armes de guerre associé aux progrès de la chirurgie allait laisser sur le pavé beaucoup plus d’invalides que n’en pouvaient contenir les maisons destinées à les accueillir, Choiseul, ministre de Louis XV, a inventé la pension d’invalidité pour leur permettre de finir dignement leurs jours chez eux.

 

 

 

           Le Duc de Choiseul (1719-1785)

                    Musée de Versailles

 

Parce que personne n’avait prévu que la paix, les progrès de la médecine, de l’hygiène, des conditions matérielles d’existence, de la diététique et le prolongement de la durée de la vie qui en découle, devaient avoir pour conséquence un accroissement considérable du nombre d’invalides, les Choiseul d’aujourd’hui, ont mis en place tout le système d’aide évoqué ci-dessus afin de leur permettre de continuer à vivre chez eux alors qu’il n’existe que peu d’établissements capables de les recevoir.

 

Qu’en conclure ? Selon sa nature ou ses opinions politiques, philosophiques ou religieuses le visiteur en appellera à la fatalité, à l’impuissance humaine, à l’absurdité du monde ou, au contraire, au sens inné de l’homme à la solidarité.

Mais, comme nous ne voulons nous priver des visites ni des uns ni des autres nous nous garderons bien de prendre part au débat.

 

 

sources et ressources

 

Le Dictionnaire de l’Ancien Régime dont il est question ici a été publié sous la direction de Lucien Bély aux Presses Universitaires de France.

 

Le Petit Larousse illustré comme Le Petit Robert se trouvent dans toutes les bonnes librairies.

 

Sur Internet, le « Tableau de Paris » de Mercier est en version « texte » à la BNF (www.gallica.bnf.fr).

 

Le site officiel des Invalides est à l’adresse :

http://www.defense.gouv.fr/z_anciens-combattants/abbaye/ini.htm

 

Sur Choiseul, qui a fait bien d’autres choses que d’inventer la pension d’invalidité, on peut se reporter aux livres qui traitent de Louis XV, celui de Catherine Salles pour une vue d’ensemble, celui de Michel Antoine pour tout savoir.

 

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édition :17 septembre 2002