casanova

  à l’opéra

 

 

 

 

 

 

 

En 1750, comme en 1757, de passage à Paris, Casanova s’est rendu à l’Opéra et au Concert spirituel. Il a aussi rencontré Mademoiselle Fel et Jean-Jacques Rousseau chez eux. Il raconte tout cela dans ses Mémoires.

 

 

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casanova témoin

 

Les Mémoires de Casanova resteront sans doute longtemps la providence des producteurs de cinéma, de télévision et de B.D. Tous les matériaux y sont pour construire dans une ambiance de sensualité de belles histoires avec de multiples rebondissements, dans un joli dix-huitième siècle peuplé d’adorables et adorées créatures, mais aussi de rusés espions, de sombres conspirateurs et d’atroces maris jaloux.

 

Les explorateurs de l’inconscient n’en auront sans doute non plus jamais fini d’analyser le comportement et les pensées du personnage ni d’interpréter l’œuvre. Sans oublier de parler de ses incomparables qualités littéraires.

 

Quant à eux, les historiens français se réfèrent rarement aux Mémoires. Michel Antoine en parle deux fois  pour nous dire les admirations que Casanava portait à l’expression de la magnifique tête de Louis XV d’une part ; et d’autre part aux lignes sinueuses et aux fermes rotondités des jeunes personnes nues représentées par le peintre Boucher gracieusement étendues sur le ventre.

 

Pierre Gaxotte, de son côté, raconte comment Casanova a escroqué Mme d’Urfé et pour montrer le rayonnement de la langue française, il mêle son nom à ceux de Washington, Frédéric II, Grimm, le Prince de Ligne, l’abbé Galiani, Catherine II, Walpole, Marie-Thérèse, Joseph II, toutes personnes qui écrivaient un français excellent ou admirable.

 

Certains citent le goût que Casanova avait en commun avec le bedonnant Bernis pour les jeunes et belles moniales vénitiennes. La plupart des autres l’ignorent.

 

Ce qui nous intéresse ici, c’est que Casanova est venu à Paris à plusieurs reprises, qu’il y a fréquenté l’Opéra et le Concert spirituel, qu’il a rencontré à ces occasions et à d’autres des personnages dont il question sur ce site et qu’il a raconté tout cela dans ces mémoires en n’omettant pas de donner son sentiment sur les faits et les gens.

 

Le témoignage est intéressant parce qu’il est celui d’un étranger, d’un Italien qui jette un regard critique, interrogatif, amusé et parfois admiratif sur tout ce qu’il découvre, voit et entend, comme sur les gens qu’il rencontre. Il ne serait pas sérieux de s’en priver.

 

 

marie fel intime

ou  le privilège des hommes

 

C’est en juin 1750 que Casanova, qui avait alors 25 ans, est arrivé pour la première fois à Paris. Les trois Saint-Sevin faisaient partie de l’orchestre de l’Opéra et Joseph-Barnabé, cette année là, a particulièrement brillé au Concert spirituel en jouant seul ou avec Gaviniès ou Dupont. Il y a fait aussi interpréter ses propres œuvres comme sa symphonie à deux cors de chasse.

 

 

 

          Marie Fel par Quentin de la Tour

 

Le visiteur attentif se souviendra sans doute que nos musiciens avaient pour collègue à l’Opéra comme au Concert spirituel la prestigieuse cantatrice Marie Fel, âgée en 1750 de 37 ans. C’est d’elle dont il va être question, car Casanova l’a rencontrée peu après son arrivée à Paris, présentée par l’avocat Palu. Et il raconte ainsi l’entrevue :

 

   En sortant des Tuileries, Patu me conduisit chez une fameuse actrice de l’Opéra qui se nommait Mlle Le Fel, bien-aimée de tout Paris et membre de l’académie royale de musique. Elle avait trois enfants charmants en bas âge qui voltigeaient dans la maison.

« Je les adore, me dit-elle.

- Ils le méritent par leur beauté, lui répondis-je, quoique chacun ait une expression différente.

- Je le crois bien ! l’aîné est fils du duc d’Anneci ; le second l’est du comte d’Egmont, et le plus jeune doit le jour à Maisonrouge, qui vient d’épouser la Romainville.

- Ah ! excusez, de grâce ; je croyais que vous étiez la mère de tous trois.

- Vous ne vous êtes point trompé, je le suis. »

 

   En disant cela, elle regarde Patu et part avec lui d’un grand éclat de rire qui ne fit point rougir, mais qui m’avertit de ma bévue. J’étais nouveau et je n’avais pas été accoutumé à voir les femmes empiéter sur le privilège des hommes. Mlle Le Fel n’était pourtant pas effrontée ; elle était même de bonne compagnie ; mais elle était ce qu’on appelle au-dessus des préjugés. Si j’avais mieux connu les mœurs du temps, j’aurais su que ces choses étaient dans l’ordre, et que les grands seigneurs qui parsemaient ainsi leur noble progéniture, laissaient leurs enfants entre les mains de leurs mères en leur payant de fortes pensions. Par conséquent, plus ces dames cumulaient et plus elles vivaient dans l’aisance.

 

   Mon inexpérience des mœurs de Paris me fit parfois donner dans de lourdes méprises, et la demoiselle Le Fel aurait sans doute ri au nez de quiconque lui aurait dit que j’avais de l’esprit, après la balourdise dont je m’étais rendu coupable.

                                                                                                     . . .

                                                                                                                         Garnier tome 2  pages 313/314

 

 

 

un jour à l’opéra

 

Un peu plus tard, le 16 juin 1750, Casanova toujours avec Palu se rendit à l’Opéra. On y jouait un opéra de Campra Les Festes vénitiennes dont la première avait eu lieu en 1710 et qui avait fait l’objet de nombreuses reprises depuis avec des variantes.

 

Dans le prologue de la version de ce jour, le Carnaval persuadait les Amours d’abandonner Cythère et leur offrait mille plaisirs sur les bords plus charmants de l’Adriatique. Les épisodes suivants s’y succédaient sans lien réel et n’étaient que prétextes à ballets et divertissements.

                       La Camargo Document BNF

 

Rappelons que Campra, dont on a parlé par ailleurs, et déjà à propos de la Camargo, a vécu de 1660 à 1744. Signalons aussi qu’en 1750 la danseuse venait d’atteindre la quarantaine.

 

Casanova raconte :

                                                                                              N.B : les sous-titres ne sont pas de l’auteur des Mémoires.

                                                                                                       Ils sont là simplement pour aérer le texte

 

 

pour nos quarante sous …

  

Il tardait à Palu de me conduire à l’Opéra pour voir l’effet que ce spectacle ferait dans mon esprit ; car effectivement un italien doit le trouver extraordinaire. On donnait un opéra dont le titre était Les Festes vénitiennes, titre intéressant pour moi. Nous allons pour nos quarante sous nous placer au parterre, où, quoiqu’on y fût debout, on trouvait bonne compagnie ; car ce spectacle était le plaisir mignon des français.

 

 

une histoire de clocher

  

Après une symphonie, très belle dans son genre, exécuté par un orchestre excellent, on lève la toile, et je vois une belle décoration représentant la petite place Saint-Marc vue de la petite île Saint-Georges ; mais je suis choqué de voir le palais ducal à ma gauche et le grand clocher à ma droite ; c’est à dire à l’opposé du vrai. Cette faute comique et honteuse pour le siècle commence par me faire rire, et Patu, à qui j’en dis la raison, dut en rire comme moi. La musique, quoique belle dans le goût antique, m’amusa un peu à cause de sa nouveauté. La mélopée me fatigua bientôt par sa monotonie et les cris poussés mal à propos. Cette mélopée des Français remplace, à ce qu’ils prétendent, la mélopée grecque et notre récitatif qu’ils détestent, et qu’ils aimeraient s’ils entendaient notre langue.

 

                   

                                                                                                    La Piazzetta

 

 

le vrai roi de la danse

 

L’action était un jour de carnaval, temps auquel les Vénitiens vont se promener en masque dans la place de Saint-Marc. On y représentait des galants, des entremetteuses et des filles qui nouaient et dénouaient des intrigues ; les costumes étaient bizarres et faux mais le tout était amusant. Ce qui surtout me fit bien rire, et c’était risible pour un Vénitien, ce fut de voir sortir des coulisses le doge avec douze conseillers tous en toge bizarre et qui se mirent à danser la grande passacaille. Tout à coup j’entends le parterre qui claque des mains à l’apparition d’un grand et beau danseur masqué et affublé d’une énorme perruque noire qui lui descendait jusqu’à la moitié de la taille, et vêtu d’une robe ouverte par devant qui lui descendait jusqu’aux talons. Patu me dit avec une sorte de vénération : C’est l’inimitable Duprès » J’en avais entendu parler et je me tins attentif. Je vois cette belle figure qui s’avance à pas cadencés, et parvenu sur le devant de la scène, élever lentement ses bras arrondis, les mouvoir avec grâce, les étendre, les resserrer, remuer ses pieds avec précision et légèreté, faire des petits pas, des battements à mi-jambe, une pirouette, ensuite disparaître comme un zéphyr. Tout cela n’avait pas duré une demi-minute. Les applaudissements, les bravos, partaient de toutes les parties de la salle ; j’en étais étonné et j’en demandai la raison à mon ami.

 

   « On applaudit à la grâce de Duprès et à la divine harmonie de ses mouvements. Il a soixante ans et tous ceux qui l’ont vu à il y a quarante ans le trouvent encore le même.

- Quoi, il n’a jamais dansé autrement ?

-  Il ne peut pas avoir mieux dansé ; car le développement que tu as vu est parfait, et au-delà du parfait que connais-tu ?

- Rien, à moins que ce ne soit une perfection relative.

- Ici elle est absolue. Duprès fait toujours la même chose et chaque jour nous croyons la voir pour la première fois. Telle est la puissance du beau et du bon, du sublime et du vrai, qui pénètrent l’âme. Cette danse est une harmonie ; c’est la véritable danse, dont vous n’avez point idée en Italie. »

 

   A la fin du second acte, voilà de nouveau Duprès, le visage couvert d’un masque, qui danse accompagné d’un air différent, mais à mes yeux faisant la même chose. Il s’avance tout au bord de la scène, il s’arrête un instant dans une position parfaitement dessinée. Patu veut que je l’admire ; j’en conviens. Tout à coup j’entends cent voix qui disent dans le parterre « Ah ! mon Dieu ! mon Dieu ! il se développe, il se développe. » Effectivement il paraissait un corps élastique qui en se développant devenait plus grand. Je fis le bonheur de Patu en lui disant qu’il était vrai que Duprès avait en tout une grâce parfaite.

 

 

le caleçon virtuel de la camargo

  

   Immédiatement après je vois une danseuse, qui comme une furie, parcourt l’espace en faisant des entre-chats à droite, à gauche, dans tous les sens, mais s’élevant peu et cependant applaudie avec une sorte de fureur.

 

   « C’est, me dit Patu, la fameuse Camargo. Je te félicite, mon ami, d’être arrivé à Paris assez à temps pour la voir, car elle a accompli son douzième lustre. »

 

                               

                                                                                    Maurice Quentin de la Tour

                                                                     Préparation au portrait de la Camargo

                                                              Musée Antoine-Lécuyer de Saint-Quentin

 

J’avouai alors que sa danse était merveilleuse.

 

   « C’est, ajouta mon ami, la première danseuse qui ait osé sauter sur notre théâtre ; car avant elle les danseuses ne sautaient pas ; et ce qu’il y a d’admirable, c’est qu’elle ne porte point de caleçon. »

- Pardon ; j’ai vu…

- Qu’as-tu vu, c’est sa peau qui, à la vérité, n’est ni lis ni de rose.

- La Camargo, lui dis-je d’un air pénitent, ne me plaît pas : j’aime mieux  Duprès. »

   Un vieil admirateur qui se trouvait à ma gauche me dit que dans sa jeunesse elle faisait le saut de basque et même la gargouillade ; et qu’on n’avait jamais vu ses cuisses, quoiqu’elle dansât à nu.

   « Mais si vous n’avez jamais vu ses cuisses, comment pouvez-vous savoir qu’elle ne portait point de tricot ?

- Ah ! ce sont des choses qu’on peut savoir. Je vois que monsieur est étranger.

- Oh ! pour ça, très étranger. »

 

 

                                                                          

                                                                                                  saut de basque en tournant

 

 

 

les yeux des italiens

 

Ce qui me plut beaucoup à l’Opéra français, ce fut la promptitude avec laquelle les décorations se changeaient toutes à la fois par un coup de sifflet ; chose dont on n’a pas la moindre idée en Italie. Je trouvai également délicieux le début de l’orchestre au coup d’archet ; mais le directeur, avec son sceptre, allant de droite à gauche avec des mouvements forcés comme s’il avait dû faire aller tous les instruments par la seule force de son bras, me causa une espèce de dégoût, J’admirai aussi le silence des spectateurs, chose si nouvelle pour un Italien ; car c’est à juste titre qu’en Italie on est scandalisé du bruit que l’on fait pendant que les acteurs chantent ; et on ne saurait assez déverser assez de ridicule sur le silence qui succède à ce bruit aussitôt que les danseurs paraissent. On dirait alors que les Italiens ont toute l’intelligence dans les yeux.

 

Au reste, il n’y a pas de pays au monde où l’observateur ne puisse trouver du bizarre et de l’extravagant, et cela parce qu’il peut comparer ; les gens du pays ne peuvent plus s’en apercevoir. Au résumé l’Opéra me fit plaisir ; mais la Comédie-Française me captiva. C’est là vraiment que les Français sont dans leur élément ; ils jouent en maîtres, et les autres peuples ne doivent point leur disputer la palme que l’esprit et le bon goût sont forcés de leur décerner.

 

J’y allais tous les jours, ….

                                                                                                                                                           Garnier tome 2 317 et s.

 

 

 

au concert spirituel

ou on ne jase pas à Paris

 

Après de nombreux zigzags à travers l’Europe à la poursuite de nouvelles aventures et de nouvelles conquêtes, après un emprisonnement et une évasion, Casanova est revenu à Paris au début de 1757. Manon, la fille de ses amis Balletti, qui avait neuf ans lors de son premier voyage en avait alors maintenant seize et était devenue la plus jolie des femmes dont Nattier a fait de son portrait un chef d’œuvre du genre.

 

              Manon Balletti – Nattier 1757

              Londres The Trustees of the National Gallery

 

Casonova succombe à ses charmes, grâces, vertus, talents et savoir-vivre, d’autant plus qu’il savait ses sentiments partagés. Le fiancé officiel, un musicien, est congédié et Manon ne va plus vivre que pour Casanova, beaucoup lui écrire pour finalement se lasser de ses trop longues et trop nombreuses absences et se marier en 1760 avec un architecte de trente-cinq ans son aîné.

 

C’est avec Manon que Casanova va assister aux concerts de la Pouplinière en 1759. On le voit aussi au théâtre et dans tous les endroits à la mode. Mais, c’est avec Mme du Rumain qu’on le trouve le 3 avril 1759 au Concert spirituel et que l’on apprend ainsi incidemment sa participation à l’œuvre jouée ce jour-là : un oratorio de Mondonville sur des paroles de l’Abbé de Voisenon : Mais il n’a pas que la musique en tête. Jugez-en :

 

 

   Je la quittai l’esprit fort occupé, et me dirigeai vers les Tuileries, où l’on donna un concert spirituel. C’était un motet composé par Mondonville, et les paroles étaient de l’Abbé de Voisenon, auquel j’avais donné le motif : les Israélites sur la montagne d’Oreb.  Ce morceau écrit en vers libres, était une nouveauté qui faisait du bruit. En descendant de voiture j’aperçus Mme du Rumain qui descendait seule de la sienne. Je cours à elle et je suis accueilli en bonne connaissance. « Je me félicite, me dit-elle, de vous trouver ici ; c’est presque une bonne fortune. Je vais voir cette nouveauté et j’ai deux places réservées ; vous me ferez plaisir d’en accepter une.

 

   Sentant tout le prix d’une offre aussi honorable, quoique j’eusse mon billet d’entrée dans la poche, je n’eus garde de refuser, et lui offrant respectueusement mon bras, nous allâmes occuper deux des meilleures places.

 

   On ne jase pas à Paris quand va entendre de la musique sacrée, et surtout du nouveau. Mme du Rumain ne put donc point juger de l’état de mon esprit par mon silence pendant le concert, mais elle le devina à ma physionomie dès que tout fut fini ; car j’avais l’air abattu et préoccupé, ce qui n’était pas naturel. ….

                                                                                                                                  Garnier tome 4 90

 

 

 

jean-jacques rousseau,

copiste de musique

 

C’est à la même époque, en mars 1759, que Casanova se rend avec Mme d’Urfé visiter Jean-Jacques Rousseau à Montmorency où il était logé par Mme d’Epinay dans  « une petite maison presque entièrement neuve fort bien distribuée », l’Ermitage.

 

 

Casanova relate ainsi la visite :

 

        L’Ermitage à Montmorency –Document BNF

 

  A cette époque, Mme d’Urfé avait envie de connaître J.J. Rousseau, nous allâmes à Montmorency lui faire une visite, sous prétexte de lui donner de la musique à copier, besogne dont il s’occupait merveilleusement bien. On le payait double de ce qu’on payait à tout autre copiste, mais il garantissait la parfaite exécution de l’ouvrage. Dans ce temps-là cet écrivain célèbre ne vivait que de cela.

 

   Nous trouvâmes un homme d’un maintien simple et modeste, qui raisonnait juste, mais qui ne se distinguait au reste ni par sa personne ni par son esprit. Rousseau ne nous parut pas être ce qu’on appelle un homme aimable, et comme il étaient loin d’avoir cette politesse exquise de la bonne compagnie, ce fut assez pour que Me d’Urfé le trouvât grossier. Nous y vîmes la femme avec laquelle il vivait et dont nous avions entendu parler ; mais à peine si elle leva les yeux sur nous. En nous retirant la singularité du philosophe égaya notre conversation.

                                                                                                                                        Garnier tome 4 -108

 

 

Cela n’est pas fait pour modifier la réputation de Rousseau d’être assez peu communicatif. Pourtant, La Laurencie dans son Ecole de violon nous rapporte une anecdote qu’il emprunte à Fayole et qui va dans un tout autre sens. Elle concerne le grand violoniste Gaviniès, qui fit le même jour que Joseph-Barnabé Saint-Sevin ses débuts au Concert spirituel.

 

Rousseau, paraît-il, prisait beaucoup la conversation de Gaviniès et un jour il lui dit : « Gaviniès, je sais que vous aimez les côtelettes ; je vous invite à en venir manger avec moi. ». Gaviniés s’est rendu à l’invitation et c’est Rousseau qui a fait cuire lui-même les côtelettes dont ils se sont régalés. Petite histoire qui nous révèle un Rousseau inhabituel : amical et cordon-bleu.  

 

Quant à Rousseau « copiste de musique » on y trouve aussi une allusion dans La Laurencie, et encore à propos d’un autre collègue des Saint-Sevin, l’inévitable Travenol.. En effet, ce dernier, en 1754, pour répondre à la Lettre sur la Musique Française de Rousseau, a fait paraître une brochure en vers qu’il a intitulée : « Arrest du Conseil d’Etat d’Apollon, rendu en faveur de l’orchestre de l’Opéra contre le nommé Jean Jacques Rousseau, copiste de musique ». Cet écrit sera suivi d’un autre la même année pour alimenter une Querelle des Bouffons qui s’épuisait.

 

casanova musicien

 

Ce qui précède n’est que l’aspect parisien des rencontres de Casanova avec la musique et les musiciens. Georges Cucuel, un éminent musicologue du début du XXè siècle, dans la préface qu’il a faite au dixième volume des Mémoires et qu’il a intitulée « La musique et les musiciens dans les mémoires de Casanova » nous en dit beaucoup plus.

 

Cet auteur, entre mille détails, nous apprend que Casanova, né de parents comédiens, savait jouer du violon, et même que, vers 1745-1746, quand les circonstances devaient l’obliger à travailler pour vivre, il a choisi d’exercer le métier de violoniste. Il était expert dans l’art de la danse dont il parle souvent et fort bien dans ses écrits. Il a aussi traduit en italien le Zoroastre de Cahusac et Rameau qui a été joué à Dresde en 1752. Toujours à Dresde, il a écrit également une pièce qui a bien rire le roi. A Prague il a rencontré Locatelli et à Vienne rendu visite à Métastase. Plus tard c’est  Farinelli qui l’a reçu. A Madrid, en trente-six heures il écrivait le livret d’un opéra, avant de rencontrer Farinelli à Bologne.

Tout cela entre deux amours, deux aventures, deux voyages, deux affaires, deux fêtes.

 

Georges Cucuel nous dit cela avec beaucoup de talent et nous donne des extraits des Mémoires où l’on danse, chante et joue de la musique.

 

Le musicologue nous donne aussi son sentiment sur les observations plus techniques de Casanova, comme sur le goût « antique » qu’il trouve à la musique de Campra, effectivement déjà ancienne et dans le style de Lully et bien loin de la verve des Pergolèse et Galuppi. Il évoque aussi la querelle à propos du récitatif italien et de la mélopée française, les uns accusant les autres de ne pas chanter mais de psalmodier, les autres reprochant aux uns d’abuser d’un fastidieux récitatif.

 

A propos de la question du chef d’orchestre il cite J.J. Rousseau qui, dans Dictionnaire de la Musique, écrit : « Combien les oreilles ne sont-elles pas choquées à l’Opéra de Paris du bruit désagréable et continuel que fait avec son bâton celui qui bat la mesure et que le Petit Prophète compare plaisamment à un bûcheron qui coupe du bois… L’opéra de Paris est le seul théâtre de l’Europe où l’on batte la mesure sans la suivre ; partout ailleurs on la suit sans la battre. » Cucuel rappelle que, malgré cela, bientôt la façon de battre la mesure à la française gagnera l’Italie sans être appréciée par tout le monde pour autant. Par Goethe, notamment.

 

sources et ressources

 

Le visiteur qui voudra approfondir la question devra d’abord lire le texte de Cucuel intitulé « La musique et les musiciens dans les mémoires de Casanova » qui est en préface du sixième volume des Mémoires, édition Raoul Vèze. C’est très bien écrit, bien documenté et accessible aux non-initiés.

 

Pour aller plus loin et suivre les aventures de Casanova il pourra se plonger dans la lecture des les Mémoires.

 

Le tout se trouve sur le site de la BNF : www.gallica.bnf.fr . On active le bouton « RECHERCHE »  et là, on complète la rubrique : mots du titre, en écrivant : casanova mémoires. Plus de 3000 pages vont alors être à la disposition du lesteur.

 

En ce qui concerne Marie Fel on a déjà signalé par ailleurs le site du musée A. Lécuyer de Saint-Quentin qui est à l’adresse suivante :

         http://www.axonais.com/saintquentin/musee_lecuyer/index.html

Mais on regrettera de ne pas en savoir plus sur elle et qu’elle n’ait pas trouvé jusqu’ici un biographe à la hauteur de ses talents.

 

En ce qui concerne La Camargo, la plus grande fantaisie règne sur sa légende comme elle a commandé sa vie. Là, on dit qu’elle doit sa fougue au fait qu’elle avait du sang espagnol dans les veines, petite nièce qu’elle était d’un hidalgo ; alors qu’on la sait belge, qu’elle portait le nom de Cupis et qu’elle avait bien un parent noble mais romain, pas du tout espagnol. Ailleurs, on écrit que c’est elle qui a inventé le « caleçon de protection » des danseuses, l’ancêtre du collant. Mais, et Casanova nous l’apprend, tout Paris savait bien qu’elle n’en a jamais porté. Ailleurs, et en anglais, on lui doit le tutu et on nous dit qu’elle avait l’admiration de Casanova. Qui le cachait bien.

Bien des mystères à éclaircir et l’histoire de La Camargo qui reste à écrire.

 

 

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édition : 27 octobre 2004