< à la recherche de la fraternité

 

à la recherche de la fraternité

 

 

 

 

 

 

 

Les trois mots : liberté, égalité, fraternité, nous apparaissent aujourd’hui comme inséparables et on les imagine nés d’un même élan populaire d’émancipation. Pas si simple, en vérité … 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                   une affiche révolutionnaire

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liberté, égalité, fraternité

 

Aujourd’hui on apprend officiellement aux enfants que la devise de notre République : « Liberté, Egalité, Fraternité » est née en 1789.

 

Le chercheur amateur et occasionnel signataire de cette page ne se souvient pas ce qu’on lui a enseigné jadis à ce sujet, mais il a à cela, sinon une excuse, une bonne explication. C’est qu’il n’écoutait pas ce que le professeur lui disait et qu’il a quitté l’école à l’âge de 15 ans avec un 5 sur 20 en histoire-géo assorti d’un  « ne fait aucun effort ». Il faut dire aussi que cela se passait en 1941 et que pour un certain temps la République avait alors accédé au rang d’Etat et que la formule  « Travail, Famille, Patrie » avait semblé plus appropriée aux régnants de l’époque pour galvaniser les énergies jugées indispensables au redressement national.

 

Aujourd’hui, le même chercheur amateur et occasionnel regrette sa mauvaise conduite et le temps perdu lorsqu’il découvre soixante ans après, que l’histoire, si elle ne sert probablement à rien et manque parfois de sérieux, est passionnante et que les voyages dans le temps qu’elle occasionne sont souvent bien plus riches en imprévus, rencontres et découvertes que les voyages dans l’espace.

 

L’imprévu, ici, est que le chercheur s’attendait à trouver sur tous les documents révolutionnaires des images de poitrines généreuses, bonnets phrygiens, piques, haches et faisceaux enrubannés de tricolore, le tout assorti de la fameuse devise : « Liberté, Egalité, Fraternité ». Mais si la Liberté et l’Egalité semblent avoir répondu présent à l’appel de l’histoire officielle, pas toujours dans l’ordre établi depuis d’ailleurs, la Fraternité s’est toujours trouvée absente au rendez-vous, ou pas du tout là où on l’attendait. Et le doute est venu s’installer.

 

Ça a commencé par la découverte de la lettre écrite par le Citoyen Devismes, Directeur de l’Opéra pour mettre à la retraite d’office le Citoyen Saint-Sevin dit L’Abbé, puis par celle de différents documents trouvés dans des dossiers voisins de celui du musicien et compris dans le même carton d’archives de successions en déshérence, celui d’un lieutenant de l’armée révolutionnaire, celui d’un pauvre homme dont le fils est mort pour la patrie et celui d’un personnage qui n’a jamais rêvé de République.

 

Dans l’ordre ou le désordre on lira en cliquant sur le bouton correspondant

 

*  Et la fraternité, Citoyen Directeur ?

*  Et la fraternité, Citoyen Général?

*  Citoyen et cousine

*  Vive les Bourbons et la conserverie française !

*  Deux révolutions après

*  Victor avec nous !

*  Officiellement

*  En guise de conclusion

*  Sources et ressources

 

 

et la fraternité, citoyen directeur ?

 

Le visiteur attentif se souviendra sans doute que le Citoyen L’abbé avait demandé et obtenu en 1792 une place de contrôleur à l’amphithéâtre de Opéra, mais que le 26 germinal de l’an 8 (16 avril 1800)  le Citoyen Devismes, son directeur, l’avisait qu’il avait disposé de sa place et qu’il le mettait à la retraite avec une pension de 500 francs par an.

 

La lettre reproduite par ailleurs nous rappelle que sous le Consulat régnaient la Liberté et l’Egalité sans la Fraternité et que l’Opéra était toujours le Théâtre de la République et des Arts. Tout le monde était Citoyen, le Directeur, comme l’employé. La fraternité accompagnait le salut.

 

L’année suivante, en décembre 1801, le Citoyen Labbé, pensant pouvoir bénéficier du nouveau régime de pension institué en faveur des salariés de l’Opéra, a écrit au Ministre de l’Intérieur. La requête était adressée au Citoyen Ministre de l’Intérieur et se terminait par un « Salut et Respect ». Point de fraternité à cet échelon.

 

Cette demande a déclenché, comme on l’a dit par ailleurs, une avalanche d’allers et retours paperassiers entre directeurs et employés du ministère. Un autre a-côté interviendra plus tard tous les détails, mais restons sur le sujet qui nous intéresse aujourd’hui : la devise républicaine, pour remarquer que le 30 décembre 1801 les bureaux du Ministère de l’Intérieur écrivaient toujours sous l’en-tête de la Liberté et de l’Egalité, et de la République une et indivisible ; le Directeur du Théâtre est le Citoyen Cellérier et se terminait par un simple : Je vous salue » sans trace de fraternité. Quand le Directeur deux semaines après répond, c’est au « Citoyen Ministre » qu’il s’adresse,  la lettre se termine par un « Salut et Respect ». Changement de détail : L’Opéra de « Théâtre de la République et des Arts » est devenu « Théâtre des Arts ». Ce qui n’était que le début des changements d’étiquette.

 

 

C’est cette lettre qui se termine pas la formule déjà citée : « … en établissant sa pension à 600 fr …..c’est la porter au plus bas possible. J’observerai d’ailleurs que ce malheureux artiste est tellement âgé et incommodé qu’il n’y a pas lieu de croire qu’il en jouisse longtems »

 

 

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et la fraternité, citoyen général ?

 

Quand on recherche dans les archives on prend très vite la manie de fouiner un peu partout, d’aller fouiller dans les dossiers qu’on a sous la main, de jeter un coup d’œil sur les papiers consultés par son voisin de table, comme sur ceux que son prédécesseur tend à la personne chargée de la photocopie, histoire de lier conversation. C’est ainsi, par exemple, que, parti pour rechercher aux archives de Paris dans le carton des successions tombées en déshérence le dossier de Joseph-Barnabé Saint-Sevin, j’ai ouvert par curiosité une chemise voisine, celle d’un certain Debarges qui contenait cet ordre de mission du Général Moulin daté du 5 fructidor de l’an second de la République Française (22 août 1794).

 

Et de se trouver ainsi transporté de l’administration de l’Opéra au quartier général de l’Armée des Côtes de Brest en pleine guerre des chouans pour y recevoir une leçon de tactique.

 

 

 

 

 

                                           Chouan

 

 

 

Le texte intégral de la lettre est le suivant :

 

      D’après l’arrêté du Représentant du peuple Laignelot en datte du 30 Thermidor  le Général en chef ordonne au Citoyen Desbarges adjoint à l’Etat Major Général de l’armée de partir demain matin avec deux compagnies du 12me Bon des Sapeurs.

     Il aura avec lui un détachement du 62me Régimt, pour escorter d’ouvriers ces deux compagnies qui sont chargées d’ouvrir toutes les pièces de terre aboutissant sur la grande route de Rennes à Laval, en commençant entre La Fleuviais et Le Fresne, à une petite lieue environ au delà de Château-bourg jusqu’à un quart de lieue en deçà de Vitré, et ensuite depuis Vitré jusqu’à Pont de St Berthevin.

     Cette première opération faite le Citoyen Desbarges fera rétrograder les travailleurs en ouvrant pareillement les pièces sur deux au moins de largeur de chaque côté de la route.

     Il ouvrira absolument les pièces de terre sur tous les sens de manière que la Cavalerie puisse communiquer de chaque pièce dans toutes celles environnantes.

    Il enlèvera toutes les barrières généralement et coupera le pivot afin que les chouans ou quelques autres malveillans ne puissent les replacer d’un moment à l’autre.

    En cas d’attaque de l’ennemi ou d’annonce certaine qu’il doit être attaqué dans les travaux il demandera des forces aux postes ou cantonnemens voisins et il est ordonné aux Commandans de ces postes de lui en fournir sans délai.

    Il sera fourni les vivres à ces troupes soit à Vitré soit à la Guerche ou à Laval sera comme il se rendra le plus convenable et le plus facile.

 

                                                                           Le Général en chef

                                                                                                             Moulin

          

A Paris, Robespierre venait, le 9 thermidor (27 juillet 1794) d’être destitué pour être exécuté le lendemain.

 

Mais en Bretagne la guerre continuait, Jean Cottereau dit Jean Chouan mourrait au combat ce même 9 thermidor et le 8 octobre 1794 le général Moulin, qui deviendra plus tard membre du Directoire, écrivait à nouveau à Desbarges qu’il appelait cette fois Citoyen Argand

 

 

 

     Je passe demain matin  à Vitré, Citoyen, j’aurais désiré pouvoir t’y voir et savoir s’il est vrai que les 200 hommes du Baton, de Chartres sont partis et en vertu de quel ordre.

     Je t’invite à me faire savoir 4 à 5 jours à peu près à l’avance ton retour à La Croizille.

                                                          Salut  fraternité

                                                                                            Moulin

 

 

Ce qu’on remarque d’abord sur ces missives tout à fait officielles et qui émanent des autorités les plus authentiquement révolutionnaires c’est que du fameux tiercé : « Liberté, Egalité, Fraternité » la dernière est absente et les deux autres ne sont pas dans l’ordre. Pourtant la République est toujours une et indivisible, tout le monde est « citoyen », le général tutoie son subordonné et le salue avec une fraternité retrouvée au niveau des relations individuelles.

 

Au passage on prend une leçon de tactique militaire, même si on se demande comment un bataillon a pu disparaître sans que le général en chef le sache.

 

Le dossier de la succession de Debarges comporte d’autres pièces comme celle, datée du 14 octobre 1794,  où le maire et les officiers municipaux de Fougères certifient que le détachement des travailleurs commandé par Debarges s’est « comporté dune manière vraiment républicaine ». Qui se conduit encore d’une façon « vraiment républicaine » ?

 

Plus tard en juillet 1798, alors que nous sommes sous le Directoire, le Ministre de la Guerre avise le Citoyen Argand Debarges qu’il le recevra et cela toujours sous l’égide de la République une et indivisible. La liberté et l’égalité se sont alignées dans l’ordre éternel, mais la fraternité est toujours absente.

 

 

En août 1804, plus question de République, ni de liberté, égalité, etc., mais Argand de Barges, sous-lieutenant réformé reçoit du Ministère de la Guerre la promesse « d’être présenté à une des sous-lieutenances qui viendront à vaquer dans un bataillon colonial ». Le ministre n’est plus qualifié de citoyen mais d’excellence.

 

 

 

Quatre jours après, mourrait à Paris dans la misère Joseph Barnabé Saint-Sevin dit L’Abbé le fils.

 

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citoyen et cousine

 

Autre dossier voisin de celui de la succession de Joseph-Barnanbé, celle d’un certain Arbelot, décédé en 1807, dans laquelle on trouve une lettre de son cousin Jonquet datée du 23 septembre 1795. Le Citoyen Jonquet de Margilley (Haute-Saône) y raconte que son fils est mort pour la patrie sans qu’on sache ni où ni comment. Le père en est tombé grandement malade, Marguerite Grossetête est morte, elle aussi, et le cousin Brouillard ne répond pas aux lettres qu’on lui envoie. Et tout cela fait bien du souci au pauvre homme qui ne sait plus très bien où il en est.

 

 

Le texte entier de la lettre est reproduit ci-après parce qu’il est intéressant à plus d’un titre et pas seulement pour nous montrer que dans la correspondance entre particuliers la fraternité est présente dans les salutations finales et qu’elle l’est peut-être moins dans le zèle apporté par les autorités civiles et militaires à tranquilliser le pauvre homme.

 

 

De Margilley, le 20 frimaire an cinquième de République française, une et indivisible

 

 

Citoyen et Cousine

 

Me voici seulement en état après six mois de maladie de mettre la main à la plume pour vous écrire et pour m'acquitter d'un devoir que cette malheureuse maladie m'a fait différer jusques à ce jour sans laquelle je n'aurais pas laissé traîner un temps aussi long sans vous assurer vous et votre famille de mes respects et de ceux de la mienne qui n'est comme vous le savez guère nombreuse attendu la perte de mon pauvre fils au service de la patrie perte qui m'est et qui m'a été si sensible que je la crois cause de cette malheureuse maladie. Et pour comble d'infortune c'est que depuis dix huit mois je fais des informations pour savoir ce que ce pauvre malheureux peut être devenu sans que j'aie jusqu'à ce jour pu savoir s'il existe ou s'il est mort mais je ne peux croire qu'il soit de ce monde attendu qu'il y a vingt cinq mois qu'il ne m'a écrit.

 

Si mon âge, les moyens et les forces me l'eussent permis je me serais déterminé à me porter au lieu où il est tombé malade à l'effet d'apprendre quel pouvait être son sort.

 

J'ai fait écrire au ministre de la guerre par le citoyen Poulnot commissaire du pouvoir exécutif près l'administration municipale du canton de Champlitte. Sa réponse fut de m'adresser au conseil d'administration de la brigade ce que j'ai fait mais cette brigade m'a fait répondre qu'il était entré à l'hôpital sans me désigner le lieu le vingt six brumaire de l'an troisième. Il ne me reste donc aucun moyen pour m'éclaircir de son sort sinon que si j'avais quelqu'un auprès du ministère de la guerre qui s'engage à se donner la peine de faire lui-même des informations. Il pourrait sans doute mieux réussir que moi.

 

Je vous dis mon cher cousin que votre seul débiteuse Marguerite Grossetête est morte et que à l'époque de sa mort Claude Jonquet son neveu a acheté la maison sur laquelle était votre hypothèque et que à peu près à l'échéance de la rente il vint m'offrir deux cents vingt cinq livres en mandat dont deux cents livres pour remboursement du principal et vingt cinq livres pour la rente. Ce que je refusai de façon qu'il prit quelque temps après c'est à dire le neuf messidor dernier le parti de me faire signifier ce que j'ai été obligé d'accepter mais quant à la rente il l'a condamné à la payer en numéraire lesquelles sommes je vous ferai payer quand bon vous semblera et aussitôt que vous m'aurez donné avis avec la copie de la signification si vous avez quelque doute.

 

Je vous prie mon cher cousin s'il est possible de voir mon cousin Brouillard et de faire à lui et à ma cousine sa fille mille assurances de nos amitiés. Vous voudrez bien lui dire que je ne suis pas sans s'inquiéter à son sujet attendu que je lui ai écrit avant ma maladie et que je n'ai pas encore reçu une bonne réponse malgré la prière que je lui avait fait de me la faire et beaucoup de fois dans ma maladie croyant de mourir et voyant qu'il ne m'écrivait pas à son cher cousin m'avez vous précédé ?. Et aurais-je au moins le bonheur de vous voir en l'autre monde puisque je suis privé de vous voir en celui-ci et de recevoir de vos nouvelles ?

 

Rien autre chose à vous dire sinon embrassez de ma part toute votre aimable famille.

 

Et de me croire pour la vie avec un vrai sentiment de .... votre concitoyen et toujours cousin

 

                              Jonquet

 

                                                                    Salut et fraternité

 

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vive les bourbons

et la conserverie française !

 

Le document qui suit date du 22 janvier 1816 et nous transporte vingt ans après la lettre de Jonquet.  Le calendrier de la République une et indivisible a vécu, il n’est plus question ni de liberté ni d’égalité. Mais on continue à mourir sans laisser d’héritiers en laissant ainsi sa fortune à l’état. Ce qui est le cas  de Monsieur Jean-Georges Nouffer, signataire de la lettre dont il va être question ici.

 

En 1816 les Bourbons étaient revenus sur le trône, grâce à Dieu et après vingt-cinq années de malheurs affreux, selon Nouffer. Sentiment partagé d’après lui par la pluralité ses Français.

 

 

 

 

                       Louis XVIII    (1755-1824)

 

Mais pas tout à fait par des historiens comme Monsieur André Maurois de l’Académie Française, qui, en 1957, dans son « Histoire de France » écrit : « le pays restait attaché au drapeau tricolore et rêvait, avec un mélange de fatigue et de fierté, à vingt-cinq années de gloire. Cependant  les Français étaient prêts à tolérer la monarchie, si un gouvernement sage se fût gardé de les exaspérer. »

 

La lettre dont le texte figure ci-après accompagnait la soumission faite par Monsieur Nouffer pour la fourniture de viandes en saumure pour la consommation de la Marine royale de S.M.C. le Roi des Espagnes et des Indes et était adressée à S.E. Louis Salazar Ministre de la Marine à Madrid, par l'entremise de S.E. l'Ambassadeur d'Espagne près de la Cour de France.

 

     Monseigneur,

 

       M'étant trouvé il y a quelques jours dans une assemblée, où étaient un ancien officier supérieur de la Marine royale de France, et plusieurs seigneurs Espagnols, qui parlèrent des salaisons que j'avais jadis été chargé de faire confectionner pour la consommation de la Marine française et de la perfection que j'avais acquise dans cette partie par mes recherches, au point que mes salaisons surpassaient en bonté celles des pays du nord qui jusqu'allors étaient réputées être les meilleures, et que je suis à même de fournir à meilleur compte. Ces Messieurs m'observèrent que le Gouvernement d'Espagne s'étant dans tous les tems approvisionné pour cette subsistance en Irlande, Hollande et les autres contrées du nord, ils m'engagèrent très fortement, comme étant plus à proximité de l'Espagne, de faire mes offres à V. E. et de Lui adresser de suite une soumission bien détaillée indiquant les clauses et conditions auxquelles il me serait possible d'entreprendre une fourniture pour la Marine royale d'Espagne.

 

         Je m'empresse d'autant plus volontiers d'obtempérer à cette invitation obligeante, que mon dévouement pour l'auguste famille des Bourbon, sur quelque trône qu'elle soit placée, saisira toujours avec empressement les circonstances où il me sera permis d'avoir l'honneur de la servir, les sentiments connus de ma fidélité m'ont vu gémir pendant 25 ans sur les malheurs affreux qui ont affligé la Patrie infortunée de mes Rois, et les tribulations de l'auguste famille d'Espagne ont toujours partagé le deuil en mon cœur, à ces chagrins se joignent les cruelles persécutions auxquelles mon dévouement entier m'a mis en butte pendant plus de huit années. Deux peuples qui vivent sous l'heureuse domination des Bourbons, Monseigneur, sont faits pour s'estimer et se chérir, et la persévérante bravoure qui a immortalisé les Espagnols, a trop fait pour mon admiration pour que je ne sois pas heureux d'être appelé à concourir à qui pourra assurer le service de leur digne Gouvernement. Que V.E. daigne bien se persuader que ces sentiments sont ceux de la pluralité des Français, et la loyauté Espagnole et française ne doutera jamais que les sujets de Louis XVIII et de Ferdinand VII seront toujours dévoués d'une manière absolue aux intérêts des deux Couronnes.

 

Si donc Monseigneur, mes offres peuvent être agrées par V.E. je servirai votre Roi comme ma loyauté me dit de servir le mien, et j'ose me flatter que le Gouvernement de sa M.C. n'aura aucun regret de m'avoir honoré de ses ordres, mais comme les préparatifs que nécessiterait une telle fourniture demandent un tems assez considérable, tant pour la construction de mes ateliers, que celle des cuves, la … de barils nécessaires, &, &, je supplie V.E. de me faire connaître ses intentions le plus promptement possible car si je devais passer un marché et faute qu'il les livre au mois d'avril prochain au plus tard, pour que je puisse me mettre en mesure d'effectuer ma première livraison au mois de Décembre prochain.

 

J'attendrai avec impatience les ordres de votre Excellence ; il sera bien doux pour ma confiance de se lier d'affaires .... la loyauté Espagnole, et bien honorable pour moi de chercher à me rendre digne de l'Estime de V.E. et à mériter sa bienveillance.

 

       Je suis avec le plus profond respect, Monseigneur, Votre Excellence

 

                                Le très humble et très obéissant serviteur

                                                                            J.G. A. Nouffer

 

le 22 Janvier 1816

 

 

La lettre est peut-être un peu trop obséquieuse pour servir de modèle aux étudiants d’aujourd’hui en commerce international mais leur démontre que la mondialisation des affaires était depuis longtemps en marche. La fraternité, sujet de cette page, n’en est pas non plus absente, celle qui lie les peuples qui vivent sous l'heureuse domination des Bourbons, faits pour s'estimer et se chérir et qui doit conduire les marins espagnols, modèles incomparables de bravoure, à apprécier l’insurpassable bonté des salaisons françaises.

 

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deux révolutions après

 

Deux révolutions après Louis XVIII, celle de 1830 et celle de 1848, naissait la Deuxième République et c’est dans sa constitution qu’apparaissait pour la première fois la fraternité en tant que « principe » de la République en association avec la Liberté et  l’Egalité.

 

On trouvera ci-après le texte du préambule de cette constitution

En présence de Dieu et au nom du Peuple français, l'Assemblée nationale proclame :

I. La France s'est constituée en République. En adoptant cette forme définitive de gouvernement, elle s'est proposée pour but de marcher plus librement dans la voie du progrès et de la civilisation, d'assurer une répartition de plus en plus équitable des charges et des avantages de la société, d'augmenter l'aisance de chacun par la réduction graduée des dépenses publiques et des impôts, et de faire parvenir tous les citoyens, sans nouvelle commotion, par l'action successive et constante des institutions et des lois, à un degré toujours plus élevé de moralité, de lumières et de bien-être.

II. La République française est démocratique, une et indivisible.

III. Elle reconnaît des droits et des devoirs antérieurs et supérieurs aux lois positives.

IV. Elle a pour principe la Liberté, l'Égalité et la Fraternité.
Elle a pour base la Famille, le Travail, la Propriété, l'Ordre public.

V. Elle respecte les nationalités étrangères, comme elle entend faire respecter la sienne ; n'entreprend aucune guerre dans des vues de conquête, et n'emploie jamais ses forces contre la liberté d'aucun peuple.

VI. Des devoirs réciproques obligent les citoyens envers la République, et la République envers les citoyens.

VII. Les citoyens doivent aimer la Patrie, servir la République, la défendre au prix de leur vie, participer aux charges de l'État en proportion de leur fortune ; ils doivent s'assurer, par le travail, des moyens d'existence, et, par la prévoyance, des ressources pour l'avenir ; ils doivent concourir au bien-être commun en s'entraidant fraternellement les uns les autres, et à l'ordre général en observant les lois morales et les lois écrites qui régissent la société, la famille et l'individu.

VIII. La République doit protéger le citoyen dans sa personne, sa famille, sa religion, sa propriété, son travail, et mettre à la portée de chacun l'instruction indispensable à tous les hommes ; elle doit, par une assistance fraternelle, assurer l'existence des citoyens nécessiteux, soit en leur procurant du travail dans les limites de ses ressources, soit en donnant, à défaut de la famille, des secours à ceux qui sont hors d'état de travailler.
En vue de l'accomplissement de tous ces devoirs, et pour la garantie de tous ces droits, l'Assemblée nationale, fidèle aux traditions des grandes assemblées qui ont inauguré la Révolution française, décrète, ainsi qu'il suit, la Constitution de la République.

Le journaliste de L’Illustration , avant de décrire et de commenter les cérémonies de la promulgation solennelle de cette Constitution sur la Place de la Concorde, le dimanche 12 novembre 1848, écrivait :

 

« La France se montre trop prodigue en matière de Constitutions. Depuis 60 ans elle en a usé au moins une dizaine. » Et plus loin il ajoutait :  « Ce sont là des fantaisies qu’il ne devrait pas être permis à un peuple de se passe souvent ; elles lui coûtent trop cher. Aussi, espérons-nous, avec M. de Lamartine, que la France, instruite par l’expérience, se contentera enfin pendant une longue période d’années – en l’améliorant le plus possible - de la Constitution qu’elle vient de se donner….. »

 

Le 20 décembre 1848, après avoir obtenu 5.334.226 voix sur 7.326.385  votants le président de la République, Louis-Napoléon Bonaparte prêtait serment et jurait de rester fidèle à  la République démocratique, une et indivisible, et de remplir tous les devoirs que lui imposait la Constitution…

 

 

victor avec nous !

 

En cette année anniversaire notre Victor national qui a tant et bien écrit va être appelé à soutenir et appuyer toutes les grandes et belles causes. La liberté, l’égalité, la fraternité en feront sans aucun doute partie  C’est ainsi, en Mars 2002, qu’un de nos ministres de l’époque revenu un moment parmi ses électeurs locaux, écrivait dans le journal de son département :

 

« Puisque le pays tout entier célèbre le bicentenaire de la naissance de Victor Hugo, les paroles du poète républicain s’adressant à ses adversaires peuvent être rappelées : « Vous voulez la misère secourue, moi je veux la misère supprimée »….. La solidarité plutôt que l’assistance. La dignité plutôt que la stigmatisation. Voilà notre ligne d’action. »

 

Et voilà aussi indirectement expliquée la difficile cohabitation entre la fraternité et ses grandes sœurs. Souvent les républicains ont pensé - et pensent toujours comme le démontre l’article ci-dessus - que la solidarité lui est préférable, qu’elle est plus positive et plus scientifique. Pour eux la fraternité relève du domaine privé, de l’émotionnel, du religieux

 

Mais cette fraternité a encore ses défenseurs qui jugent que les concepts très à la mode d’égalité des chances et de solidarité ont aussi leurs limites et bien souvent desservent ceux qu’ils veulent secourir. Ils font remarquer qu’il y a quelque utopie ou quelque démagogie à vouloir réconcilier les inconciliables, à vouloir associer deux mots porteurs de logiques incompatibles : l’égalité et la chance, pour n’aboutir qu’à former dans un monde que la compétition domine, quelques chanceux en face de bataillons de malchanceux.

 

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officiellement

 

Pour ce qui est de la devise « Liberté, Egalité, Fraternité », comme sur les autres symboles de notre République, la Marseillaise, le drapeau tricolore, le sceau, le 14 juillet, Marianne, sans oublier le coq, le visiteur trouvera sur le site de la Présidence de notre République : http://www.elysee.fr de très intéressants commentaires.

 

Il y apprendra comment et pourquoi la fameuse devise « invoquée » pour la première fois pendant la Révolution, puis souvent remise en cause, n’a fini par s’imposer en tant que devise que sous la IIIème République pour être inscrite dans la Constitution de 1958 et figurer sur des objets de grande diffusion comme les pièces de monnaie ou les timbres. 

 

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en guise de conclusion

 

Bien des écrits, bien des paroles, bien des images viendront encore et pendant longtemps relancer et illustrer les débats autour de la fraternité. Ce n’est ni notre objet ni notre intention, qui sont tout juste de soumettre au visiteur nos propres sujets de réflexion.

 

Comme le poème de Victor Hugo qui va suivre où celui-ci semble avoir été un moment atteint par le doute et n’avoir peut-être pas été toujours aussi optimiste et confiant dans la nature humaine que ceux qui le font adhérer à leurs causes veulent bien le dire.

 

Le texte est extrait du recueil des « Chansons des rues et des bois » et débute le groupe de poèmes intitulé précisément :

 

« Liberté, égalité, fraternité »:

 

 

 

Depuis six mille ans la guerre

Plaît aux peuples querelleurs,

Et Dieu perd son temps à faire

Les étoiles et les fleurs.

 

Les conseils du ciel immense,

Du lys pur, du nid doré,

N'ôtent aucune démence

Du cœur de l'homme effaré.

 

Les carnages, les victoires,

Voilà notre grand amour;

Et les multitudes noires

Ont pour grelot le tambour.

 

La gloire, sous ses chimères

Et sous ses chars triomphants,

Met toutes les pauvres mères

Et tous les petits enfants.

 

Notre bonheur est farouche ;

C'est de dire : Allons ! mourons !

Et c'est d'avoir à la bouche

La salive des clairons.

 

L'acier luit, les bivouacs fument ;

Pâles, nous nous déchaînons ;

Les sombres âmes s'allument

Aux lumières des canons.

 

 

 

 

Et cela pour des altesses

Qui, vous à peine enterrés,

Se feront des politesses

Pendant que vous pourrirez,

 

Et que, dans le champ funeste,

Les chacals et les oiseaux,

Hideux, iront voir s'il reste

De la chair après vos os !

 

Aucun peuple ne tolère

Qu'un autre vive à côté ;

Et l'on souffle la colère

Dans notre imbécillité.

 

C'est un Russe ! Egorge, assomme.

Un Croate ! Feu roulant.

C'est juste. Pourquoi cet homme

Avait-il un habit blanc ?

 

Celui-ci, je le supprime

Et m'en vais, le cœur serein,

Puisqu'il a commis le crime

De naître à droite du Rhin.

 

Rosbach, Waterloo ! Vengeance !

L'homme, ivre d'un affreux bruit,

N'a plus d'autre intelligence

Que le massacre et la nuit.

 

On pourrait boire aux fontaines,

Prier dans l'ombre à genoux,

Aimer, songer sous les chênes ;

Tuer son frère est plus doux.

 

On se hache, on se harponne,

On court par monts et par vaux ;

L'épouvante se cramponne

Du poing aux crins des chevaux.

 

Et l'aube est là sur la plaine !

Oh! j'admire, en vérité,

Qu'on puisse avoir de la haine

Quand l'alouette a chanté.

 

 

 

 

 

                                                                                                                      les illustrations du poème sont de Jean Saint-Sevin

                                                                                                                      On a dans l’ordre :

                                                                                                                           -  depuis six mille ans la guerre

                                                                                                                           -  la bataille de la Roche-Derrien (1347)

                                                                                                                           -  la horde

 

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sources et ressources

 

Les documents reproduits ici proviennent en grande partie des Archives de Paris (successions tombées en déshérence), ainsi que des Archives nationales (archives de l’Opéra).

 

Pour ce qui est de l’œuvre de Victor Hugo, on la trouve en entier, ou presque, en version image ou en version texte, sur le site de la BNF : http://www.bnf.fr  ou ses annexes : frantext, gallica, etc.  Des sites consacrés à la poésie, comme : http://poesie.webnet.fr/auteurs/hugo.html reproduisent un certain nombre de ses poèmes.

 

En ce qui concerne les Chouans, certains sites évoquent le conflit, mais surtout dans sa partie vendéenne. Le côté breton nous a semblé plutôt négligé sur internet. Mais nous ne demandons qu’à être démentis.

 

Sur un thème proche : la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1793, on pourra aussi aller consulter notre page : le bonheur commun.

 

 

Edition 30 novembre 2002                                                   retour en haut de la page et sorties

 

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