la
vraie vie des saint-sevin
dits
l’abbé
l’histoire
vraie et inédite de trois musiciens du dix-huitième siècle
partis
de bordeaux et d’agen
pour
conquérir versailles et paris
bref rappel :
trois personnages composent la dynastie
des Saint-Sevin dits
L’Abbé :
- Pierre Saint-Sevin dit L’Abbé l’aîné (Bordeaux 1695 - Paris
1768), considéré comme le premier grand virtuose français du violoncelle
- Pierre-Philippe Saint-Sevin dit L’Abbé le cadet
(Bordeaux 1698 - Paris 1777) le deuxième grand
violoncelliste français
- Joseph-Barnabé Saint-Sevin dit L’Abbé le fils, (Agen 1727 - Paris 1803),
fils de Pierre-Philippe, enfant prodige, violoniste virtuose, compositeur de talent,
auteur d’un grand classique: « Les Principes du Violon »,
la meilleure méthode française de son siècle, un des membres éminents de la
riche mais ignorée école française de violon du milieu du XVIIIè siècle.
Jeanne Tronchet (Mirandol 1724 - Paris 1791) épouse de
Joseph-Barnabé qui fit un moment parler d’elle sous le nom de Rozette puis de
Jeanne de Mainville et dont la vie romanesque mérite bien d’être racontée.

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Les grandes familles ou le tombeur de la
viole et le petit voyou
La jolie maison, la femme aimable
35,40 fr pour solde de tout compte
Le dossier de police de Mlle Mainville anciennement Rozette
La famille Mozart a une célébrité bien plus
grande que celle des Saint-Sevin. C’est à la fois juste et injuste. Evidemment
il y a le grand, l’immense, l’incomparable Wolfgang Amadeus. Mais oublions un
court instant le petit et grand génie pour évoquer la mémoire de son papa,
Léopold, né en 1719, soit huit ans avant Joseph-Barnabé Saint-Sevin. Le point
commun entre ces musiciens est qu’ils ont tous deux publié une méthode de
violon, la Violinschule à Augsbourg en 1756 par l’un et les Principes
du Violon à Paris en 1761 par l’autre et que ces ouvrages sont traités sur
le même pied par les musicologues. Avec parfois une nuance de sympathie pour le
français à raison de l’intelligence de sa conception.
la famille Mozart (document BNF)
Les Saint-Sevin dits L’Abbé n’en sont pas
pour autant totalement oubliés aujourd’hui. Les dictionnaires en parlent. Mal,
mais en parlent. Internet les connaît. De temps en temps paraît une thèse ou
une étude à propos de la méthode de violon de Joseph-Barnabé. Certaines œuvres
de ce dernier sont publiées ici ou là, en France comme à l’étranger. En cette
fin d’année 2001 on peut se procurer chez son libraire Les Principes du
Violon de L’Abbé le fils, réédités par les Editions Minkoff de Genève. Un
disque vient de paraître chez Erato. La flamme est faible, mais entretenue.
Sur Internet ils sont gâtés. L’internaute anglophone
grâce aux « pronunciation files » peut même s’il ne sait sur eux rien
d’autre, placer leurs noms et surnoms dans la conversation avec l’accent qui
convient et s’entraîner à prononcer correctement le nom de Saint-Sevin :
« seh-say-veh », et les prénoms et surnoms des membres de la
famille comme Joseph-Barnabé : « zho-zeff-bar-nah-bay »
l’Abbé le fils : « lahb-bay-luh-feess » et
Pierre-Philippe : « peeehr-fee-leep »
Malheureusement, en français comme en anglais, la
biographie des Saint-Sevin en est restée au point où l’avait laissée Lionel
de La Laurencie en 1923. Celui-ci dans son très remarquable ouvrage L’Ecole
Française de Violon de Lully à Viotti consacre à Joseph-Barnabé tout un
chapitre intitulé: « L’Abbé le fils et les progrès de la technique.
Tendances romantiques ». Par ailleurs il étudie sur le plan technique
ses œuvres et sa méthode. C’est le premier travail sérieux sur le sujet mais
qui comporte certaines lacunes et erreurs. Erreurs d’ailleurs reproduites sinon
enjolivées ou dramatisées par les ouvrages qui ont suivi.
Et c’est ce qui fait que dans tous les dictionnaires
Pierre est surtout présenté comme « le tombeur de la viole »,
ce qui a contribué à lui donner une mauvaise réputation chez les intégristes de
la musique dite « baroque ». Joseph-Barnabé est dans certains ouvrages doté « d’un
tempérament fougueux qui l’aurait conduit plusieurs fois en prison ».
Pour d’autres il demeure comme une sorte de héros romantique que la Révolution
aurait ruiné pour le laisser finir sa vie « alone, poor and forgotten ».
En anglais dans le texte. Dans tous les ouvrages, sauf chez Laborde, le cadet
des deux frères est pris pour l’aîné. Et vice-versa.
Quant à Jeanne Tronchet, la femme de Joseph-Barnabé,
les dictionnaires, quand ils en parlent, évoquent en quelques mots sa carrière
de danseuse ou d’actrice. Qui fut d’ailleurs si brève qu’elle n’a laissé aucun
souvenir. Ce qui n’est pas le cas, comme on le verra, de ses galantes
activités.
En, suivant les traces laissées par La Laurencie,
mais en poussant plus loin que lui les recherches, nous avons réuni un grand
nombre de documents qui viennent compléter et corriger ce qui a été écrit. Pour
aboutir à un résumé qui a pour seule ambition de faire prendre un peu l’air aux
vies des Saint-Sevin enfermées trop à l’étroit dans les petites cases des
dictionnaires. Tout en nous rendant compte qu’une page web est encore un cadre
insuffisant pour faire connaître ainsi qu’ils le méritent les gens, le milieu
et l’époque.
Si nous avons entrepris de nous attacher à l
’histoire de ces gens c’est d’abord par simple curiosité, parce qu’un jour un
ami qui a de la culture nous nous a signalé que notre nom figurait dans certains
dictionnaires. Ensuite - ceux à qui c’est arrivé comprendront - le virus de la
recherche nous a atteints, attisé par l’aiguillon que constitue la découverte
de faits qui avaient échappé à nos éminents prédécesseurs.
Cela fait qu’au bout de quelques années nous avons
réuni une importante documentation inédite avec l’envie d’en faire profiter
notre prochain. Et peut-être d’inciter d’autres que nous à en faire autant et à
s’intéresser à tous ces musiciens méconnus du milieu du XVIIIè siècle. Leurs vies
méritent d’être racontées, leurs œuvres d’être jouées, et l’époque, mal aimée
des historiens, d’être mieux et sérieusement étudiée.
Ce qui va suivre n’est qu’un résumé de ce qui
pourrait être écrit sur le sujet. Par le biais des a-côtés, et si ce site doit
durer, petit à petit, nous en ferons savoir plus aux curieux.
S’il en est.
Ce n’est pas Agen comme on l’a supposé jusqu’à
maintenant que tout à commencé. C’est à Bordeaux le 1er mai 1695 par
la naissance chez le sacristain de Sainte-Colombe, Michel Saint-Sevin, d’un
fils qu’il a prénommé Pierre. La maman s’appelait Marguerite Barrière.
Le 24
janvier 1698 Marguerite donnait à nouveau le jour à un garçon, que ses parents
prénommèrent également Pierre sans se douter que cela allait procurer bien des
soucis à leurs futurs biographes et faire que jusqu’à maintenant on les a pris
l’un pour l’autre.

Pendant un temps
indéterminé la famille est restée à Bordeaux. On ne sait pas encore grand chose
sur la vie dans cette ville des Saint-Sevin, mais il est vraisemblable que c’est
là et à l’église que les deux enfants ont acquit leurs premières notions de
latin, grammaire, solfège, viole et clavecin.
L’ambiance bordelaise
semblait d’ailleurs propice à l’éclosion des tempéraments musicaux d’exception
puisqu’on note que c’est aussi à Bordeaux où son père était organiste, qu’est
née en 1713 Marie Fel, la célèbre et belle cantatrice, compagne des bons
et mauvais jours de Maurice-Quentin De La Tour. Tout comme Pierre Gaviniès,
fils d’un luthier, qui y a vu le jour le 11 mai 1728 et qui sera plus tard
collègue et parfois concurrent en précocité et virtuosité de Joseph-Barnabé
Saint-Sevin. On peut aussi se demander si Pierre Barrière, le parrain de
l’aîné n’est pas non plus le maître cordonnier, père de Jean Barrière, né le 2
mai 1707 et baptisé à Saint André, ce Jean qui deviendra lui aussi un grand
violoncelliste. Certains dictionnaires le présentent comme un élève de Pierre,
mais cela reste à notre avis à prouver.
Il
est amusant d’imaginer que les parents de tous ces musiciens, les Barrière,
Fel, Gaviniès et Saint-Sevin se connaissaient et que leurs enfants se sont
souvent retrouvés à Paris, comme on va le voir, dans les mêmes représentations
au Concert spirituel, à l’Opéra ou devant le Roi. Sans omettre de mentionner la
naissance à Bordeaux du père de Jean-Joseph Casanéa de
Mondonville, une autre grande figure de
cette époque.

Marie Fel par Quentin de La
Tour
(Musée Lécuyer de
Saint-Quentin)
Plus tard nous retrouvons
nos musiciens à Agen où ils seront tous deux maîtres de musique de
Saint-Caprais. C’est là, d’après Laborde, qu’on les a surnommés L’Abbé à
cause du petit collet que leur profession les obligeait à porter. Ensuite,
pendant plusieurs années, les routes des deux frères se sont séparées pour se
rejoindre à nouveau plus tard. L’aîné
quittera Agen pour Paris vers 1718. Le cadet y restera plus longtemps, jusque
vers 1730.
Arrivé à Paris, Pierre
Saint-Sevin dit L’Abbé l’aîné rencontre Elisabeth Lesuisse et se marie avec
elle vers 1719. Une fille, Catherine-Simone, naît de cette union le 24 août
1720.
L’activité du violoncelliste apparaît comme intense et son talent
est unanimement reconnu. On le retrouve en effet d’abord comme auteur de
musique pour le Théâtre de la Foire. Il entre à l’Opéra en 1727 et, chez le Roi
à la Musique de la Chambre et dans la fameuse Bande des 24 violons en 1728. Il
semblerait en avoir donné sa démission en 1756.
Le
Théâtre de la Foire
Dans leur Dictionnaire des théâtres de Paris (Paris 1767)
les frères Parfaict nous apprennent qu’en septembre 1726 a été présenté au
Théâtre de la foire Saint-Laurent, Les amours déguisés, un opéra-comique
en un acte avec un divertissement et un vaudeville, musique de M. l’Abbé, par
Messieurs Le Sage, Fuselier et d’Orneval. Le Dictionnaire nous précise :
« Il est nécessaire d’avertir que la pièce dont on parle ici n’est
point une parodie de l’Opéra précédent ; c’est une idée neuve, assez bien
rendue, & l’on peut dire même qu’elle remplit infiniment mieux son titre,
que le ballet dont on vient de rendre compte. »
L’opéra-ballet dont il est question ici et qui venait d’être
présenté à l’Opéra s’intitulait également Les amours déguisés et avait
été écrit par Louis Fuselier sur une musique de Bourgeois. Joué de nombreuses
fois, il l’avait été la première fois en août 1713. Un autre ballet avait porté
le même titre, celui écrit par Benserade et Octave de Périgny et composé par
Lully pour Louis XIV en 1664.
La référence aux livrets vient bien confirmer que le dernier état
des Amours déguisés est fort différent des précédents.
Georges Cucuel
dans un article de l’année Musicale de 1913 écrit « Entre 1715 et 1730
on entendait à la Foire une musique originale et charmante due à Aubert,
Mouret, Gilliers, L’Abbé, Corrette ; il y autant d’inexactitude que
d’injustice à oublier ces précurseurs, dont la tradition se conserve pendant
tout le siècle, renouvelée simplement au contact de l’opéra-bouffe italien… »
Il semble bien aussi que bien des musiciens, et parmi les plus connus de
l’époque, se soient amusés à écrire pour ce théâtre. Malheureusement,
l’injustice relevée par Cucuel nous semble persister. L’histoire de la Foire
est encore à écrire. Un travail long et difficile, sans doute.
La
célébrité
En 1729, le célèbre et prolifique compositeur Joseph-Bodin de
Boismortier, se déclarant incompétent en matière de violoncelle fait appel à
Pierre pour superviser ses Cinq sonates pour le violoncelle, viole ou basson.
Et il le fait savoir :

Document Bibliothèque Nationale Musique Vm7 6313
Le
Concert spirituel et la Sainte-Chapelle
Le Mercure de France note plusieurs des passages de Pierre L’Abbé
au Concert spirituel et particulièrement en juin 1745 où il fait connaître aux
parisiens les quatuors de Telemann en compagnie de Blavet à la flûte, Forqueray
à la viole et Marella au violon. Il quittera l’Opéra en 1767 où longtemps il
aura été le premier des basses du grand chœur. Et le mieux payé. Trop même
peut-être, puisque sur l’état qui règle les appointements de l’exercice
1756/1757 on lit, à côté du montant de 800 livres, l’observation : « Cette
place quand elle deviendra vacante ne sera pas portée à plus de 800lt. .
Un certain temps musicien de la Sainte-Chapelle, il décèdera en 1768.
Le petit
théâtre de La Marquise au château de Versailles

Charles-Nicolas Cochin La marquise de Pompadour dans une scène de
l'opéra « Acis et Galathée »1749
Musée des Beaux-Arts du Canada à Ottawa
L’aîné des Saint-Sevin a également fait partie de l’orchestre du
petit théâtre créé au château de Versailles par la Marquise de Pompadour pour
distraire son royal amant. Une page spéciale de ce site sera prochainement (février 2008) consacrée à ce sujet.
Quelques mots ici simplement pour dire qu’à ce théâtre appelé
d’abord « Théâtre des Petits Appartements » puis « Théâtre des Petits
Cabinets » participaient en tant qu’acteurs, chanteurs, danseurs et
musiciens surtout des amateurs mais aussi quelques professionnels. La jolie
Marquise elle-même jouait souvent le rôle principal. Avec beaucoup de talent
paraît-il. L’affaire a duré de 1747 à 1751 avec deux déménagements à
l’intérieur du château de Versailles et près de cent représentations. La
littérature sur le sujet est, hier comme encore aujourd’hui, abondante. Les
opinions qui y sont émises sont diverses et contradictoires comme souvent
lorsqu’il est question du couple formé par Louis XV et la Pompadour.
Les deux pages reproduites ci-après sont celles d’un livre
ancien : les Mémoires de Madame du Hausset, femme de chambre de Madame
de Pompadour, publié en 1824 à Paris. Elles donnent la composition de l’orchestre.

document
Astor Library New-York numérisé sur Google Recherche de livres
à suivre donc, bientôt
Le
tombeur de la viole
Benjamin de Laborde dans son Essai sur
la musique ancienne et moderne, édité en 1780, écrit : « Pierre
Saint-Sevin était un des plus habiles violoncelles de son tems ; c’est lui
qui a fait tomber la viole par la belle qualité de son qu’il tirait de son
instrument »
Notons que l’accession du violoncelle ne
s’est pas faite toute seule face à la basse de viole ancrée dans la tradition
et défendue par des amateurs acharnés. Toute une littérature en fait foi comme
le petit pamphlet d’Hubert Le Blanc intitulé : « Défense de
la basse de viole contre les entreprises du violon et les prétentions du
violoncelle » où ce dernier instrument est présenté comme :
« criard, perçant et dur, … incapable de disputer à la viole la
délicatesse de son toucher et son harmonie fine de résonnance ».
Le comptable royal, lui-même a eu du mal
à s’adapter puisque, en 1730, sur les comptes de la Maison du Roi, Menus
Plaisirs, le Sr Labbé est qualifié de « viollon de chelle » et
il y est précisé qu’il a reçu 500 livres pour avoir joué aux concerts de la
Reyne, tant à Marly qu’à Versailles, pendant les quartiers de janvier et avril.
Le cadet, qui se fera appeler Pierre Philippe,
probablement pour se distinguer de son frère et en hommage à son parrain Pierre
Philipp, le sacristain de Saint-André de Bordeaux, sera ainsi connu sous le nom
de Pierre-Philippe Saint-Sevin dit L’Abbé le cadet. Resté à Agen plus
longtemps que son frère, il s’y est marié le 2 octobre 1717 avec Jeanne Buzet.
Deux filles leur sont nées, deux Marguerite, la première en 1718, la seconde en
1721. Puis, vint en 1727 Joseph-Barnabé, futur L’Abbé le fils.
A Paris, la carrière du cadet se présente comme
parallèle à celle de son frère et pilotée par ce dernier. A l’Opéra il a fait une
très longue carrière, de 1730 à 1777 et on le retrouve dans la musique royale
comme dans celle de la Sainte-Chapelle.
Pour
écrire l’histoire de Joseph-Barnabé Saint-Sevin dit L’Abbé le fils, fils
de Pierre-Philippe, comme de son épouse Jeanne Tronchet, on dispose d’une importante
documentation. D’autre part les éditions originales de la plupart de ses
oeuvres comme de sa méthode ont été conservées, surtout à la Bibliothèque
Nationale de France mais aussi à l’étranger comme, entre autres, au
Conservatoire royal de Bruxelles et à l’université de Cambridge. Des rééditions
ont eu lieu, des spécialistes ont étudié ses théories et récemment, à la fin de
1999, un disque vient de paraître.
On a ainsi une vue
assez précise de ce que furent sa vie et son œuvre. On en donnera ici un bref
aperçu sur lequel on reviendra plus tard par le biais des « à-côtés ».
l’enfant prodige
On l’a dit,
Joseph-Barnabé est né le 11 juin 1727 à Agen. Sa mère s’appelait Jeanne Buzet.
S’il faut en croire Laborde, et ses informations apparaissent souvent comme
sérieuses, l’enfant « vint à Paris le 21 novembre 1731 et son père lui
montra la musique » La date, en ce qui concerne tout au moins l’année,
est confirmée par les indications des cartes de sûreté délivrées à
Joseph-Barnabé en 1792 et 1793 pour circuler dans Paris pendant la Terreur.
.
Le maître devait être
excellent autant que l’élève était doué puisque, dès 1739 (il n’avait pas douze
ans) Joseph-Barnabé gagnait le concours d’entrée à l’orchestre de la Comédie
Française en concurrence avec des virtuoses chevronnés comme Mangean et
Branche.
A cette occasion,
Jean-Marie Leclair le remarque et le prend comme élève. Là encore, la réussite
est à la clef, car en septembre 1741 avec Gaviniès (un autre jeune garçon de
treize ans qui fera aussi beaucoup parler de lui), il joue au Concert spirituel
des Tuileries une composition de leur maître « généralement applaudis
par une très nombreuse assemblée »
Ce sont les voix des Demoiselles Fel et Chevalier qui terminent le
concert ce jour là.
Jean-Marie Leclair
Pierre Gaviniès
documents BNF
Mais, à peine deux mois après ce succès, le jeune
prodige force l’armoire de son père, y vole toutes ses économies, va retenir
une place dans la prochaine diligence pour Bordeaux et se cache dans un garni
en attendant le départ. Son père l’y découvre et obtient du Comte de Maurepas
une lettre de cachet pour le faire enfermer à Saint-Lazare aux dépends de la
famille pour la pension. Mais, très vite, le père demande la libération de son
fils. Et dès le 23 décembre, le Cardinal de Fleury signe un « bon pour
la liberté » afin de permettre au père du jeune homme de « luy
faire continuer ses exercisses »

Monseigneur le Lieutenant general
De Police
Monseigneur,
Pierre-Philippe L'Abbé, de l'Académie royalle de Musique, remontre très
humblement à Vôtre Grandeur qu'il a un fils ûnique, aagé d'environ quinze ans,
auquel il a donné la meilleure éducation qui dépendoit de luy selon ses talens
et sa fortune ; il a mis son fils en état de remplir la place d'un des violons
de l'orquestre de l'Opéra ; le supliant s'est aperçû, depuis quelque tems que
les moeurs de son fils se corompoient ; les réprimandes ny les corections
paternelles n'ont pû le contenir, et cet enfant dénaturé affiche
l'indépendance ; récemment il a enfoncé l'armoire du supliant et luy a
enlevé 12 loüis d'or qui estoit tout ce qu'il possédoit, et ensuitte, il s'est
évadé ; par les recherches qu'on a faittes on la trouvé dans une chambre
garnie, ou il s'estoit retiré sous un nom suposé, et sous le même nom il avoit
retenû une place au carrosse de Bordeaux, où il a payé 80 lt d'arres. Le
supliant voit avec une extreme douleur que son fils persévère dans son
égarement, d'ou il pourroit résulter des conséquences facheuses et
déshonorantes, si on n'en prévenoit le cours. Dans ces circonstances, le
supliant a recours à l'authorité de Vôtre Grandeur pour la suplier d'obtenir un
ordre du Roy à l'effet de faire enfermer à Saint-Lazare, Joseph L'Abbé, fils du
supliant. C'est la seule voye par laquelle on puisse ramener de jeune homme à
l'obbéïssance et au respect qu'il doit aux avis et à l'éducation paternelle. Et
le supliant continuera ses voeux pour la prospérité de Votre Grandeur.
Labbé rüe et fossez de Mr
Le prince au riche Laboureur
Document Archives de la Bastille (Bibliothèque de l’Arsenal)
l’interprète et ses
collègues
Si l’enfant est désobéissant,
l’élève est toujours aussi doué puisqu’il entre à l’Opéra à 16 ans en 1743, où
il va côtoyer son oncle et son père pendant une longue période. En effet, il
quittera l’Académie Royale de Musique en 1764 « sans avoir demandé de
pension, quoiqu’elle lui fût acquise, et sans qu’on lui ait offerte »
selon Laborde.
On trouvera ci-dessous la deuxième page de l’état
des appointements des symphonistes de l’Opéra pour le mois de janvier 1754 sur
laquelle figure le nom de L’Abbé le fils et sa signature.
Jeune homme au violon - Chardin vers 1738 - Louvre
Cet état comporte quatre pages que le visiteur
intéressé trouvera en entier, dans un « à côté » intitulé :
« jour de paye à l’Opéra en 1754 ». Ce renvoi est surtout justifié par le désir d’accélérer le
chargement de cette page ralenti par la lourdeur en octets de tels documents.

les collègues
A voir sur cette
seule page la liste des collègues violonistes de Joseph-Barnabé et après avoir
lu ce qu’en dit d’eux Lionel de La Laurencie dans son Ecole Française de
Violon, on se dit que ces gens-là, s’ils s’entendaient bien entre eux, ne
devaient pas manquer de sujets de conversation.
En parlant par
exemple des problèmes de santé et d’argent du pittoresque Travenol
qui passa une bonne partie de sa vie à
chercher chicane à un peu tout le monde et entre autres à Voltaire,
Jean-Jacques Rousseau, Rebel, Francoeur, Caperan, etc., Puisqu’il est ici question d’argent, notons comment un peu plus tard, vers 1758,
ce même Travenol exprimait ses exigences financières :
Si j’avois un
honnête et convenable emploi
Qui me valût par an
seulement 1800 livres,
Je ne souffrirois
pas de la cherté des vivres
Et je serois sans
doute aussi content qu’un roi.
En 1754, il n’en
gagnait que 600 à l’Opéra (50 par mois), tout comme Joseph-Barnabé.
Autre collègue de
Joseph-Barnabé, Dauvergne,
à 600 livres aussi, était paraît-il, affable, simple et modeste. Plus tard,
entre autres distinctions, il dirigera l’Opéra avec plus ou moins de bonheur,
mais aussi avec un courage certain, comme lors de la Révolution face au
détachement du peuple venu s’emparer des armes qui auraient pu s’y trouver,
emportant seulement les sabres pour laisser les haches et massues en carton.
En juillet 1753 il
venait de présenter à l’Opéra-Comique son fameux intermède Les Troqueurs
inspiré d’un conte de La Fontaine en faisant croire, pour prévenir la cabale
des tenants du coin italien, que la musique était d’un compositeur
transalpin résidant à Vienne. Et c’est en secret, chez Monsieur de Curis, puis chez lui, que les répétitions eurent
lieu avec les principaux symphonistes de l’Opéra.
Mais mille autres
choses sont à dire sur Dauvergne qui a beaucoup fait, pas mal souffert,
beaucoup écrit aux uns et aux autres, un peu déliré sur la fin de ses jours et
auquel La Laurencie a consacré plus de trente pages de son ouvrage.
Piffet,
celui qui est à l’amende pour absences répétées, a aussi l’honneur de l’ouvrage
de La Laurencie dans un chapitre qu’il a intitulé « Les Piffet »
où l’auteur avoue d’entrée que parmi tous les membres de la dynastie il s’y
perd un peu. Tout comme son lecteur d’ailleurs. On n’arrive pas très bien à
compter combien de Piffet musiciens il y a eu : quatre, cinq ou six peut-être,
ni vraiment ce qui appartient à l’un et à l’autre. Pour simplifier les choses,
notre Piffet, celui qui signe le livre de paye, s’est fait appeler parfois
Piffet fils, parfois Piffet le neveu.
Drôle de lascar que
ce dernier, et toujours un peu contestataire. En 1752, alors qu’il avait 19
ans, il se voyait déjà privé de son salaire parce qu’il avait abandonné son
poste de violoniste au bal de l ’Opéra pour se mêler aux danseurs.
En février 1753, à
la Foire Saint-Germain, il se bagarre avec un joueur de marionnettes. Il va en
prison. Son père intervient pour le faire libérer. Et aussi Louis de Bourbon,
le Comte de Clermont, lui-même. Ce qui est amusant est l’argument utilisé par
le parent du Roi pour demander l’élargissement de Piffet: « afin
qu’il puisse aller aujourd’huy jouer dans l’orquestre de l’Opéra, où il se fait un grand déshonneur de
manquer… ». De bonnes
résolutions qui devaient pas tenir une année entière, à en juger par la retenue
effectuée sur ses appointements de janvier 1754.
Ce Piffet aurait
terminé sa vie à Saint-Domingue en 1779.
Exaudet est
l’auteur d’un fameux menuet qui a été
accommodé à toutes les sauces. La Laurencie, s’il parle des œuvres du musiciens
nous dit aussi qu’on possède peu de documents biographiques. D’après lui, il
serait né vers 1710 et décédé vers 1763.
Vallé,
qui signe pour Dauvergne est probablement le parrain de la fille de ce dernier,
Marie-Charlotte, née le 12 mai 1750.
Lemière,
élève de Gaviniès, s’est produit avec éclat mais très peu en soliste au Concert
spirituel, dont une fois avec Tarade,
pour se contenter du rôle de symphoniste de l’orchestre. Son titre de
gloire est d’avoir été le maître de son neveu Bertheaume qui apparut pour la première fois au Concert
pendant la semaine sainte de 1761 alors qu’il n’avait que neuf ans et
demi. Ce qui n’était que le début d’une
grand carrière.
Il faut dire que
tous ces gens dont on lit le nom sur le livre de paye de l’Opéra avaient sans
doute d’autres occasions de discuter entre eux de choses et d’autres, et aussi
de s’aimer, de s’ignorer ou de se détester, car la plupart appartenaient aux
mêmes formations musicales où ils se retrouvaient : à la Chapelle du Roi,
au Concert spirituel, à la Sainte-Chapelle, à l’Opéra-Comique où chez des
notabilités.
Il faut dire ajouter
enfin que ce qui vient d’être écrit sur le compte de ces quelques violonistes
et sur leurs œuvres, car ils ont tous composé pour le violon, n’est qu’un bref aperçu de ce qu’on peut
raconter. La Laurencie l’a fait en grande partie. On y reviendra ici sans
doute.
Quant à Joseph-Barnabé, il brillera non
seulement à l’Opéra, mais aussi au Concert spirituel où il se produira
souvent entre 1744 et 1754 et où il se fera remarquer par sa virtuosité en
interprétant des œuvres à la mode comme le Printemps de Vivaldi, des
compositions de ses maîtres et collègues ainsi que les siennes propres.
A sa dernière apparition, le jour de Noël 1754, il
interviendra deux fois comme en une sorte de bouquet final de feu d’artifice.
Le concert commencera par une symphonie
de sa composition. Avec Salantin, Bureau et Perrier il exécutera ensuite une
suite d’airs arrangés par lui. Mademoiselle Fel sera là, comme à sa première
prestation, et elle agrémentera la séance de ses chants.

Le Mercure de France de
janvier 1755
Les contemporains sont unanimes à vanter les
qualités de l’interprète et sa virtuosité. Pour Laborde « M. l’Abbé
fils était un des meilleurs musiciens d’orchestre qu’il y ait jamais eu »
le compositeur
Dans le même temps L’Abbé le fils composait entre
1748 et 1772 de nombreuses œuvres dont beaucoup ont été conservées. Il s’agit
de sonates, symphonies, duos et aussi de plusieurs recueils d’airs variés
inspirés de pièces françaises et italiennes à la mode de Pergolèse, Latilla,
Ciampi, Campra, Casanéa de Mondonville, Rameau. Il met aussi en symphonie le
fameux sonnet d’Exaudet, son collègue de l’Opéra. Il dédie ses œuvres à des
amateurs éclairés ou à des protecteurs. La Laurencie en a fait l’inventaire
détaillé et Barry S.Brook l’a complété et corrigé.
Au chapitre des innovations, le musicien est
présenté comme le premier à avoir introduit dans notre littérature du violon
les batteries de sons harmoniques. Ses sonates sont considérées par les
spécialistes comme supportant largement la comparaison avec celles de son
maître Jean-Marie Leclair. Ses symphonies apparaissent d’un grand modernisme.
Ses airs variés présentent la synthèse de l’art de la variation aux environs de
1760. alors que la « querelle des bouffons » vient d’enflammer
le monde intellectuel et le partager en deux « coins » :
celui du Roi et de la musique française et celui de la Reine et de la musique
italienne. Et tout cela dans une grande dépense de talents et de mauvaise foi,
la musique apparaissant parfois plutôt comme le prétexte que le sujet de la
dispute.
Jean-Jacques Rousseau est au cœur de cette querelle
avec sa Lettre sur la musique française parue en 1753 et dont on cite
toujours la conclusion : « Les Français n’ont point de musique et
n’en peuvent avoir, ou s’ils en ont une ce sera tant pis pour eux » et rarement la fin de
l’avertissement qui précède la lettre : « j’avoue que
j’aurois fort mauvaise opinion d’un peuple qui donneroit à des Chansons une
importance ridicule ; qui feroit plus de cas de ses Musiciens que de ses
Philosophes, & chez lequel il faudroit parler de Musique avec plus de
circonspection que des plus graves sujets de morale ».
A noter que ce même Jean-Jacques venait de faire
représenter devant le Roi en octobre 1752 Le Devin du Village, un
intermède de sa composition, paroles et musique.
Une histoire gentille, quelques airs agréables, une
musique on ne peut plus « française ». Marie Fel et Pierre Jelyotte
tenaient les rôles principaux du Devin. Les trois Saint-Sevin faisaient
partie de l’orchestre. Le Devin a eu à l’époque de sa création un énorme
succès. Il paraît que Louis XV, lui-même, fredonnait dans les couloirs de
Versailles l’air d’ouverture :
J’ai perdu tout mon
bonheur ;
J’ai perdu mon serviteur …
Ou peut-être bien celui de la fin :
Allons danser sous les
ormeaux,
Animez-vous jeunes
fillettes :
Allons danser sous les
ormeaux
Galans prenez vos chalumeaux
*
Illustration du Devin du
Village
OEUVRES -
La
liste, des œuvres de Joseph-Barnabé SAINT- SEVIN dit l'Abbé le fils que l’on va
trouver ci-dessous, a été dressée par La Laurencie, mais certaines dates
ont été précisées par Barry S. Brook
dans La symphonie Française dans la seconde moitié du XVIIIè siècle :
1
- Sonates à violon seul, Oeuvre I (1748)
2
- Six symphonies à trois violons et une basse, Oeuvre II (1753).
3
- Premier recueil d'airs français et italiens, avec des variations, pour deux violons,
deux pardessus ou pour une flûte ou hautbois avec un violon (1756)
4
- Deuxième recueil d'airs français et italiens, avec des variations, pour deux
violons, deux pardessus, ou pour une flûte avec un violon (1757)
5
- Troisième recueil (1760)
6
- Jolis airs ajustés et variés pour un violon seul, Oeuvre VII (1763)
7
- Menuet de MM Exaudet et Granier, mis en grande symphonie, avec des variations
pour deux violons, hautbois ou flûtes, alto viola, deux cors, violoncelle ou
basson (1764)
8
- Six sonates à violon seul et basse, Oeuvre VIII (vers la même date)
9
- Recueil quatrième de duos d'opéra-comique pour deux violons (1772)
Ces
oeuvres sont conservées à la Bibliothèque Nationale sauf l'Oeuvre II qui se
trouve au Conservatoire de Bruxelles.
L'Oeuvre I a fait l'objet d'une
édition moderne dans la collection Joseph Debroux. Certaines
œuvres de Joseph-Barnabé ont été rééditées comme par les Editions Garland de
New-York en 1991.
A notre connaissance, un seul C.D
existe chez Erato.
En 1761 Joseph-Barnabé fait paraître la première
édition des Principes du Violon, pour apprendre le doigté de cet instrument
et les différens agrémens dont il est susceptible. Il la dédie à Monsieur
le Marquis de Rodoüan de Damartin, Mousquetaire de la seconde compagnie de la
garde du Roi.

Couverture de la première
édition des Principes
Une nouvelle édition des Principes devait paraître
une dizaine d’années plus tard.
La Laurencie parle de la valeur véritablement
exceptionnelle de la méthode et la considère comme la seule méthode sérieuse
française qui ait paru pendant le XVIIIè siècle.
Ces Principes sont régulièrement réédités par
Editions Minkoff de Genève et on les trouve aujourd’hui en librairie. Aristide
Wirsta en a fait l’objet d’une importante étude technique en 1961. Plusieurs
thèses et articles analysent les théories de L’Abbé le fils et particulièrement
celles qui concernent son maniement de l’archet que l’auteur considérait comme
« l’âme de l’instrument »

« l’Ame de
l’instrument »
première page des Principes,
édition de 1761
méfaits divers
Outre l’affaire des louis d’or volés à son père, il
existe deux rapports de police qui ont fait prêter par certains auteurs un
tempérament fougueux à Joseph-Barnabé.
Il s’agit d’abord d’une plainte déposée le 12
février 1752 par notre musicien contre un certain Constantin qui l’aurait injurié, traité de polisson et de
jean-foutre, provoqué en duel alors qu’il était en robe de chambre, et menacé
de lui couper les oreilles, puis de
l’assassiner et de le tuer. Tout cela à propos d’une obscure question de prêt
de vaisselle d’argent. Mais dès le
lendemain la plainte était retirée, le nommé Constantin ayant fait des excuses.
Il semble donc dans cette affaire difficile d’imputer la violence à notre
musicien.
Il n’en est pas de même dans un autre cas qui date
du 30 avril 1754, où M. Jacques de Rochebrune, ancien capitaine d’infanterie,
chevalier de l’ordre militaire du Christ du Portugal , propriétaire d’une
maison sise rue d’Enfer à Montmartre porte plaine contre Joseph-Barnabé
Saint-Sevin Labbé et Laurent Poirier, ordinaire de la musique du Roi, et aussi
haute-contre réputé à l’Opéra et au Concert spirituel, ses deux locataires
depuis le 14 août 1751 et qui venaient de résilier leur bail. Avant de quitter
les lieux ils avaient enlevé les six grands vases de faïence bleus et blancs
qui étaient sur la terrasse du jardin, coupé jusqu’au pied cinq arbres qui
bordaient cette terrasse, cassé différents ornements : chambranle,
cheminée, etc.
Difficile ici d’excuser le comportement violent.
la jolie maison, la femme aimable
Laborde écrit, dans son Essai édité en 1780
« Depuis quelques années il s’est retiré dans une jolie maison qu’il a
à Maisons près de Charenton, et y jouit doucement du fruit de ses talens, avec
une femme aimable qu’il a épousée depuis plus de dix ans »
Laborde était bien renseigné car il est vrai que les
époux Saint-Sevin ont bien possédé une maison à Maisons (aujourd’hui
Maisons-Alfort) Il est exact aussi qu’en juillet 1762 Joseph-Barnabé a épousé
Jeanne Tronchet de Minville. A la signature du contrat chez Maître Demarandel,
il y avait le meilleur monde : le père et l’oncle du marié, la demoiselle
D’Usson de Bonnac , Messire Nicolas-Charles de Malon, Dame Marie-Françoise
Tacherot de Bercy, Messire Maximilien-Emmanuel-Charles de Malon de Bercy et
quelques autres. L’apport du marié se résume à trois lignes ;« huit
mille livres tant en meubles que linges et hardes à son usage provenant de ses
gains et épargnes » La fortune de la mariée qui habite rue de Berri au
Marais s’étale sur plus de onze pages : titres de rentes, actions des
fermes générales, reconnaissances de dettes, deniers comptants, meubles, linge,
bijoux, vaisselle, dentelles et argenterie. Une seule paire de boucles
d’oreilles pesant trente huit carats
est estimée 7.600 livres, auxquelles il faut ajouter 10.000 livres pour les
deux grosses pierres du milieu. Pour un seul bijou presque trente ans
d’appointements de Joseph-Barnabé à l’Opéra !

Signatures
au bas du contrat de mariage
Saint-Sevin
cadet Joseph-Barnabé
Jeanne
Tronchet Pierre Labbé
Les amis
Les
notaires
Sur l’origine de la fortune et la vie antérieure à
son mariage de l’épousée, on sait beaucoup de choses par le dossier que
l’Inspecteur Meusnier et ses collègues du 2ème Bureau, discipline
des Mœurs, ont constitué sur ses activés et qui est conservé aux Archives de la
Bastille, à la Bibliothèque de l’Arsenal.
Elle doit cette surveillance policière au fait
qu’elle a été un moment actrice ou danseuse à l’Opéra-Comique. Le dossier
comporte plus de soixante dix pages, Outre les rapports de Meusnier datés de
janvier 1749 à février 1757, on y trouve un document assez curieux écrit en
phonétique à la première personne par une femme qui se présente comme la
protectrice de Jeanne et un autre qui pourrait être de la main de Jeanne
elle-même.
L’ensemble ressemble à un feuilleton né de
l’imagination d’un romancier naturaliste. Pour ne pas interrompre le récit de
la vie de Joseph-Barnabé le résumé du dossier de police de Mlle Mainville,
anciennement Rozette est reporté en fin de page.
le fruit des talents
Laborde - on
vient de l’écrire - nous dit qu'après son mariage Joseph Barnabé s'est retiré à
Maisons-Alfort pour y jouir du fruit de ses talents avec une femme aimable.
Effectivement,
on ne le l'entendra plus en public qu'à une seule occasion signalée par l'Avant
Coureur, celle d'une solennité donnée à la Sainte-Chapelle pour la Chambre
des Comptes, où le 26 mars 1763, il accompagne un cantique de M. Doriot, maître
de musique à la Sainte-Chapelle.
Tous les auteurs
s'accordent également à dire qu'à partir de là il a consacré sa vie à
l'enseignement et à la composition. Effectivement, il a publié après son
mariage quatre recueils entre 1763 et 1772. L'adresse indiquée sur les trois
premiers le domicilient chez sa femme, rue de Berry, au Marais, ce qui fait
dire à La Laurencie, qu'après son mariage, Joseph-Barnabé est allé demeurer
chez son épouse.
Mais ce qu’a
écrit La Borde est également exact. Il possédait bien une maison à
Maisons-Alfort avec jardin et dépendances. On le sait parce qu'elle a été
vendue en juin 1790 pour une somme de 10.000 livres, aux époux Noblot :
Germain Noblot, marchand de vin et Claudine Gourier, sa femme.
D'autre part,
des documents conservés aux Archives d'Agen nous apprennent la vente en janvier
1779 par les époux Saint-Sevin, pour 675 livres de la moitié indivise d'une
maison quelque peu délabrée située dans le centre d'Agen, et pour 400 livres de
quatre cartonnats de terre autrefois en vigne, du côté de Pont du Casse. Ces
immeubles provenaient de l'héritage de Jeanne Buzet, la mère de Joseph-Barnabé
et se trouvaient donc en
indivision entre Joseph-Barnabé et sa sœur Marguerite. On ne connaît pas la
date exacte du décès de Jeanne Buzet et on se demande d’ailleurs si elle a
suivi son mari à Paris. On sait seulement qu’elle ne vivait plus en 1762 quand
son fils s’est marié.
Aux mêmes
archives d'Agen on trouve aussi le testament de la Marguerite dont il vient
d'être question. Le document est daté du 24 juin 1785 et laisse penser qu'entre
le frère et la sœur les relations n'étaient pas les meilleures. En effet, après
avoir recommandé son âme à Dieu et l'avoir prié de lui faire miséricorde,
Marguerite léguait tous ses biens à ses voisins et, en tout et pour tout, à son
frère, en une seule fois versés, cinq touts petits sols (un quart de livre) La
sœur de Joseph-Barnabé devait décéder le 26 décembre 1785, c'est à dire peu de
temps après avoir formulé ses dernières volontés.
seul, pauvre et oublié
C'est le 3 avril
1791 qu'est morte à Paris, dans la ci-devant paroisse de St François d'Assise,
Jeanne Tronchet, l'épouse de Joseph-Barnabé, à l'âge de soixante-sept ans.
Avant ce décès,
déjà des soucis financiers avaient dû apparaître et la vente en 1790 aux époux
Noblot de la maison de Maisons, partie au comptant, partie à crédit en est
probablement une des conséquences. La situation politique est probablement une
autre explication. Il est en effet vraisemblable que la Révolution a eu pour
conséquence que ce qui constituait une grande partie de la fortune de Jeanne
Tronchet, les rentes ou les reconnaissances de dettes sur des aristocrates ou
notabilités de l'ancien régime, se soient trouvées subitement sans valeur en
l'absence de leur signataire ou devant leur incapacité à faire face.
Comme ce fut le
cas après le décès en 1796 de Catherine-Simone, la cousine germaine de
Joseph-Barnabé, fille de son oncle Pierre. Celle-ci avait prêté de l'argent au
marquis d'Esparbès avec la caution d'un fermier général dénommé Rougeot. Dans
le dossier de la succession de Joseph-Barnabé on trouve une lettre non datée
conseillant à Monsieur Labbé de se présenter pour la récupération de la somme
due chez M. De Verdun, chargé de la liquidation des ex-fermiers généraux, mais
qui lui laisse peu d'espoir d'arriver à ses fins.
Notons au passage, pour les avoir relevées sur le passionnant site
Internet de Monsieur Raymond. Combes qui recense les guillotinés de la
Révolution, les lignes suivantes consacrées à ce Monsieur Rougeot :
ROUGEOT Claude
François, ci-devant fermier-général âgé de 68 ans, natif de Lyon, département
du Rhône, domicilié à Paris, département de la Seine, condamné à mort le 19
floréal an 2, par le tribunal révolutionnaire de Paris, comme complice d’un
complot contre la souveraineté du peuple français, notamment en mettant au
tabac de l’eau et des ingrédients nuisibles à la santé des citoyens qui en
faisaient usage.
Le visiteur appréciera aussi sans doute le rapprochement avec
l’actualité de la publicité anti-tabac. De l’eau dans le tabac en 1794, c’était
la mort. Demain (ou après-demain), à lire la liste impressionnante des poisons
et produits cancérigènes contenus dans les cigarettes, c’est sans doute de
jeter le tabac dans l’eau qui sera jugé comme un crime. Mais quelle sera la
sanction, alors que chez nous la peine de mort a été depuis peu abolie ?
Autres temps, autres crimes, autres sanctions.
Cependant, en
1792, c'est sans doute, à cause de ces mêmes ennuis d'argent, Joseph-Barnabé en
a été réduit à demander une place de contrôleur à l’amphithéâtre de l'Opéra, devenu Théâtre de la République et
des Arts.
Les registres de
police indiquent que deux cartes de sûreté ont été délivrées à Joseph-Barnabé
les 9 novembre 1792 et 18 juin 1793, cartes qui permettaient de circuler dans
Paris pendant la Terreur. Dans les deux cas la profession indiquée est celle de
« citoyen » et dans le deuxième il est précisé que le
titulaire de la carte est « vivant
de son bien, ci-devant musicien », ce qui ne semble pas tout à fait
exact, car il travaillait bel et bien comme contrôleur à l’Opéra.
Mais, alors
qu'il finissait sa soixante-treizième année de vie, le directeur Citoyen
Devismes en date du 26 germinal an VIII (16 avril 1800), l’avisa de son renvoi
et du versement d’une pension de 500 francs par an jusqu’à la fin de ses jours.
:

Le Citoyen L’Abbé est renvoyé
Dès le début de
l’année suivante, alors que le Théâtre des Arts et de la République était
devenu Théâtre des Arts, le Citoyen L’Abbé demandait au Citoyen Ministre de
l’intérieur de bénéficier du nouveau régime de pension qui venait d’être
institué. Le dossier que cette requête a engendré a été conservé aux Archives
de l’Opéra (Archives nationales), avec ses demandes de renseignements
complémentaires, rapports et allers et retours dont l’administration avait déjà
et a conservé le secret. En tout une douzaine de pièces dont la dernière
adressée le 30 ventôse de l’an 10 (21 mars 1802) par le Directeur du Théâtre
des Arts au Ministre de l’intérieur (qui n’est plus citoyen) où il propose de
porter la pension du « Cen Sevin dit L’abbé » à 600
francs en ajoutant « … c’est la
porter au plus bas possible. J’observerai d’ailleurs que le malheureux artiste
est tellement âgé et incommodé qu’il n’y a pas lieu de croire qu’il en jouisse
longtems. »
Les
curieux et les chercheurs pourront consulter la totalité du dossier de demande
de retraite de notre musicien dans une série de nouvelles pages consacrées au
sujet, créée en novembre 2007. Dans la plupart des cas, ce sont les
photographies des documents originaux que l’on y trouvera. Leur adresse figure
en fin de page au chapitre des Sources et ressources.
35 fr 40 pour solde de tout
compte
Monsieur
Cellerier était probablement un bon "gestionnaire" car il avait à la
fois le sens des impératifs financiers et une connaissance intime de son
personnel puisque Joseph-Barnabé ne devait pas coûter très cher aux finances de
l’Opéra en décédant le 25 juillet 1803 à Paris, chez le citoyen Eloy-Adrien
Tatin, cordonnier, au n° 32 de la rue Grenétat (aujourd’hui Greneta). Il semble
d’ailleurs que sa demande de retraite complémentaire n’ait pas eu de suite car
on n’en trouve aucune mention dans le dossier de sa succession.
Daté du 26 juin
1799, un inventaire détaillé des meubles qui se trouvaient dans l’appartement
et qui appartenaient au cordonnier, nous apprend que le logement se situait au
troisième étage, sur le derrière, avec une seule fenêtre donnant sur le
passage, là « ou Madame Tatin mais touttes ces poteries ».
L'équipement est
sommaire : un lit, des rideaux de toile à carreaux bleus et blancs, une
table de nuit et son pot, une garde-robe, un bidet, une glace, une table, un
chiffonnier, une bergère de velours d'Utrecht, deux fauteuils, un secrétaire au
dessus de marbre, deux chaises, une estampe, quatre petits tableaux, un
porte-mouchette et sa mouche, deux flambeaux argentés.
Ce même document
nous apprend que le citoyen Joseph-Barnabé Saint-Sevin occupait le logement
depuis sa sortie de l’hospice des vieillards. Ce qui confirme les ennuis de
santé déjà évoqués.
Sans héritiers
directs, la succession de
Joseph-Barnabé tombe en déshérence. Pauvre succession en vérité dont
l'inventaire des biens du vieil artiste dressé le 20 janvier 1804 par
l'administration des Domaines donne le détail. Dans une armoire, tous ses
vêtements : quatre habits de drap et camelot, trois culottes et une veste
de velours, une paire de bas, deux paires de souliers, un chapeau rond, quatre
chemises, quatre serviettes, huit mouchoirs, un bonnet de coton, deux paires de
bas, cinq paires de chaussons, quatre serre-tête, neuf cols, trois caleçons,
une culotte de nankin. Pas de violon.
Le compte rendu
de la vente raconte comme une deuxième mort, toutes les précautions prises pour
s'assurer de la régularité de la vente : la mise sous scellés, le
transport des objets dans une salle de l'hôtel Soubise, le paiement de l'homme
de peine chargé du transport, jusqu'au détail de la vente le 4 fructidor an
XII, au profit de la République Française envoyée en possession de la
succession. Les vêtements sont divisés en cinq lots pour un total de 35 fr. 40.
Trente cinq
francs quarante pour solde de tout compte d'une vie pourtant bien riche en
péripéties !
annexe
le dossier de
police de Mlle Mainville,
anciennement Rozette

la misère
Jeanne Tronchet est née le 13 septembre 1724 à
Mérindol, paroisse de Cavaillès.
Son dossier de police aux Archives de la Bastille
(Bibliothèque de l’Arsenal) comporte ainsi qu’on l’a dit un grand nombre de
pages pas toujours faciles à lire comme celle reproduite ci-dessus et qui nous
raconte les misérables premiers pas dans la vie de celle qui allait devenir la
femme de Joseph-Barnabé.
On y apprend que son père était soldat dans le
régiment de Provence et que sa mère Marguerite Léaux était ravaudeuse.
Cette dernière meurt en laissant deux filles. La
guerre de Phillisbourg arrive. Jeanneton a alors dix ans. Son père la fait
partir pour Paris par la voiture des invalides. Arrivé là, pour les deux
enfants, c’est la descente aux enfers en commençant par Sainte-Catherine, puis
la Salpêtrière pendant neuf mois. Jeanneton contracte la gale, se fait soigner
à l’Hôtel-Dieu. A la sortie c’est la rue : « les cordonniers,
maçons, voligeurs et autres à deux et quatre sols….. Elle ne fut pas deux mois
sans la vérole. »
Il est difficile de préciser quand et comment
Jeaneton a réussi à se sortir des bas-fonds, de la misère et du sordide pour
accéder au monde de l’aristocratie et de la finance, mais il est possible
qu’elle le doive à « une femme compatissante nommée Beaumon »
et aussi au fait qu’elle était d’après Meusnier « brune, mince, assez
jolie. »
Il semble aussi qu’elle était dotée d’une certaine
personnalité car, s’il faut en croire Meusnier, elle en a mené plus d’un par le
bout du nez. La liste de ses protecteurs est donnée par les rapports de police.
On y lit les noms du duc de Crussol d’Uzès, de Mr Le Gendre d’Ormoy, de
Monsieur Rondé, caissier général des finances et fils de Rondé, orfèvre du Roi,
Mr le Marquis de Chambonnac, Monsieur le Marquis de Ximenès, Mr Dambray,
capitaine aux gardes, le marquis de Valberrer. On « assure »,
écrit Meusnier en janvier 1749 que le comte de Clermont, abbé commendataire de
Saint Germain des Près, va quelquefois rue de Cléry où demeure Jeanne qu’on
appelle encore Rozette, nom qu’elle abandonne bien vite et « qui
sentait trop la catin, pour prendre celui d’un certain Mainville qu’elle disait
qu’elle avait épousé »
Ensuite, entre 1751 et 1757 « on a » :
le comte de Coubert, le vieux Chambellan de Sologne, Mr de Flavencourt, Mr de
la Bonnière, un certain Bois de Vigny (un escroc d’après Meusnier) et quelques
autres.
Une douzaine d’enfants serait née de ces rencontres.
Les rapports de police fourmillent d’anecdotes Parmi les extravagances commises par les
amis de notre ci-devant actrice de l'Opéra-comique, citons celle du duc de
Crussol, qui ruiné par ses dépenses et à court d'argent, veut emprunter 100.000
livres à un notaire. Mais ce dernier exige la signature de la femme du duc.
Devant l'impossibilité de la chose, Crussol décide de tenter de faire passer
Rozette pour la duchesse. L'affaire se termine mal. Le duc est relégué sur ses
terres à Uzès où Rozette le suit. Elle y reste quelques années pendant lesquels
deux enfants naissent qui seront élevés par le duc. Mais la famille de celui-ci
réagit. Là, vers 1743, se place un épisode assez ténébreux et romanesque, sur
lequel les témoignages divergent. On y voit la duchesse-mère faire rechercher
Rozette par des domestiques armés de fourches, dans le foin où le duc l'avait
fait se cacher. On y dit aussi que Rosette est allé un moment au couvent à Lyon
où Tronchet, son père, est venu la retrouver pour l’escroquer.
Avec Ximénès c'est autre chose. « Le jeune
marquis ne sachant plus comment divertir sa maîtresse s’avisa de lui servir un
plat de son métier. Comme il est assez fou pour être poette, il acheva une
tragédie qu’il avait déjà ébauchée et en fit le sujet d’une fête superbe qu’il
donna à la dame Mainville. Tout Paris y fut invité. » La fête est
splendide, le souper qui suit aussi. Maurepas lui-même s’inquiète de ces
représentations théâtrales sauvages. Ruiné et pour se refaire, le marquis se
rend chez le bijoutier La Frenaye qui lui montre une paire de boucles
d'oreilles d'une valeur de 12.000 livres. Il se les fait confier au motif de
les montrer à la personne à qui il les destine et va les vendre chez Lempereur
10.000 livres. Pour en finir, la marquise accommode l'affaire avec de l'argent.
Le jeune Coubert a eu également sa part de folies.
Quant au vieux Chambellan de Sologne un beau soir de mai 1756, la Delle
Mainville dîne chez lui. Elle lui demande de l'argent et il lui répond qu'il
n'en a pas. Meusnier raconte : « On prétend qu’elle lui tomba sur
le corps et qu’après l’avoir battu comme plâtre, elle fit mettre les chevaux au
carrosse pour retourner chez elle. »
D'autres commentaires et anecdotes du même type
ainsi que quelques grivoiseries émaillent les rapports, dont le dernier, on le
rappelle, est daté du 4 février 1757.

la grande vie
le mystère
Pagin
A plusieurs reprises l'inspecteur Meusnier dans ses
rapports parle comme d’un fait acquis du mariage secret (vers 1742) en Avignon
entre la Delle Mainville et un certain Pagin, d'abord présenté comme un
domestique du Duc d'Uzès, puis comme violon de Monsieur le comte de Clermont,
prince de sang royal et abbé commendataire de Saint-Germain des Près, déjà
cité.
Or, ce Pagin, figure comme Joseph-Barnabé parmi les
violonistes dont La Laurencie dans son Ecole française du Violon étudie
la vie et l’œuvre, en notant dès le début des pages qu'il lui consacre, qu’une
grande obscurité enveloppe encore ses origines. Il serait né en 1721 et après
s'être formé en Italie auprès de Tartini, il est venu demander sa consécration
en jouant une sonate de sa composition au Concert spirituel le 8 décembre 1747.
Il y paraît ensuite souvent et y remarqué comme un interprète brillant des
compositeurs italiens, tels Vivaldi et son maître Tartini. Pourtant en 1750 il
se serait fait siffler. Il cesse alors de se faire entendre au Concert
spirituel.
La Laurencie signale qu'on ne sait exactement quand
ce musicien est mort, sinon après 1785, ni très bien ce qu'il fait après 1750,
sinon qu'il a fait partie de l'orchestre du comte de Clermont. D'ailleurs il
habitait « à l’Abbaye » avec Blavet, le célèbre flûtiste,
collègue des L’Abbé à l’Opéra et qui avait interprété au Concert spirituel avec
Pierre L’Abbé un quatuor de Telemann.
D’autre part, le fait que La Laurencie ne mentionne
nulle part ces informations dans son ouvrage vient confirmer qu'il n'a pas eu
connaissance du rapport Meusnier sur la Delle Mainville.
Mais il plane sur cette affaire de mariage secret un
certain mystère qui reste à éclaircir.
Sources et
ressources
Le dossier
de demande de retraite de Joseph Barnabé qui
est conservé aux Archives de Paris et dont il question plus haut s’obtient en
cliquant ici >>>>>
Les
documents manuscrits et imprimés dont il est question ici sont conservés aux endroits énumérés
ci-après :
-
Archives de Paris (successions en déshérence)
-
Archives Nationales ; Opéra, Maison du Roi, Notaires (Maître Demarandel),
-
Bibliothèque de l’Arsenal (Archives de la Bastille)
- Archives d’Agen
avec un remerciement particulier à Monsieur J. de Laneuville,
Président du Cercle Héraldique et
Historique de Lot et Garonne pour nous avoir guidés dans nos recherches
- Archives de Bordeaux
- Bibliothèque Nationale Musique (archives du
Conservatoire)
- Bibliothèque Nationale de France Publications, Manuscrits occidentaux (dépôt
Joly de Fleury)
- Bibliothèque de l’Opéra
Les livres qu’il faut avoir lus pour
briller en société sur le sujet sont :
- Benjamin de Laborde Essai sur la musique
ancienne et moderne Paris 1780
- Lionel de La Laurencie L’école française de
violon, de Lully à Viotti Paris 1923.
- Aristide Wirsta Les Principes du Violon de
Joseph-Barnabé Saint-Sevin (1961)
- Barry S. Brook La symphonie française dans la
seconde moitié du XVIIIè siècle (Paris 1962)
- Marcelle Benoit
Musiques de Cour 1661-1733
-Editions Picard Paris 1971 ainsi que le Que Sais-je ? n° 2048 Les Musiciens du Roi de France
- Pierre Constant Histoire du Concert spirituel
1725-1790 Paris 1975
- Marc Pincherle Le Violon (Que
sais-je ? n° 1196)
Le disque qu’il faut avoir écouté
est paru chez Erato
Il est intitulé : Transcriptions LES QUATRE
VIOLONS Mozart/Rameau. Ce très joli disque comporte des arrangements pour
quatre violons d’œuvres de Rameau basés sur les arrangements de Joseph-Barnabé
pour deux violons.
*
Les quatre violonistes
sont ; Isabel Serrano, Hiro Kurosaki, Mihoko Kimura,
Simon Hererick
photo Gudrun Webel
sur l’époque
Sur le dix-huitième siècle il existe des centaines
et des centaines d’ouvrages. Ne restant pas à disposer du temps de vie
nécessaire pour tous les lire, nous n’en avons consulté que quelques uns.
Lecture obligatoire pour une interprétation correcte des documents découverts.
Mais insuffisante pour donner au lecteur des conseils. D’autant plus que
certains de ces ouvrages nous sont apparus comme accessibles aux seuls initiés,
comme d’autres d’une bien grande légèreté.
Permettons-nous quand même de conseiller à ceux qui
veulent approfondir la question de commencer par la lecture du Louis XV
de Michel Antoine et à ceux qui sont plus pressés de lire le Louis XV, Les
ombres et les lumières de Catherine Salles qui vient de paraître chez
Tallandier
Disons aussi que le Dictionnaire de l’ancien
régime publié par les Presses Universitaires de France sous la direction de
Lucien Bély nous a été très utile pour aborder la compréhension des
institutions, mœurs et pratiques de l’époque. Le livre de Jean Adhémar La
Gravure Originale au 18è Siècle (Editions Somogy) nous est apparu comme un
beau livre d’images sur ce temps-là.
sur internet
Sur le site de la Bibliothèque nationale de
France (http://www.bnf.fr/ ) on trouve des
tas de choses intéressantes : la chronologie du XVIIIè siècle dont il est
question par ailleurs, des portraits de musiciens, des textes numérisés de Jean-Jacques
(Le Devin du Village, La lettre sur
la musique françoise), les Archives de la Bastille de
Ravaisson-Mollien les chroniques de Barbier et celles de Bachaumont, etc. On
peut se passer d’y consulter la fantaisiste Biographie universelle des
musiciens de Fétis, dont on se demande bien ce qu’elle fait là.
Pour qui s’intéresse au violoncelle il faut
consulter :
- le très
riche site du Paradis du Violoncelle, Cello Heaven (http://www.celloheaven.com/). C’est bien
fait, très documenté sur le passé comme sur le présent. A 90 % en anglais. On y
trouve le texte du livre de Wilhem Joseph von Wasilewski « The
Violoncello and his History » (Londres, New York 1894) qui cite the
brothers ABBE en tête du chapitre réservé au XVIIIè siècle français.
- le site de L’Association française du violoncelle : http://www.levioloncelle.com En
français, évidemment.
- le site perso du violoncelliste François-Xavier Bigorgne à
l’adresse : http://www.bigorgne.com
Elégant, documenté.
Sur Marie Fel, Quentin de La Tour et le XVIIIè
artistique il faut signaler le site du Musée Lécuyer de Saint-Quentin. http://www.axonais.com/saintquentin/musee_lecuyer/index.html
Sur le Théâtre de la Foire on
a :
le très documenté site de Barry Russel http://www.foires.net/
sur gallica.bnf.fr, un livre en mode image préfacé de M. Auriac et qui
donne le livret d’un certain nombre de pièces comme celui des Amours
déguisés dont il est question ici. Le livre s’intitule Théâtre de la
foire recueil de pièces représentées aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent.
Précédé d'un essai historique sur les spectacles forains
… sur le site du Centre de musique
baroque de Versailles, au chapitre de la Recherche, un article du Bulletin de
l’atelier d’études N° 11 signé par Anne Delvare et qui traite de l’opéra-ballet
Les Amours déguisés. Adresse :
http://www.cmbv.com/fr/recher/bulle.htm
Ceux qui ont une connaissance approfondie de
l’allemand et de la musique (ce qui n’est pas notre cas et nous laisse ainsi
d’une impartialité totale) pourront certainement consulter avec profit le texte
de « Versucheiner Darstellung der Entwicklung des Violonbogens Zur Entwicklung der Violontechnik,
Bogenbhaltung und Bogenführung » » de Anke et Thomas M. Gerbert (http://www.gerbeth.at/tech.htm).
Le catalogue des Editions Minkoff de Genève
comporte de nombreuses éditions en fac-similé d’écrits du XVIIIè siècle ou sur
la musique de cette époque, et en particulier Les Principes du Violon de
L’Abbé le fils et L’Ecole française de violon de La Laurencie. (http://www.minkoff-editions.com/)
Un autre éditeur de fac-similés fait figurer sur la
première page de son catalogue d’œuvres de musique française pour la période de
1650 à 1800, la signature de L’Abbé le fils entre une soixantaine d’autres.
C’est mieux que rien.
Le site fort intéressant qui recense les guillotinés
de la Révolution se trouve à l’adresse:
http://rcombes.ifrance.com
La farandole et le soleil règnent sur le site http://www.chez.com/giorgiomat où Georges Mathon défend avec talent et conviction
l’histoire et les traditions du Gard. Il y raconte aussi la vie du Duc
d’Uzès Charles Emmanuel dit Le Bossu, qui fit entrer Jeanne Tronchet dans
le monde de l’aristocratie.
D’assez nombreux sites « perso »,
institutionnels et commerciaux traitent de la musique de l’époque du XVIIIéme
siècle. Impossible de les répertorier tous, d’autant plus que cela a déjà été
fait et que le visiteur trouvera bien mieux sur les sites suivants :
http://www.ebl-laborie.com/pages/labo/rech_prog/leclair/leclair.html
le site de l’Ensemble Baroque de Limoges
le site de l’Association française du
violoncelle
le site de rEm (références en musicologie)
site de la Société Française de Musicologie
site du Calendrier électronique des spectacles sous l’Ancien régime
la vie musicale en France
le catalogue mondial des partitions de musique classique
la revue musicale de suisse romande
le site de resmusica, des siècles de
musique classique
http://christophe.couton.free.fr/
le site histoweb
le magazine de l’opéra baroque de Jean-Claude Brénac
http://www.metronimo.com/fr/annuaire/gestion/in.php?id=711
le site de Métronimo, documents et activités sur le thème de la musique
Il faut ajouter qu’il nous
semble que les historiens et musicologues sont loin d’avoir fait le tour de la
musique française du 18è siècle et qu’il y a là pour les professionnels comme
pour les amateurs un beau terrain de recherches. Et de découvertes.
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notre adresse : saint-sevin.marcel@wanadoo.fr
Edition 27 janvier 2008.