< la vraie vie des saint-sevin dits l'abbé

la vraie vie des saint-sevin

dits l’abbé

 

 

 

 

l’histoire vraie et inédite de trois musiciens du dix-huitième siècle

partis de bordeaux et d’agen

pour conquérir versailles et paris

 

 

 

 

 

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bref rappel :

trois personnages composent la dynastie

                   des Saint-Sevin dits L’Abbé :

 

- Pierre Saint-Sevin dit L’Abbé l’aîné (Bordeaux 1695 - Paris 1768), considéré comme le premier grand virtuose français du violoncelle

 

- Pierre-Philippe Saint-Sevin dit L’Abbé le cadet

(Bordeaux 1698 - Paris 1777) le deuxième grand violoncelliste français

 

- Joseph-Barnabé Saint-Sevin dit L’Abbé le fils, (Agen 1727 - Paris 1803), fils de Pierre-Philippe, enfant prodige, violoniste virtuose, compositeur de talent, auteur d’un grand classique: « Les Principes du Violon », la meilleure méthode française de son siècle, un des membres éminents de la riche mais ignorée école française de violon du milieu du XVIIIè siècle.

 

Le quatrième personnage dont on parlera aussi  est :

 

Jeanne Tronchet (Mirandol 1724 - Paris 1791) épouse de Joseph-Barnabé qui fit un moment parler d’elle sous le nom de Rozette puis de Jeanne de Mainville et dont la vie romanesque mérite bien d’être racontée.

 

 

 

plan de la présente page

 

Le visiteur pourra lire le texte dans l’ordre, ou paragraphe par paragraphe en cliquant sur chacun des boutons suivants, ou encore combiner les deux modes de lecture. Un autre moyen est d’enregistrer la page et de la consulter ensuite tranquillement pour en approfondir les subtilités. Qui le méritent bien.

Pour ne pas rendre le chargement trop lent, certains développements qui nécessitent des images « lourdes » sont traités avec les à-côtés.

 

*          Les grandes familles ou le tombeur de la viole et le petit voyou

*          Bordeaux, terre musicale

*          Agen

*          L’aîné, Pierre

*          Le cadet, Pierre-Philippe

 

*          Le fils, Joseph-Barnabé

         *         L’enfant prodige

         *         L’interprète et ses collègues

         *         Le compositeur

         *         Le pédagogue

         *         Méfaits divers

         *         La jolie maison, la femme aimable

         *         Le fruit des talents

         *         Seul, pauvre et oublié

         *         35,40 fr pour solde de tout compte

 

 *           Le dossier de police de Mlle Mainville anciennement Rozette

 *           Sources et ressources

 

 

les grandes familles

   ou

le tombeur de la viole et le petit voyou

 

La famille Mozart a une célébrité bien plus grande que celle des Saint-Sevin. C’est à la fois juste et injuste. Evidemment il y a le grand, l’immense, l’incomparable Wolfgang Amadeus. Mais oublions un court instant le petit et grand génie pour évoquer la mémoire de son papa, Léopold, né en 1719, soit huit ans avant Joseph-Barnabé Saint-Sevin. Le point commun entre ces musiciens est qu’ils ont tous deux publié une méthode de violon, la Violinschule à Augsbourg en 1756 par l’un et les Principes du Violon à Paris en 1761 par l’autre et que ces ouvrages sont traités sur le même pied par les musicologues. Avec parfois une nuance de sympathie pour le français à raison de l’intelligence de sa conception.

            la famille Mozart (document BNF)

 

Les Saint-Sevin dits L’Abbé n’en sont pas pour autant totalement oubliés aujourd’hui. Les dictionnaires en parlent. Mal, mais en parlent. Internet les connaît. De temps en temps paraît une thèse ou une étude à propos de la méthode de violon de Joseph-Barnabé. Certaines œuvres de ce dernier sont publiées ici ou là, en France comme à l’étranger. En cette fin d’année 2001 on peut se procurer chez son libraire Les Principes du Violon de L’Abbé le fils, réédités par les Editions Minkoff de Genève. Un disque vient de paraître chez Erato. La flamme est faible, mais entretenue.

 

Sur Internet ils sont gâtés. L’internaute anglophone grâce aux « pronunciation files » peut même s’il ne sait sur eux rien d’autre, placer leurs noms et surnoms dans la conversation avec l’accent qui convient et s’entraîner à prononcer correctement le nom de Saint-Sevin : « seh-say-veh », et les prénoms et surnoms des membres de la famille comme Joseph-Barnabé : « zho-zeff-bar-nah-bay » l’Abbé le fils : « lahb-bay-luh-feess » et Pierre-Philippe : « peeehr-fee-leep »

 

Malheureusement, en français comme en anglais, la biographie des Saint-Sevin en est restée au point où l’avait laissée Lionel de La Laurencie en 1923. Celui-ci dans son très remarquable ouvrage L’Ecole Française de Violon de Lully à Viotti consacre à Joseph-Barnabé tout un chapitre intitulé: « L’Abbé le fils et les progrès de la technique. Tendances romantiques ». Par ailleurs il étudie sur le plan technique ses œuvres et sa méthode. C’est le premier travail sérieux sur le sujet mais qui comporte certaines lacunes et erreurs. Erreurs d’ailleurs reproduites sinon enjolivées ou dramatisées par les ouvrages qui ont suivi.

 

Et c’est ce qui fait que dans tous les dictionnaires Pierre est surtout présenté comme « le tombeur de la viole », ce qui a contribué à lui donner une mauvaise réputation chez les intégristes de la musique dite « baroque ». Joseph-Barnabé  est dans certains ouvrages doté « d’un tempérament fougueux qui l’aurait conduit plusieurs fois en prison ». Pour d’autres il demeure comme une sorte de héros romantique que la Révolution aurait ruiné pour le laisser finir sa vie « alone, poor and forgotten ». En anglais dans le texte. Dans tous les ouvrages, sauf chez Laborde, le cadet des deux frères est pris pour l’aîné. Et vice-versa.

 

Quant à Jeanne Tronchet, la femme de Joseph-Barnabé, les dictionnaires, quand ils en parlent, évoquent en quelques mots sa carrière de danseuse ou d’actrice. Qui fut d’ailleurs si brève qu’elle n’a laissé aucun souvenir. Ce qui n’est pas le cas, comme on le verra, de ses galantes activités.

 

En, suivant les traces laissées par La Laurencie, mais en poussant plus loin que lui les recherches, nous avons réuni un grand nombre de documents qui viennent compléter et corriger ce qui a été écrit. Pour aboutir à un résumé qui a pour seule ambition de faire prendre un peu l’air aux vies des Saint-Sevin enfermées trop à l’étroit dans les petites cases des dictionnaires. Tout en nous rendant compte qu’une page web est encore un cadre insuffisant pour faire connaître ainsi qu’ils le méritent les gens, le milieu et l’époque.

 

Si nous avons entrepris de nous attacher à l ’histoire de ces gens c’est d’abord par simple curiosité, parce qu’un jour un ami qui a de la culture nous nous a signalé que notre nom figurait dans certains dictionnaires. Ensuite - ceux à qui c’est arrivé comprendront - le virus de la recherche nous a atteints, attisé par l’aiguillon que constitue la découverte de faits qui avaient échappé à nos éminents prédécesseurs.

 

Cela fait qu’au bout de quelques années nous avons réuni une importante documentation inédite avec l’envie d’en faire profiter notre prochain. Et peut-être d’inciter d’autres que nous à en faire autant et à s’intéresser à tous ces musiciens méconnus du milieu du XVIIIè siècle. Leurs vies méritent d’être racontées, leurs œuvres d’être jouées, et l’époque, mal aimée des historiens, d’être mieux et sérieusement étudiée.

 

Ce qui va suivre n’est qu’un résumé de ce qui pourrait être écrit sur le sujet. Par le biais des a-côtés, et si ce site doit durer, petit à petit, nous en ferons savoir plus aux curieux.

 

S’il en est.

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Bordeaux, terre musicale

 

Ce n’est pas Agen comme on l’a supposé jusqu’à maintenant que tout à commencé. C’est à Bordeaux le 1er mai 1695 par la naissance chez le sacristain de Sainte-Colombe, Michel Saint-Sevin, d’un fils qu’il a prénommé Pierre. La maman s’appelait Marguerite Barrière.

 

Le 24 janvier 1698 Marguerite donnait à nouveau le jour à un garçon, que ses parents prénommèrent également Pierre sans se douter que cela allait procurer bien des soucis à leurs futurs biographes et faire que jusqu’à maintenant on les a pris l’un pour l’autre.

 

 

 

Pendant un temps indéterminé la famille est restée à Bordeaux. On ne sait pas encore grand chose sur la vie dans cette ville des Saint-Sevin, mais il est vraisemblable que c’est là et à l’église que les deux enfants ont acquit leurs premières notions de latin, grammaire, solfège, viole et clavecin.

 

L’ambiance bordelaise semblait d’ailleurs propice à l’éclosion des tempéraments musicaux d’exception puisqu’on note que c’est aussi à Bordeaux où son père était organiste, qu’est née en 1713 Marie Fel, la célèbre et belle cantatrice, compagne des bons et mauvais jours de Maurice-Quentin De La Tour. Tout comme Pierre Gaviniès, fils d’un luthier, qui y a vu le jour le 11 mai 1728 et qui sera plus tard collègue et parfois concurrent en précocité et virtuosité de Joseph-Barnabé Saint-Sevin. On peut aussi se demander si Pierre Barrière, le parrain de l’aîné n’est pas non plus le maître cordonnier, père de Jean Barrière, né le 2 mai 1707 et baptisé à Saint André, ce Jean qui deviendra lui aussi un grand violoncelliste. Certains dictionnaires le présentent comme un élève de Pierre, mais cela reste à notre avis à prouver.

 

Il est amusant d’imaginer que les parents de tous ces musiciens, les Barrière, Fel, Gaviniès et Saint-Sevin se connaissaient et que leurs enfants se sont souvent retrouvés à Paris, comme on va le voir, dans les mêmes représentations au Concert spirituel, à l’Opéra ou devant le Roi. Sans omettre de mentionner la naissance à Bordeaux du père de Jean-Joseph Casanéa de Mondonville, une autre grande figure de cette époque.

 

 

Marie Fel par Quentin de La Tour

(Musée Lécuyer de Saint-Quentin)

 

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Agen

 

Plus tard nous retrouvons nos musiciens à Agen où ils seront tous deux maîtres de musique de Saint-Caprais. C’est là, d’après Laborde, qu’on les a surnommés L’Abbé à cause du petit collet que leur profession les obligeait à porter. Ensuite, pendant plusieurs années, les routes des deux frères se sont séparées pour se rejoindre à nouveau  plus tard. L’aîné quittera Agen pour Paris vers 1718. Le cadet y restera plus longtemps, jusque vers 1730.

 

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l’aîné

 

Arrivé à Paris, Pierre Saint-Sevin dit L’Abbé l’aîné rencontre Elisabeth Lesuisse et se marie avec elle vers 1719. Une fille, Catherine-Simone, naît de cette union le 24 août 1720.

 

 

L’activité du violoncelliste apparaît comme intense et son talent est unanimement reconnu. On le retrouve en effet d’abord comme auteur de musique pour le Théâtre de la Foire. Il entre à l’Opéra en 1727 et, chez le Roi à la Musique de la Chambre et dans la fameuse Bande des 24 violons en 1728. Il semblerait en avoir donné sa démission en 1756.

 

 

 

 

 

 

 

Le Théâtre de la Foire

 

Dans leur Dictionnaire des théâtres de Paris (Paris 1767) les frères Parfaict nous apprennent qu’en septembre 1726 a été présenté au Théâtre de la foire Saint-Laurent, Les amours déguisés, un opéra-comique en un acte avec un divertissement et un vaudeville, musique de M. l’Abbé, par Messieurs Le Sage, Fuselier et d’Orneval. Le Dictionnaire nous précise : « Il est nécessaire d’avertir que la pièce dont on parle ici n’est point une parodie de l’Opéra précédent ; c’est une idée neuve, assez bien rendue, & l’on peut dire même qu’elle remplit infiniment mieux son titre, que le ballet dont on vient de rendre compte. »

L’opéra-ballet dont il est question ici et qui venait d’être présenté à l’Opéra s’intitulait également Les amours déguisés et avait été écrit par Louis Fuselier sur une musique de Bourgeois. Joué de nombreuses fois, il l’avait été la première fois en août 1713. Un autre ballet avait porté le même titre, celui écrit par Benserade et Octave de Périgny et composé par Lully pour Louis XIV en 1664.

La référence aux livrets vient bien confirmer que le dernier état des Amours déguisés est fort différent des précédents.

 

Georges Cucuel dans un article de l’année Musicale de 1913 écrit « Entre 1715 et 1730 on entendait à la Foire une musique originale et charmante due à Aubert, Mouret, Gilliers, L’Abbé, Corrette ; il y autant d’inexactitude que d’injustice à oublier ces précurseurs, dont la tradition se conserve pendant tout le siècle, renouvelée simplement au contact de l’opéra-bouffe italien… » Il semble bien aussi que bien des musiciens, et parmi les plus connus de l’époque, se soient amusés à écrire pour ce théâtre. Malheureusement, l’injustice relevée par Cucuel nous semble persister. L’histoire de la Foire est encore à écrire. Un travail long et difficile, sans doute.

 

La célébrité

 

En 1729, le célèbre et prolifique compositeur Joseph-Bodin de Boismortier, se déclarant incompétent en matière de violoncelle fait appel à Pierre pour superviser ses Cinq sonates pour le violoncelle, viole ou basson. Et il le fait savoir :

 

              

                                                                                             Document Bibliothèque Nationale Musique Vm7 6313

 

Le Concert spirituel et la Sainte-Chapelle

 

Le Mercure de France note plusieurs des passages de Pierre L’Abbé au Concert spirituel et particulièrement en juin 1745 où il fait connaître aux parisiens les quatuors de Telemann en compagnie de Blavet à la flûte, Forqueray à la viole et Marella au violon. Il quittera l’Opéra en 1767 où longtemps il aura été le premier des basses du grand chœur. Et le mieux payé. Trop même peut-être, puisque sur l’état qui règle les appointements de l’exercice 1756/1757 on lit, à côté du montant de 800 livres, l’observation : « Cette place quand elle deviendra vacante ne sera pas portée à plus de 800lt. . Un certain temps musicien de la Sainte-Chapelle, il décèdera en 1768.

 

Le petit théâtre de La Marquise au château de Versailles

 

La marquise de Pompadour dans une scène de l'opéra « Acis et Galathée »

     Charles-Nicolas Cochin La marquise de Pompadour dans une scène de l'opéra « Acis et Galathée »1749

     Musée des Beaux-Arts du Canada à Ottawa

 

L’aîné des Saint-Sevin a également fait partie de l’orchestre du petit théâtre créé au château de Versailles par la Marquise de Pompadour pour distraire son royal amant. Une page spéciale de ce site sera prochainement  (février 2008) consacrée à ce sujet.

 

Quelques mots ici simplement pour dire qu’à ce théâtre appelé d’abord « Théâtre des Petits Appartements » puis « Théâtre des Petits Cabinets » participaient en tant qu’acteurs, chanteurs, danseurs et musiciens surtout des amateurs mais aussi quelques professionnels. La jolie Marquise elle-même jouait souvent le rôle principal. Avec beaucoup de talent paraît-il. L’affaire a duré de 1747 à 1751 avec deux déménagements à l’intérieur du château de Versailles et près de cent représentations. La littérature sur le sujet est, hier comme encore aujourd’hui, abondante. Les opinions qui y sont émises sont diverses et contradictoires comme souvent lorsqu’il est question du couple formé par Louis XV et la Pompadour.

 

Les deux pages reproduites ci-après sont celles d’un livre ancien : les Mémoires de Madame du Hausset, femme de chambre de Madame de Pompadour, publié en 1824 à Paris. Elles donnent la composition de l’orchestre.

 

      

 

                                                        document Astor Library New-York numérisé sur Google Recherche de livres

 

                                                                                                      à suivre donc, bientôt

 

 

Le tombeur de la viole

 

Benjamin de Laborde dans son Essai sur la musique ancienne et moderne, édité en 1780, écrit : « Pierre Saint-Sevin était un des plus habiles violoncelles de son tems ; c’est lui qui a fait tomber la viole par la belle qualité de son qu’il tirait de son instrument »

 

Notons que l’accession du violoncelle ne s’est pas faite toute seule face à la basse de viole ancrée dans la tradition et défendue par des amateurs acharnés. Toute une littérature en fait foi comme le petit pamphlet d’Hubert Le Blanc intitulé :  « Défense de la basse de viole contre les entreprises du violon et les prétentions du violoncelle » où ce dernier instrument est présenté comme : « criard, perçant et dur, … incapable de disputer à la viole la délicatesse de son toucher et son harmonie fine de résonnance ».

 

Le comptable royal, lui-même a eu du mal à s’adapter puisque, en 1730, sur les comptes de la Maison du Roi, Menus Plaisirs, le Sr Labbé est qualifié de « viollon de chelle » et il y est précisé qu’il a reçu 500 livres pour avoir joué aux concerts de la Reyne, tant à Marly qu’à Versailles, pendant les quartiers de janvier et avril.

 

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le cadet

 

Le cadet, qui se fera appeler Pierre Philippe, probablement pour se distinguer de son frère et en hommage à son parrain Pierre Philipp, le sacristain de Saint-André de Bordeaux, sera ainsi connu sous le nom de Pierre-Philippe Saint-Sevin dit L’Abbé le cadet. Resté à Agen plus longtemps que son frère, il s’y est marié le 2 octobre 1717 avec Jeanne Buzet. Deux filles leur sont nées, deux Marguerite, la première en 1718, la seconde en 1721. Puis, vint en 1727 Joseph-Barnabé, futur L’Abbé le fils.

 

A Paris, la carrière du cadet se présente comme parallèle à celle de son frère et pilotée par ce dernier. A l’Opéra il a fait une très longue carrière, de 1730 à 1777 et on le retrouve dans la musique royale comme dans celle de la Sainte-Chapelle.

 

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le fils

 

Pour écrire l’histoire de Joseph-Barnabé Saint-Sevin dit L’Abbé le fils, fils de Pierre-Philippe, comme de son épouse Jeanne Tronchet, on dispose d’une importante documentation. D’autre part les éditions originales de la plupart de ses oeuvres comme de sa méthode ont été conservées, surtout à la Bibliothèque Nationale de France mais aussi à l’étranger comme, entre autres, au Conservatoire royal de Bruxelles et à l’université de Cambridge. Des rééditions ont eu lieu, des spécialistes ont étudié ses théories et récemment, à la fin de 1999, un disque vient de paraître.

 

On a ainsi une vue assez précise de ce que furent sa vie et son œuvre. On en donnera ici un bref aperçu sur lequel on reviendra plus tard par le biais des « à-côtés ».

 

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l’enfant prodige

 

On l’a dit, Joseph-Barnabé est né le 11 juin 1727 à Agen. Sa mère s’appelait Jeanne Buzet. S’il faut en croire Laborde, et ses informations apparaissent souvent comme sérieuses, l’enfant « vint à Paris le 21 novembre 1731 et son père lui montra la musique » La date, en ce qui concerne tout au moins l’année, est confirmée par les indications des cartes de sûreté délivrées à Joseph-Barnabé en 1792 et 1793 pour circuler dans Paris pendant la Terreur.

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Le maître devait être excellent autant que l’élève était doué puisque, dès 1739 (il n’avait pas douze ans) Joseph-Barnabé gagnait le concours d’entrée à l’orchestre de la Comédie Française en concurrence avec des virtuoses chevronnés comme Mangean et Branche.

 

A cette occasion, Jean-Marie Leclair le remarque et le prend comme élève. Là encore, la réussite est à la clef, car en septembre 1741 avec Gaviniès (un autre jeune garçon de treize ans qui fera aussi beaucoup parler de lui), il joue au Concert spirituel des Tuileries une composition de leur maître « généralement applaudis par une très nombreuse assemblée »  Ce sont les voix des Demoiselles Fel et Chevalier qui terminent le concert ce jour là.

 

                         

 

                                  Jean-Marie Leclair                                                                Pierre Gaviniès  

                                                                                                                                                                    documents BNF

 

Mais, à peine deux mois après ce succès, le jeune prodige force l’armoire de son père, y vole toutes ses économies, va retenir une place dans la prochaine diligence pour Bordeaux et se cache dans un garni en attendant le départ. Son père l’y découvre et obtient du Comte de Maurepas une lettre de cachet pour le faire enfermer à Saint-Lazare aux dépends de la famille pour la pension. Mais, très vite, le père demande la libération de son fils. Et dès le 23 décembre, le Cardinal de Fleury signe un « bon pour la liberté » afin de permettre au père du jeune homme de « luy faire continuer ses exercisses »

 

 

 

 

 

 

                                                Monseigneur le Lieutenant general

                                               De Police

 

Monseigneur,

 

Pierre-Philippe L'Abbé, de l'Académie royalle de Musique, remontre très humblement à Vôtre Grandeur qu'il a un fils ûnique, aagé d'environ quinze ans, auquel il a donné la meilleure éducation qui dépendoit de luy selon ses talens et sa fortune ; il a mis son fils en état de remplir la place d'un des violons de l'orquestre de l'Opéra ; le supliant s'est aperçû, depuis quelque tems que les moeurs de son fils se corompoient ; les réprimandes ny les corections paternelles n'ont pû le contenir, et cet enfant dénaturé affiche l'indépendance ; récemment il a enfoncé l'armoire du supliant et luy a enlevé 12 loüis d'or qui estoit tout ce qu'il possédoit, et ensuitte, il s'est évadé ; par les recherches qu'on a faittes on la trouvé dans une chambre garnie, ou il s'estoit retiré sous un nom suposé, et sous le même nom il avoit retenû une place au carrosse de Bordeaux, où il a payé 80 lt d'arres. Le supliant voit avec une extreme douleur que son fils persévère dans son égarement, d'ou il pourroit résulter des conséquences facheuses et déshonorantes, si on n'en prévenoit le cours. Dans ces circonstances, le supliant a recours à l'authorité de Vôtre Grandeur pour la suplier d'obtenir un ordre du Roy à l'effet de faire enfermer à Saint-Lazare, Joseph L'Abbé, fils du supliant. C'est la seule voye par laquelle on puisse ramener de jeune homme à l'obbéïssance et au respect qu'il doit aux avis et à l'éducation paternelle. Et le supliant continuera ses voeux pour la prospérité de Votre Grandeur.

 

          Labbé        rüe et fossez de Mr Le prince au riche Laboureur

                                                                                              Document Archives de la Bastille (Bibliothèque de l’Arsenal)

 

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l’interprète et ses collègues

 

Si l’enfant est désobéissant, l’élève est toujours aussi doué puisqu’il entre à l’Opéra à 16 ans en 1743, où il va côtoyer son oncle et son père pendant une longue période. En effet, il quittera l’Académie Royale de Musique en 1764 « sans avoir demandé de pension, quoiqu’elle lui fût acquise, et sans qu’on lui ait offerte » selon Laborde.

 

On trouvera ci-dessous la deuxième page de l’état des appointements des symphonistes de l’Opéra pour le mois de janvier 1754 sur laquelle figure le nom de L’Abbé le fils et sa signature.

 

 

Jeune homme au violon - Chardin vers 1738 - Louvre

 

Cet état comporte quatre pages que le visiteur intéressé trouvera en entier, dans un « à côté » intitulé : « jour de paye à l’Opéra en 1754 ». Ce renvoi est  surtout justifié par le désir d’accélérer le chargement de cette page ralenti par la lourdeur en octets de tels documents.

 

 

 

les collègues

 

A voir sur cette seule page la liste des collègues violonistes de Joseph-Barnabé et après avoir lu ce qu’en dit d’eux Lionel de La Laurencie dans son Ecole Française de Violon, on se dit que ces gens-là, s’ils s’entendaient bien entre eux, ne devaient pas manquer de sujets de conversation.

 

En parlant par exemple des problèmes de santé et d’argent du pittoresque Travenol qui passa une bonne partie de sa vie à chercher chicane à un peu tout le monde et entre autres à Voltaire, Jean-Jacques Rousseau, Rebel, Francoeur, Caperan,  etc., Puisqu’il est ici question d’argent,  notons comment un peu plus tard, vers 1758, ce même Travenol exprimait ses exigences financières :

 

Si j’avois un honnête et convenable emploi

Qui me valût par an seulement 1800 livres,

Je ne souffrirois pas de la cherté des vivres

Et je serois sans doute aussi content qu’un roi.

 

En 1754, il n’en gagnait que 600 à l’Opéra (50 par mois), tout comme Joseph-Barnabé.

 

Autre collègue de Joseph-Barnabé, Dauvergne, à 600 livres aussi, était paraît-il, affable, simple et modeste. Plus tard, entre autres distinctions, il dirigera l’Opéra avec plus ou moins de bonheur, mais aussi avec un courage certain, comme lors de la Révolution face au détachement du peuple venu s’emparer des armes qui auraient pu s’y trouver, emportant seulement les sabres pour laisser les haches et massues en carton.

 

En juillet 1753 il venait de présenter à l’Opéra-Comique son fameux intermède Les Troqueurs inspiré d’un conte de La Fontaine en faisant croire, pour prévenir la cabale des tenants du coin italien, que la musique était d’un compositeur transalpin résidant à Vienne. Et c’est en secret, chez Monsieur de Curis,  puis chez lui, que les répétitions eurent lieu avec les principaux symphonistes de l’Opéra.  

 

Mais mille autres choses sont à dire sur Dauvergne qui a beaucoup fait, pas mal souffert, beaucoup écrit aux uns et aux autres, un peu déliré sur la fin de ses jours et auquel La Laurencie a consacré plus de trente pages de son ouvrage.

 

Piffet, celui qui est à l’amende pour absences répétées, a aussi l’honneur de l’ouvrage de La Laurencie dans un chapitre qu’il a intitulé « Les Piffet » où l’auteur avoue d’entrée que parmi tous les membres de la dynastie il s’y perd un peu. Tout comme son lecteur d’ailleurs. On n’arrive pas très bien à compter combien de Piffet musiciens il y a eu : quatre, cinq ou six peut-être, ni vraiment ce qui appartient à l’un et à l’autre. Pour simplifier les choses, notre Piffet, celui qui signe le livre de paye, s’est fait appeler parfois Piffet fils, parfois Piffet le neveu.

 

Drôle de lascar que ce dernier, et toujours un peu contestataire. En 1752, alors qu’il avait 19 ans, il se voyait déjà privé de son salaire parce qu’il avait abandonné son poste de violoniste au bal de l ’Opéra pour se mêler aux danseurs.

 

En février 1753, à la Foire Saint-Germain, il se bagarre avec un joueur de marionnettes. Il va en prison. Son père intervient pour le faire libérer. Et aussi Louis de Bourbon, le Comte de Clermont, lui-même. Ce qui est amusant est l’argument utilisé par le parent du Roi pour demander l’élargissement de Piffet: « afin qu’il puisse aller aujourd’huy jouer dans l’orquestre de l’Opéra,  où il se fait un grand déshonneur de manquer… ».  De bonnes résolutions qui devaient pas tenir une année entière, à en juger par la retenue effectuée sur ses appointements de janvier 1754.

 

Ce Piffet aurait terminé sa vie à Saint-Domingue en 1779.

 

Exaudet est l’auteur d’un fameux menuet  qui a été accommodé à toutes les sauces. La Laurencie, s’il parle des œuvres du musiciens nous dit aussi qu’on possède peu de documents biographiques. D’après lui, il serait né vers 1710 et décédé vers 1763.

 

Vallé, qui signe pour Dauvergne est probablement le parrain de la fille de ce dernier, Marie-Charlotte, née le 12 mai 1750.

 

Tarade, né en 1731, apprécié pour sa virtuosité, a composé la musique d’un opéra-comique présenté avec succès aux Comédiens Italiens en 1765 sous le titre de la Réconciliation villageoise. Il a publié plusieurs recueils d’airs variés et une méthode de violon.

 

Lui aussi a connu les difficultés financières. D’abord en aidant sa mère, maîtresse coutière, chez qui il vivait et qui est tombée très longtemps malade avant de décéder en décembre 1756. Ensuite parce que l’affaire de marchande de musique de musique tenue par son épouse et lui-même devait être déclarée en faillite en 1777.

 

Lemière, élève de Gaviniès, s’est produit avec éclat mais très peu en soliste au Concert spirituel, dont une fois avec Tarade,  pour se contenter du rôle de symphoniste de l’orchestre. Son titre de gloire est d’avoir été le maître de son neveu Bertheaume qui  apparut pour la première fois au Concert pendant la semaine sainte de 1761 alors qu’il n’avait que neuf ans et demi.  Ce qui n’était que le début d’une grand carrière.

 

Il faut dire que tous ces gens dont on lit le nom sur le livre de paye de l’Opéra avaient sans doute d’autres occasions de discuter entre eux de choses et d’autres, et aussi de s’aimer, de s’ignorer ou de se détester, car la plupart appartenaient aux mêmes formations musicales où ils se retrouvaient : à la Chapelle du Roi, au Concert spirituel, à la Sainte-Chapelle, à l’Opéra-Comique où chez des notabilités. 

 

Il faut dire ajouter enfin que ce qui vient d’être écrit sur le compte de ces quelques violonistes et sur leurs œuvres, car ils ont tous composé pour le violon,  n’est qu’un bref aperçu de ce qu’on peut raconter. La Laurencie l’a fait en grande partie. On y reviendra ici sans doute.

 

 

Quant à Joseph-Barnabé, il brillera non seulement à l’Opéra, mais aussi au Concert spirituel où il se produira souvent entre 1744 et 1754 et où il se fera remarquer par sa virtuosité en interprétant des œuvres à la mode comme le Printemps de Vivaldi, des compositions de ses maîtres et collègues ainsi que les siennes propres.

 

A sa dernière apparition, le jour de Noël 1754, il interviendra deux fois comme en une sorte de bouquet final de feu d’artifice. Le concert commencera  par une symphonie de sa composition. Avec Salantin, Bureau et Perrier il exécutera ensuite une suite d’airs arrangés par lui. Mademoiselle Fel sera là, comme à sa première prestation, et elle agrémentera la séance de ses chants.

 

         

 

                                                        

 

Le Mercure de France de janvier 1755

 

Les contemporains sont unanimes à vanter les qualités de l’interprète et sa virtuosité. Pour Laborde « M. l’Abbé fils était un des meilleurs musiciens d’orchestre qu’il y ait jamais eu »

 

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le compositeur

 

Dans le même temps L’Abbé le fils composait entre 1748 et 1772 de nombreuses œuvres dont beaucoup ont été conservées. Il s’agit de sonates, symphonies, duos et aussi de plusieurs recueils d’airs variés inspirés de pièces françaises et italiennes à la mode de Pergolèse, Latilla, Ciampi, Campra, Casanéa de Mondonville, Rameau. Il met aussi en symphonie le fameux sonnet d’Exaudet, son collègue de l’Opéra. Il dédie ses œuvres à des amateurs éclairés ou à des protecteurs. La Laurencie en a fait l’inventaire détaillé et Barry S.Brook l’a complété et corrigé.

 

Au chapitre des innovations, le musicien est présenté comme le premier à avoir introduit dans notre littérature du violon les batteries de sons harmoniques. Ses sonates sont considérées par les spécialistes comme supportant largement la comparaison avec celles de son maître Jean-Marie Leclair. Ses symphonies apparaissent d’un grand modernisme. Ses airs variés présentent la synthèse de l’art de la variation aux environs de 1760. alors que la « querelle des bouffons » vient d’enflammer le monde intellectuel et le partager en deux « coins » : celui du Roi et de la musique française et celui de la Reine et de la musique italienne. Et tout cela dans une grande dépense de talents et de mauvaise foi, la musique apparaissant parfois plutôt comme le prétexte que le sujet de la dispute.

 

Jean-Jacques Rousseau est au cœur de cette querelle avec sa Lettre sur la musique française parue en 1753 et dont on cite toujours la conclusion : « Les Français n’ont point de musique et n’en peuvent avoir, ou s’ils en ont une ce sera tant pis pour eux » et rarement la fin de l’avertissement qui précède la lettre : « j’avoue que j’aurois fort mauvaise opinion d’un peuple qui donneroit à des Chansons une importance ridicule ; qui feroit plus de cas de ses Musiciens que de ses Philosophes, & chez lequel il faudroit parler de Musique avec plus de circonspection que des plus graves sujets de morale ».

 

A noter que ce même Jean-Jacques venait de faire représenter devant le Roi en octobre 1752 Le Devin du Village, un intermède de sa composition, paroles et musique.

 

Une histoire gentille, quelques airs agréables, une musique on ne peut plus « française ». Marie Fel et Pierre Jelyotte tenaient les rôles principaux du Devin. Les trois Saint-Sevin faisaient partie de l’orchestre. Le Devin a eu à l’époque de sa création un énorme succès. Il paraît que Louis XV, lui-même, fredonnait dans les couloirs de Versailles l’air d’ouverture :

 

J’ai perdu tout mon bonheur ;

J’ai perdu mon serviteur …

 

Ou peut-être bien celui de la fin :

 

Allons danser sous les ormeaux,

Animez-vous jeunes fillettes :

Allons danser sous les ormeaux

Galans prenez vos chalumeaux

 

*

 

Illustration du Devin du Village

 

 

OEUVRES - 

La liste, des œuvres de Joseph-Barnabé SAINT- SEVIN dit l'Abbé le fils que l’on va trouver ci-dessous, a été dressée par La Laurencie, mais  certaines dates ont été précisées par  Barry S. Brook dans La symphonie Française dans la seconde moitié du XVIIIè siècle :

 

1 - Sonates à violon seul, Oeuvre I (1748)

2 - Six symphonies à trois violons et une basse, Oeuvre II (1753).

3 - Premier recueil d'airs français et italiens, avec des variations, pour deux violons, deux pardessus ou pour une flûte ou hautbois avec un violon (1756)

4 - Deuxième recueil d'airs français et italiens, avec des variations, pour deux violons, deux pardessus, ou pour une flûte avec un violon (1757)

5 - Troisième recueil (1760)

6 - Jolis airs ajustés et variés pour un violon seul, Oeuvre VII (1763)

7 - Menuet de MM Exaudet et Granier, mis en grande symphonie, avec des variations pour deux violons, hautbois ou flûtes, alto viola, deux cors, violoncelle ou basson (1764)

8 - Six sonates à violon seul et basse, Oeuvre VIII (vers la même date)

9 - Recueil quatrième de duos d'opéra-comique pour deux violons (1772)

Ces oeuvres sont conservées à la Bibliothèque Nationale sauf l'Oeuvre II qui se trouve au Conservatoire de Bruxelles.

 

L'Oeuvre I a fait l'objet d'une édition moderne dans la collection Joseph Debroux. Certaines œuvres de Joseph-Barnabé ont été rééditées comme par les Editions Garland de New-York en 1991.

A notre connaissance, un seul C.D existe chez Erato.

 

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le pédagogue

 

En 1761 Joseph-Barnabé fait paraître la première édition des Principes du Violon, pour apprendre le doigté de cet instrument et les différens agrémens dont il est susceptible. Il la dédie à Monsieur le Marquis de Rodoüan de Damartin, Mousquetaire de la seconde compagnie de la garde du Roi.

 

 

 

Couverture de la première édition des Principes

 

Une nouvelle édition des Principes devait paraître une dizaine d’années plus tard.

 

La Laurencie parle de la valeur véritablement exceptionnelle de la méthode et la considère comme la seule méthode sérieuse française qui ait paru pendant le XVIIIè siècle.

 

Ces Principes sont régulièrement réédités par Editions Minkoff de Genève et on les trouve aujourd’hui en librairie. Aristide Wirsta en a fait l’objet d’une importante étude technique en 1961. Plusieurs thèses et articles analysent les théories de L’Abbé le fils et particulièrement celles qui concernent son maniement de l’archet que l’auteur considérait comme « l’âme de l’instrument »

 

 

« l’Ame de l’instrument »

première page des Principes, édition de 1761

 

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méfaits divers

 

Outre l’affaire des louis d’or volés à son père, il existe deux rapports de police qui ont fait prêter par certains auteurs un tempérament fougueux à Joseph-Barnabé.

 

Il s’agit d’abord d’une plainte déposée le 12 février 1752 par notre musicien contre un certain Constantin qui l’aurait  injurié, traité de polisson et de jean-foutre, provoqué en duel alors qu’il était en robe de chambre, et menacé de lui  couper les oreilles, puis de l’assassiner et de le tuer. Tout cela à propos d’une obscure question de prêt de vaisselle d’argent.  Mais dès le lendemain la plainte était retirée, le nommé Constantin ayant fait des excuses. Il semble donc dans cette affaire difficile d’imputer la violence à notre musicien.

 

Il n’en est pas de même dans un autre cas qui date du 30 avril 1754, où M. Jacques de Rochebrune, ancien capitaine d’infanterie, chevalier de l’ordre militaire du Christ du Portugal , propriétaire d’une maison sise rue d’Enfer à Montmartre porte plaine contre Joseph-Barnabé Saint-Sevin Labbé et Laurent Poirier, ordinaire de la musique du Roi, et aussi haute-contre réputé à l’Opéra et au Concert spirituel, ses deux locataires depuis le 14 août 1751 et qui venaient de résilier leur bail. Avant de quitter les lieux ils avaient enlevé les six grands vases de faïence bleus et blancs qui étaient sur la terrasse du jardin, coupé jusqu’au pied cinq arbres qui bordaient cette terrasse, cassé différents ornements : chambranle, cheminée, etc.

Difficile ici d’excuser le comportement violent.

 

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la jolie maison, la femme aimable

 

Laborde écrit, dans son Essai édité en 1780 «  Depuis quelques années il s’est retiré dans une jolie maison qu’il a à Maisons près de Charenton, et y jouit doucement du fruit de ses talens, avec une femme aimable qu’il a épousée depuis plus de dix ans »

 

Laborde était bien renseigné car il est vrai que les époux Saint-Sevin ont bien possédé une maison à Maisons (aujourd’hui Maisons-Alfort) Il est exact aussi qu’en juillet 1762 Joseph-Barnabé a épousé Jeanne Tronchet de Minville. A la signature du contrat chez Maître Demarandel, il y avait le meilleur monde : le père et l’oncle du marié, la demoiselle D’Usson de Bonnac , Messire Nicolas-Charles de Malon, Dame Marie-Françoise Tacherot de Bercy, Messire Maximilien-Emmanuel-Charles de Malon de Bercy et quelques autres. L’apport du marié se résume à trois lignes ;« huit mille livres tant en meubles que linges et hardes à son usage provenant de ses gains et épargnes » La fortune de la mariée qui habite rue de Berri au Marais s’étale sur plus de onze pages : titres de rentes, actions des fermes générales, reconnaissances de dettes, deniers comptants, meubles, linge, bijoux, vaisselle, dentelles et argenterie. Une seule paire de boucles d’oreilles pesant  trente huit carats est estimée 7.600 livres, auxquelles il faut ajouter 10.000 livres pour les deux grosses pierres du milieu. Pour un seul bijou presque trente ans d’appointements de Joseph-Barnabé à l’Opéra !

 

     

 

 

Signatures au bas du contrat de mariage

Saint-Sevin cadet  Joseph-Barnabé

Jeanne Tronchet     Pierre Labbé

Les amis

Les notaires

 

 

Sur l’origine de la fortune et la vie antérieure à son mariage de l’épousée, on sait beaucoup de choses par le dossier que l’Inspecteur Meusnier et ses collègues du 2ème Bureau, discipline des Mœurs, ont constitué sur ses activés et qui est conservé aux Archives de la Bastille, à la Bibliothèque de l’Arsenal.

 

Elle doit cette surveillance policière au fait qu’elle a été un moment actrice ou danseuse à l’Opéra-Comique. Le dossier comporte plus de soixante dix pages, Outre les rapports de Meusnier datés de janvier 1749 à février 1757, on y trouve un document assez curieux écrit en phonétique à la première personne par une femme qui se présente comme la protectrice de Jeanne et un autre qui pourrait être de la main de Jeanne elle-même.

 

L’ensemble ressemble à un feuilleton né de l’imagination d’un romancier naturaliste. Pour ne pas interrompre le récit de la vie de Joseph-Barnabé le résumé du dossier de police de Mlle Mainville, anciennement Rozette est reporté en fin de page.

 

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le fruit des talents

 

Laborde - on vient de l’écrire - nous dit qu'après son mariage Joseph Barnabé s'est retiré à Maisons-Alfort pour y jouir du fruit de ses talents avec une femme aimable.

 

Effectivement, on ne le l'entendra plus en public qu'à une seule occasion signalée par l'Avant Coureur, celle d'une solennité donnée à la Sainte-Chapelle pour la Chambre des Comptes, où le 26 mars 1763, il accompagne un cantique de M. Doriot, maître de musique à la Sainte-Chapelle.

 

Tous les auteurs s'accordent également à dire qu'à partir de là il a consacré sa vie à l'enseignement et à la composition. Effectivement, il a publié après son mariage quatre recueils entre 1763 et 1772. L'adresse indiquée sur les trois premiers le domicilient chez sa femme, rue de Berry, au Marais, ce qui fait dire à La Laurencie, qu'après son mariage, Joseph-Barnabé est allé demeurer chez son épouse.

 

Mais ce qu’a écrit La Borde est également exact. Il possédait bien une maison à Maisons-Alfort avec jardin et dépendances. On le sait parce qu'elle a été vendue en juin 1790 pour une somme de 10.000 livres, aux époux Noblot : Germain Noblot, marchand de vin et Claudine Gourier, sa femme.

 

D'autre part, des documents conservés aux Archives d'Agen nous apprennent la vente en janvier 1779 par les époux Saint-Sevin, pour 675 livres de la moitié indivise d'une maison quelque peu délabrée située dans le centre d'Agen, et pour 400 livres de quatre cartonnats de terre autrefois en vigne, du côté de Pont du Casse. Ces immeubles provenaient de l'héritage de Jeanne Buzet, la mère de Joseph-Barnabé et  se trouvaient donc en indivision entre Joseph-Barnabé et sa sœur Marguerite. On ne connaît pas la date exacte du décès de Jeanne Buzet et on se demande d’ailleurs si elle a suivi son mari à Paris. On sait seulement qu’elle ne vivait plus en 1762 quand son fils s’est marié.

 

Aux mêmes archives d'Agen on trouve aussi le testament de la Marguerite dont il vient d'être question. Le document est daté du 24 juin 1785 et laisse penser qu'entre le frère et la sœur les relations n'étaient pas les meilleures. En effet, après avoir recommandé son âme à Dieu et l'avoir prié de lui faire miséricorde, Marguerite léguait tous ses biens à ses voisins et, en tout et pour tout, à son frère, en une seule fois versés, cinq touts petits sols (un quart de livre) La sœur de Joseph-Barnabé devait décéder le 26 décembre 1785, c'est à dire peu de temps après avoir formulé ses dernières volontés.

 

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seul, pauvre et oublié

 

C'est le 3 avril 1791 qu'est morte à Paris, dans la ci-devant paroisse de St François d'Assise, Jeanne Tronchet, l'épouse de Joseph-Barnabé, à l'âge de soixante-sept ans.

 

Avant ce décès, déjà des soucis financiers avaient dû apparaître et la vente en 1790 aux époux Noblot de la maison de Maisons, partie au comptant, partie à crédit en est probablement une des conséquences. La situation politique est probablement une autre explication. Il est en effet vraisemblable que la Révolution a eu pour conséquence que ce qui constituait une grande partie de la fortune de Jeanne Tronchet, les rentes ou les reconnaissances de dettes sur des aristocrates ou notabilités de l'ancien régime, se soient trouvées subitement sans valeur en l'absence de leur signataire ou devant leur incapacité à faire face.

 

Comme ce fut le cas après le décès en 1796 de Catherine-Simone, la cousine germaine de Joseph-Barnabé, fille de son oncle Pierre. Celle-ci avait prêté de l'argent au marquis d'Esparbès avec la caution d'un fermier général dénommé Rougeot. Dans le dossier de la succession de Joseph-Barnabé on trouve une lettre non datée conseillant à Monsieur Labbé de se présenter pour la récupération de la somme due chez M. De Verdun, chargé de la liquidation des ex-fermiers généraux, mais qui lui laisse peu d'espoir d'arriver à ses fins.

 

Notons au passage, pour les avoir relevées sur le passionnant site Internet de Monsieur Raymond. Combes qui recense les guillotinés de la Révolution, les lignes suivantes consacrées à ce Monsieur Rougeot :

ROUGEOT Claude François, ci-devant fermier-général âgé de 68 ans, natif de Lyon, département du Rhône, domicilié à Paris, département de la Seine, condamné à mort le 19 floréal an 2, par le tribunal révolutionnaire de Paris, comme complice d’un complot contre la souveraineté du peuple français, notamment en mettant au tabac de l’eau et des ingrédients nuisibles à la santé des citoyens qui en faisaient usage.

Le visiteur appréciera aussi sans doute le rapprochement avec l’actualité de la publicité anti-tabac. De l’eau dans le tabac en 1794, c’était la mort. Demain (ou après-demain), à lire la liste impressionnante des poisons et produits cancérigènes contenus dans les cigarettes, c’est sans doute de jeter le tabac dans l’eau qui sera jugé comme un crime. Mais quelle sera la sanction, alors que chez nous la peine de mort a été depuis peu abolie ? Autres temps, autres crimes, autres sanctions.

 

Cependant, en 1792, c'est sans doute, à cause de ces mêmes ennuis d'argent, Joseph-Barnabé en a été réduit à demander une place de contrôleur à l’amphithéâtre de  l'Opéra, devenu Théâtre de la République et des Arts.

 

Les registres de police indiquent que deux cartes de sûreté ont été délivrées à Joseph-Barnabé les 9 novembre 1792 et 18 juin 1793, cartes qui permettaient de circuler dans Paris pendant la Terreur. Dans les deux cas la profession indiquée est celle de « citoyen » et dans le deuxième il est précisé que le titulaire de la carte  est « vivant de son bien, ci-devant musicien », ce qui ne semble pas tout à fait exact, car il travaillait bel et bien comme contrôleur à l’Opéra.

 

Mais, alors qu'il finissait sa soixante-treizième année de vie, le directeur Citoyen Devismes en date du 26 germinal an VIII (16 avril 1800), l’avisa de son renvoi et du versement d’une pension de 500 francs par an jusqu’à la fin de ses jours. :

 

 

                                                                                Le Citoyen L’Abbé est renvoyé

 

Dès le début de l’année suivante, alors que le Théâtre des Arts et de la République était devenu Théâtre des Arts, le Citoyen L’Abbé demandait au Citoyen Ministre de l’intérieur de bénéficier du nouveau régime de pension qui venait d’être institué. Le dossier que cette requête a engendré a été conservé aux Archives de l’Opéra (Archives nationales), avec ses demandes de renseignements complémentaires, rapports et allers et retours dont l’administration avait déjà et a conservé le secret. En tout une douzaine de pièces dont la dernière adressée le 30 ventôse de l’an 10 (21 mars 1802) par le Directeur du Théâtre des Arts au Ministre de l’intérieur (qui n’est plus citoyen) où il propose de porter la pension du « Cen Sevin dit L’abbé » à 600 francs en ajoutant  « … c’est la porter au plus bas possible. J’observerai d’ailleurs que le malheureux artiste est tellement âgé et incommodé qu’il n’y a pas lieu de croire qu’il en jouisse longtems. »

 

Les curieux et les chercheurs pourront consulter la totalité du dossier de demande de retraite de notre musicien dans une série de nouvelles pages consacrées au sujet, créée en novembre 2007. Dans la plupart des cas, ce sont les photographies des documents originaux que l’on y trouvera. Leur adresse figure en fin de page au chapitre des Sources et ressources.

 

 

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35 fr 40 pour solde de tout compte

 

Monsieur Cellerier était probablement un bon "gestionnaire" car il avait à la fois le sens des impératifs financiers et une connaissance intime de son personnel puisque Joseph-Barnabé ne devait pas coûter très cher aux finances de l’Opéra en décédant le 25 juillet 1803 à Paris, chez le citoyen Eloy-Adrien Tatin, cordonnier, au n° 32 de la rue Grenétat (aujourd’hui Greneta). Il semble d’ailleurs que sa demande de retraite complémentaire n’ait pas eu de suite car on n’en trouve aucune mention dans le dossier de sa succession.

 

Daté du 26 juin 1799, un inventaire détaillé des meubles qui se trouvaient dans l’appartement et qui appartenaient au cordonnier, nous apprend que le logement se situait au troisième étage, sur le derrière, avec une seule fenêtre donnant sur le passage, là « ou Madame Tatin mais touttes ces poteries ».

 

L'équipement est sommaire : un lit, des rideaux de toile à carreaux bleus et blancs, une table de nuit et son pot, une garde-robe, un bidet, une glace, une table, un chiffonnier, une bergère de velours d'Utrecht, deux fauteuils, un secrétaire au dessus de marbre, deux chaises, une estampe, quatre petits tableaux, un porte-mouchette et sa mouche, deux flambeaux argentés.

 

Ce même document nous apprend que le citoyen Joseph-Barnabé Saint-Sevin occupait le logement depuis sa sortie de l’hospice des vieillards. Ce qui confirme les ennuis de santé déjà évoqués.

 

Sans héritiers directs, la  succession de Joseph-Barnabé tombe en déshérence. Pauvre succession en vérité dont l'inventaire des biens du vieil artiste dressé le 20 janvier 1804 par l'administration des Domaines donne le détail. Dans une armoire, tous ses vêtements : quatre habits de drap et camelot, trois culottes et une veste de velours, une paire de bas, deux paires de souliers, un chapeau rond, quatre chemises, quatre serviettes, huit mouchoirs, un bonnet de coton, deux paires de bas, cinq paires de chaussons, quatre serre-tête, neuf cols, trois caleçons, une culotte de nankin. Pas de violon.

 

Le compte rendu de la vente raconte comme une deuxième mort, toutes les précautions prises pour s'assurer de la régularité de la vente : la mise sous scellés, le transport des objets dans une salle de l'hôtel Soubise, le paiement de l'homme de peine chargé du transport, jusqu'au détail de la vente le 4 fructidor an XII, au profit de la République Française envoyée en possession de la succession. Les vêtements sont divisés en cinq lots pour un total de 35 fr. 40.

 

Trente cinq francs quarante pour solde de tout compte d'une vie pourtant bien riche en péripéties !

 

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                     annexe

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le dossier de police de Mlle Mainville,

anciennement Rozette

 

 

la misère

 

Jeanne Tronchet est née le 13 septembre 1724 à Mérindol, paroisse de Cavaillès.

 

Son dossier de police aux Archives de la Bastille (Bibliothèque de l’Arsenal) comporte ainsi qu’on l’a dit un grand nombre de pages pas toujours faciles à lire comme celle reproduite ci-dessus et qui nous raconte les misérables premiers pas dans la vie de celle qui allait devenir la femme de Joseph-Barnabé.

 

On y apprend que son père était soldat dans le régiment de Provence et que sa mère Marguerite Léaux était ravaudeuse.

 

Cette dernière meurt en laissant deux filles. La guerre de Phillisbourg arrive. Jeanneton a alors dix ans. Son père la fait partir pour Paris par la voiture des invalides. Arrivé là, pour les deux enfants, c’est la descente aux enfers en commençant par Sainte-Catherine, puis la Salpêtrière pendant neuf mois. Jeanneton contracte la gale, se fait soigner à l’Hôtel-Dieu. A la sortie c’est la rue : « les cordonniers, maçons, voligeurs et autres à deux et quatre sols….. Elle ne fut pas deux mois sans la vérole. »

 

Il est difficile de préciser quand et comment Jeaneton a réussi à se sortir des bas-fonds, de la misère et du sordide pour accéder au monde de l’aristocratie et de la finance, mais il est possible qu’elle le doive à « une femme compatissante nommée Beaumon » et aussi au fait qu’elle était d’après Meusnier « brune, mince, assez jolie. »

 

Il semble aussi qu’elle était dotée d’une certaine personnalité car, s’il faut en croire Meusnier, elle en a mené plus d’un par le bout du nez. La liste de ses protecteurs est donnée par les rapports de police. On y lit les noms du duc de Crussol d’Uzès, de Mr Le Gendre d’Ormoy, de Monsieur Rondé, caissier général des finances et fils de Rondé, orfèvre du Roi, Mr le Marquis de Chambonnac, Monsieur le Marquis de Ximenès, Mr Dambray, capitaine aux gardes, le marquis de Valberrer. On « assure », écrit Meusnier en janvier 1749 que le comte de Clermont, abbé commendataire de Saint Germain des Près, va quelquefois rue de Cléry où demeure Jeanne qu’on appelle encore Rozette, nom qu’elle abandonne bien vite et « qui sentait trop la catin, pour prendre celui d’un certain Mainville qu’elle disait qu’elle avait épousé »

 

Ensuite, entre 1751 et 1757 « on a » : le comte de Coubert, le vieux Chambellan de Sologne, Mr de Flavencourt, Mr de la Bonnière, un certain Bois de Vigny (un escroc d’après Meusnier) et quelques autres.

 

Une douzaine d’enfants serait née de ces rencontres.

 

Les rapports de police fourmillent d’anecdotes  Parmi les extravagances commises par les amis de notre ci-devant actrice de l'Opéra-comique, citons celle du duc de Crussol, qui ruiné par ses dépenses et à court d'argent, veut emprunter 100.000 livres à un notaire. Mais ce dernier exige la signature de la femme du duc. Devant l'impossibilité de la chose, Crussol décide de tenter de faire passer Rozette pour la duchesse. L'affaire se termine mal. Le duc est relégué sur ses terres à Uzès où Rozette le suit. Elle y reste quelques années pendant lesquels deux enfants naissent qui seront élevés par le duc. Mais la famille de celui-ci réagit. Là, vers 1743, se place un épisode assez ténébreux et romanesque, sur lequel les témoignages divergent. On y voit la duchesse-mère faire rechercher Rozette par des domestiques armés de fourches, dans le foin où le duc l'avait fait se cacher. On y dit aussi que Rosette est allé un moment au couvent à Lyon où Tronchet, son père, est venu la retrouver pour l’escroquer.

 

Avec Ximénès c'est autre chose. « Le jeune marquis ne sachant plus comment divertir sa maîtresse s’avisa de lui servir un plat de son métier. Comme il est assez fou pour être poette, il acheva une tragédie qu’il avait déjà ébauchée et en fit le sujet d’une fête superbe qu’il donna à la dame Mainville. Tout Paris y fut invité. » La fête est splendide, le souper qui suit aussi. Maurepas lui-même s’inquiète de ces représentations théâtrales sauvages. Ruiné et pour se refaire, le marquis se rend chez le bijoutier La Frenaye qui lui montre une paire de boucles d'oreilles d'une valeur de 12.000 livres. Il se les fait confier au motif de les montrer à la personne à qui il les destine et va les vendre chez Lempereur 10.000 livres. Pour en finir, la marquise accommode l'affaire avec de l'argent.

 

Le jeune Coubert a eu également sa part de folies. Quant au vieux Chambellan de Sologne un beau soir de mai 1756, la Delle Mainville dîne chez lui. Elle lui demande de l'argent et il lui répond qu'il n'en a pas. Meusnier raconte : « On prétend qu’elle lui tomba sur le corps et qu’après l’avoir battu comme plâtre, elle fit mettre les chevaux au carrosse pour retourner chez elle. »

 

D'autres commentaires et anecdotes du même type ainsi que quelques grivoiseries émaillent les rapports, dont le dernier, on le rappelle, est daté du 4 février 1757.

 

 

la grande vie

 

 

le mystère Pagin

 

A plusieurs reprises l'inspecteur Meusnier dans ses rapports parle comme d’un fait acquis du mariage secret (vers 1742) en Avignon entre la Delle Mainville et un certain Pagin, d'abord présenté comme un domestique du Duc d'Uzès, puis comme violon de Monsieur le comte de Clermont, prince de sang royal et abbé commendataire de Saint-Germain des Près, déjà cité.

 

Or, ce Pagin, figure comme Joseph-Barnabé parmi les violonistes dont La Laurencie dans son Ecole française du Violon étudie la vie et l’œuvre, en notant dès le début des pages qu'il lui consacre, qu’une grande obscurité enveloppe encore ses origines. Il serait né en 1721 et après s'être formé en Italie auprès de Tartini, il est venu demander sa consécration en jouant une sonate de sa composition au Concert spirituel le 8 décembre 1747. Il y paraît ensuite souvent et y remarqué comme un interprète brillant des compositeurs italiens, tels Vivaldi et son maître Tartini. Pourtant en 1750 il se serait fait siffler. Il cesse alors de se faire entendre au Concert spirituel.

 

La Laurencie signale qu'on ne sait exactement quand ce musicien est mort, sinon après 1785, ni très bien ce qu'il fait après 1750, sinon qu'il a fait partie de l'orchestre du comte de Clermont. D'ailleurs il habitait « à l’Abbaye » avec Blavet, le célèbre flûtiste, collègue des L’Abbé à l’Opéra et qui avait interprété au Concert spirituel avec Pierre L’Abbé un quatuor de Telemann.

 

D’autre part, le fait que La Laurencie ne mentionne nulle part ces informations dans son ouvrage vient confirmer qu'il n'a pas eu connaissance du rapport Meusnier sur la Delle Mainville.

 

Mais il plane sur cette affaire de mariage secret un certain mystère qui reste à éclaircir.

 

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Sources et ressources

 

Le dossier de demande de retraite de Joseph Barnabé qui est conservé aux Archives de Paris et dont il question plus haut s’obtient en cliquant ici   >>>>>

 

Les documents manuscrits et imprimés dont il est question ici sont conservés aux endroits énumérés ci-après :

 

- Archives de Paris (successions en déshérence)

- Archives Nationales ; Opéra, Maison du Roi, Notaires (Maître Demarandel),

- Bibliothèque de l’Arsenal (Archives de la Bastille)

- Archives d’Agen  avec un remerciement particulier à Monsieur J. de Laneuville, Président  du Cercle Héraldique et Historique de Lot et Garonne pour nous avoir guidés dans nos recherches

- Archives de Bordeaux

- Bibliothèque Nationale Musique (archives du Conservatoire)

- Bibliothèque Nationale de France  Publications, Manuscrits occidentaux (dépôt Joly de Fleury)

- Bibliothèque de l’Opéra

 

Les livres qu’il faut avoir lus pour briller en société sur le sujet sont :

 

- Benjamin de Laborde Essai sur la musique ancienne et moderne Paris 1780

- Lionel de La Laurencie L’école française de violon, de Lully à Viotti  Paris 1923.

- Aristide Wirsta Les Principes du Violon de Joseph-Barnabé Saint-Sevin (1961)

- Barry S. Brook La symphonie française dans la seconde moitié du XVIIIè siècle (Paris 1962)

- Marcelle Benoit  Musiques de Cour  1661-1733 -Editions Picard Paris 1971 ainsi que le Que Sais-je ? n° 2048  Les Musiciens du Roi de France

- Pierre Constant Histoire du Concert spirituel 1725-1790  Paris 1975

- Marc Pincherle Le Violon (Que sais-je ? n° 1196)

 

Le disque qu’il faut avoir écouté est paru chez Erato

 

Il est intitulé : Transcriptions LES QUATRE VIOLONS Mozart/Rameau. Ce très joli disque comporte des arrangements pour quatre violons d’œuvres de Rameau basés sur les arrangements de Joseph-Barnabé pour deux violons.

 

 

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Les quatre violonistes sont ; Isabel Serrano, Hiro Kurosaki, Mihoko Kimura,

 Simon Hererick

photo Gudrun Webel

 

 

sur l’époque

 

Sur le dix-huitième siècle il existe des centaines et des centaines d’ouvrages. Ne restant pas à disposer du temps de vie nécessaire pour tous les lire, nous n’en avons consulté que quelques uns. Lecture obligatoire pour une interprétation correcte des documents découverts. Mais insuffisante pour donner au lecteur des conseils. D’autant plus que certains de ces ouvrages nous sont apparus comme accessibles aux seuls initiés, comme d’autres d’une bien grande légèreté.

 

Permettons-nous quand même de conseiller à ceux qui veulent approfondir la question de commencer par la lecture du Louis XV de Michel Antoine et à ceux qui sont plus pressés de lire le Louis XV, Les ombres et les lumières de Catherine Salles qui vient de paraître chez Tallandier 

 

Disons aussi que le Dictionnaire de l’ancien régime publié par les Presses Universitaires de France sous la direction de Lucien Bély nous a été très utile pour aborder la compréhension des institutions, mœurs et pratiques de l’époque. Le livre de Jean Adhémar La Gravure Originale au 18è Siècle (Editions Somogy) nous est apparu comme un beau livre d’images sur ce temps-là.

 

sur internet

 

Sur le site de la Bibliothèque nationale de France (http://www.bnf.fr/ ) on trouve des tas de choses intéressantes : la chronologie du XVIIIè siècle dont il est question par ailleurs, des portraits de musiciens, des textes numérisés de Jean-Jacques (Le Devin  du Village, La lettre sur la musique françoise), les Archives de la Bastille de Ravaisson-Mollien les chroniques de Barbier et celles de Bachaumont, etc. On peut se passer d’y consulter la fantaisiste Biographie universelle des musiciens de Fétis, dont on se demande bien ce qu’elle fait là.

 

Pour qui s’intéresse au violoncelle il faut consulter :

 

   - le très riche site du Paradis du Violoncelle, Cello Heaven (http://www.celloheaven.com/). C’est bien fait, très documenté sur le passé comme sur le présent. A 90 % en anglais. On y trouve le texte du livre de Wilhem Joseph von Wasilewski « The Violoncello and his History » (Londres, New York 1894) qui cite the brothers ABBE en tête du chapitre réservé au XVIIIè siècle français.

 

  - le site de L’Association française du violoncelle : http://www.levioloncelle.com En français, évidemment.

 

   - le site perso du violoncelliste François-Xavier Bigorgne à l’adresse : http://www.bigorgne.com Elégant, documenté.

 

Sur Marie Fel, Quentin de La Tour et le XVIIIè artistique il faut signaler le site du Musée Lécuyer de Saint-Quentin. http://www.axonais.com/saintquentin/musee_lecuyer/index.html

 

Sur le Théâtre de la Foire on a :

    le très documenté site de Barry Russel http://www.foires.net/

    sur gallica.bnf.fr, un livre en mode image préfacé de M. Auriac et qui donne le livret d’un certain nombre de pièces comme celui des Amours déguisés dont il est question ici. Le livre s’intitule Théâtre de la foire recueil de pièces représentées aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent. Précédé d'un essai historique sur les spectacles forains

… sur le site du Centre de musique baroque de Versailles, au chapitre de la Recherche, un article du Bulletin de l’atelier d’études N° 11 signé par Anne Delvare et qui traite de l’opéra-ballet Les Amours déguisés. Adresse :

http://www.cmbv.com/fr/recher/bulle.htm

 

Ceux qui ont une connaissance approfondie de l’allemand et de la musique (ce qui n’est pas notre cas et nous laisse ainsi d’une impartialité totale) pourront certainement consulter avec profit le texte de « Versucheiner Darstellung der Entwicklung des Violonbogens  Zur Entwicklung der Violontechnik, Bogenbhaltung und Bogenführung » » de Anke et Thomas M. Gerbert (http://www.gerbeth.at/tech.htm).

 

Le catalogue des Editions Minkoff de Genève comporte de nombreuses éditions en fac-similé d’écrits du XVIIIè siècle ou sur la musique de cette époque, et en particulier Les Principes du Violon de L’Abbé le fils et L’Ecole française de violon de La Laurencie. (http://www.minkoff-editions.com/)

 

Un autre éditeur de fac-similés fait figurer sur la première page de son catalogue d’œuvres de musique française pour la période de 1650 à 1800, la signature de L’Abbé le fils entre une soixantaine d’autres. C’est mieux que rien.

 

Le site fort intéressant qui recense les guillotinés de la Révolution se trouve à l’adresse:     http://rcombes.ifrance.com

 

La farandole et le soleil règnent sur le site http://www.chez.com/giorgiomat  où Georges Mathon défend avec talent et conviction l’histoire et les traditions du Gard. Il y raconte aussi la vie du Duc d’Uzès Charles Emmanuel dit Le Bossu, qui fit entrer Jeanne Tronchet dans le monde de l’aristocratie.

 

D’assez nombreux sites « perso », institutionnels et commerciaux traitent de la musique de l’époque du XVIIIéme siècle. Impossible de les répertorier tous, d’autant plus que cela a déjà été fait et que le visiteur trouvera bien mieux sur les sites suivants :

 

          http://www.ebl-laborie.com/pages/labo/rech_prog/leclair/leclair.html

                   le site de l’Ensemble Baroque de Limoges

            http://www.levioloncelle.com/

                  le site de l’Association française du violoncelle

          http://musicologie.free.fr

                  le site de rEm (références en musicologie)

         http://www.sfm.culture.fr

                 site de la Société Française de Musicologie

         http://www.cesar.org.uk

                 site du Calendrier électronique des spectacles sous l’Ancien régime

         http://www.arpeggione.fr

                la vie musicale en France

         http://www.di-arezzo.com

               le catalogue mondial des partitions de musique classique

         http://www.rmsr.ch

               la revue musicale de suisse romande

         http://www.resmusica.com

               le site de resmusica, des siècles de musique classique

         http://christophe.couton.free.fr/

               le site histoweb

         http://operabaroque.com

               le magazine de l’opéra baroque de Jean-Claude Brénac

         http://www.metronimo.com/fr/annuaire/gestion/in.php?id=711

              le site de Métronimo, documents et activités sur le thème de la musique

 

Il faut ajouter qu’il nous semble que les historiens et musicologues sont loin d’avoir fait le tour de la musique française du 18è siècle et qu’il y a là pour les professionnels comme pour les amateurs un beau terrain de recherches. Et de découvertes.

 

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                                                                   notre adresse : saint-sevin.marcel@wanadoo.fr

 

 

Edition 27 janvier 2008.

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Edition 27 janvier 2008.