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à la recherche des sentes du coteau

 

En ce mois de février 2008 viennent de fleurir un peu partout dans notre ville de Villemoisson-sur-Orge une série de jolis petits panneaux incitant à la découverte des points remarquables de la localité. Cela est dû à l’initiative de la Communauté d’agglomération du Val d’Orge. Le panneau placé au coin de l’allée des Pâquerettes et de la rue Marcel Girard s’intitule « Sentes sur le coteau » et est illustré de la photographie de l’escalier situé en face et qui se trouve ainsi promu au rang de monument historique officiel en même temps que symbole d’un militantisme piétonnier ancestral.

 

                        

 

« La particularité de Villemoisson-sur-Orge est la présence d’un réseau de sentes exceptionnel que l’on retrouve dans les deux parties du vieux village et prolongé dans l’opération d’urbanisme initiée par la mairie. Le plan de la commune reprend de façon très lisible ce réseau. On peut qualifier Villemoisson de ville précurseur et exemplaire pour ses liaisons piétonnes »

 

 

                                                      

                                                                                                                                                 l’escalier vu d’en bas

                                                                                                                                    photo m.s.s. 17 février 2008

 

Parler d’histoire à propos d’un escalier de ciment muni d’une rampe en alu toute neuve (elle brille encore) peut faite sourire. Mais c’est à tort. Bien sûr, ces neuf marches n’ont pas une aussi parfaite historicité que les fameuses trois marches de marbre rose du parc de Versailles poétisées par Alfred de Musset, mais on peut prouver qu’à Villemoisson-sur-Orge, en Seine-et-Oise, il y avait au même endroit qu’aujourd’hui, et cela il y a plus de 150 ans, un escalier.

 

              

                                                                                                                                                                        photo m.s.s. 17 février 2008

 

Cela apparaît nettement sur la photographie d’une partie du plan annexé au dossier préfectoral ouvert lors du transfert de la mairie-école de l’autre côté du chemin. On y remarque aussi qu’il n’y avait alors aucune construction ni à droite ni à gauche de la mairie-école et qu’en face de l’escalier il y avait un mur, celui de la propriété de M. Charbonné. Le plan est daté d’avril 1875, mais le bâtiment devait avoir la même configuration depuis au moins une vingtaine d’année déjà.

 

              

                                                                                                                             document Archives départementales de l’Essonne

 

La photographie qui suit est extraite de la monographie de M. Guérin, l’instituteur de Villemoisson. Elle est datée de 1899. Le bâtiment a été transformé pour abriter la pompe à incendie. Ce qu’on voit à droite est un portique destiné à l’entraînement des pompiers. Au fond, à droite de l’image on devine le pont aux cinq arches. On suppose la présence d’un escalier et on croit apercevoir sous le portique les traces d’une ancienne rampe.

 

             

 

La même monographie comporte un plan de la commune dont on voit un extrait ci-après. La petite école est au dessus de la flèche rouge, Rien à droite, rien à gauche. En face, un mur, celui qui entoure la propriété qui sera appelée 25 ans plus tard par sa propriétaire « Manoir du Vieux Logis » pour être finalement divisée en lots en 1928.

 

                                                 

 

Tout cela va dans le même sens et confirme qu’il y avait déjà il y a 150 ans un escalier sur le côté de l’ancienne mairie-école. L’historicité de l’escalier semble donc indiscutable. Mais on peut dire aussi, en revanche, qu’aucun « réseau de sentes » n’apparaît ni ne transparaît dans ce secteur à la lecture des plans anciens. En montant l’escalier on aboutissait sur un chemin qui, d’un côté menait au centre du village, et de l’autre au talus du chemin de fer ou à la voie qui longeait la voie ferrée et conduisait au passage à niveau. En face, un mur de plus de 300 mètres de long. En bas, des champs, le talus du chemin de fer, le pont des cinq arches. Au bout la rivière. Pas une seule construction. Ni sentes, ni réseau de sentes. Ni coteau. 

 

Il en a été ainsi très longtemps et notre escalier n’a commencé à voir le jour du côté sud qu’avec la création des voies dans le lotissement du Vieux Logis en 1928. Une allée est venue alors déboucher en face, là où il y a la flèche rouge sur le plan. La photographie qui suit nous montre cette dernière telle qu’elle était vers 1938. Le cliché a été pris du bas de l’allée en tournant le dos à l’escalier aux neuf marches. La maison que l’on aperçoit au fond est toujours là, la fontaine qui était devant et qui appartenait à l’ancienne propriété a disparu. Elle a été volée. D’autres photographies et le témoignage des anciens nous apprennent que l’avenue du Vieux Logis à laquelle le chemin aboutit était dans le même état et que l’herbe y poussait drue sur les trottoirs. S’il y avait un « réseau de sentes » à Villemoisson, il était partout.

 

                                                                 

                                                                                                                                                              Collection Toupet

 

L’ouverture du mur du lotissement d’en face n’en a pas pour autant inscrit l’escalier historique dans un parcours piétonnier organisé car, en bas des marches de ce dernier il n’y avait rien qu’un jardin, d’ailleurs probablement clos. En revanche, il y avait sur ce terrain un puits. Les anciens se souviennent encore aujourd’hui que son eau était  très fraîche et que, s’ils ne la buvaient pas, les riverains allaient la puiser pour y plonger en été les boissons rafraîchissantes. De leur côté, les enfants recueillaient dans le seau les têtards pris au piège pour en tenter l’élevage. Toujours en vain d’ailleurs. Il en était encore ainsi encore un peu après la fin de la deuxième guerre mondiale, il y a soixante ans.

                                                                 

 

 

Le puits a été détruit quand une construction est venue  s’établir sur le terrain en laissant deux ouvertures vers le parking et la route du dessous : une avec marches, l’autre sans. Une dont on parle, l’autre qu’on ignore. Si les sentes parlaient, cette dernière aurait bien des choses à dire. De la jalousie sans doute et le comble pour deux sœurs sentes : ne pas pouvoir se sent..ir.

 

Mais ce qui devrait surtout inquiéter est que l’escalier aux neuf marches, dès sa promotion au patrimoine communautaire, semble promis à la disparition. En effet, s’il a été d’un côté orné, il y a quelques mois, d’une jolie rampe tout à fait moderne dont les enfants entretiennent le brillant du fond de leurs pantalons, il est de l’autre côté attenant à un bâtiment en ruine. D’autre part, des bruits de réaménagement du quartier de l’ancienne mairie  circulent. A peine glorifié, faudra-t-il le pleurer, notre bel escalier ? Il serait, en tout cas, prudent d’attendre un peu avant de demander son inscription au Patrimoine mondial de l’Unesco.

 

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édition du2 mars 2008